Clés anglaises…

images4 Merci à l’Association Charles Plisnier images3

 

à la gentillesse de laquelle nous devons l’ouverture de cette rubrique : c’est en effet à cette association (ACP) que Robert MASSART avait d’abord proposé ses « Clés Anglaises ». Vous trouverez d’ailleurs d‘autres clés dans la revue trimestrielle « Francophonie vivante » que publie l’ACP. L’Abpf vous invite aussi à consulter le site de l’Association Charles Plisnier à l’adresse www.charles-plisnier.net

images4 Que sont ces clés ?images3

 

Une clé, c’est, au figuré, une explication, une solution, un renseignement qui permet de comprendre et de résoudre une difficulté.
Une clé anglaise , c’est un outil qui sert à ouvrir et à démonter.
Les « clés anglaises » de ce site vont s’efforcer de démonter quelques anglicismes à la mode. Pas question évidemment d’interdire leur utilisation ! Plutôt de faire voir leur inutilité et leur vanité et qu’il est facile de les remplacer par du français, quelquefois un peu oublié ou, ce qui arrive aussi … tellement récent qu’il n’est pas encore connu de tout le monde !

images4 Liste des clés parues sur Abpf.be images3

 

Les quatre dernières entrées
 
BOW WINDOW : Ce terme d'architecture désigne une avancée en encorbellement sur une façade, avec une fenêtre. En français on a toujours dit une fenêtre en baie ou une fenêtre arquée (ce que les Anglais ont traduit littéralement). Le français possède aussi le terme oriel : un synonyme si bref et élégant que l'anglo-saxon nous l'a emprunté pour former le composé « an oriel window ». Nous pouvons toujours parler de bow window, bien sûr, mais il serait dommage de défenestrer l'oriel.
 
SLIDES : Les diapositives avaient déjà perdu au fil du temps une, puis deux syllabes : les diapos étaient devenues des dias. Que retirer de plus aux dias ? Après des dizaines d'années de bons et loyaux service, le « néo-français » a cru bon de les remplacer par un anglicisme tiré du verbe « to slide », faire glisser, coulisser. On est toujours libres de parler de diapos, de dias ou de transparents, ce qui est aussi... très clair.
 
CHECK-IN et CHECK-OUT : Deux expressions habituelles du vocabulaire du tourisme. En anglais « to check » signifie vérifier, contrôler. Il s'agit ici de contrôle au moment d'une entrée (in) ou d'une sortie (out). Le premier, c'est l'enregistrement, mot que l'on a toujours utilisé depuis le début des voyages en avion ou en bateau quand les passagers passent les contrôles de police. À l'hôtel, on a le choix entre « l'arrivée » et « le départ » ou « l'entrée » et « la sortie ». L'enregistrement voulant dire à l'origine « l'inscription dans un registre », nous avons à notre disposition son contraire, le déregistrement, un néologisme qui a du succès.
 
TURN OVER : Dans le monde des affaires et du commerce, il faut que tout aille vite. Les marchandises doivent se renouveler sans cesse. Les anglophones parlent alors de « turn over ». Le français dispose d'une belle série de mots pour la même idée : le mouvement, le débit, le roulement, le renouvèlement, la rotation ... Le « turn over » (turn-over ou turnover), peut s'y ajouter, sans pour autant se croire obligé d'exclure tous les autres.
 
Les entrées plus anciennes (par ordre alphabétique)
 
BASHING : A l'origine, c'est frapper, donner des coups. Du sens propre on est passé au figuré : critiquer méchamment, dénigrer, discréditer, noircir, mépriser, diaboliser, stigmatiser, etc. C'est aussi le débinage ou, mieux, l'éreintage, le fait de critiquer impitoyablement pour démolir. Il n'y a pas longtemps, on parlait d'anti-américanisme primaire, c'était de l'« american bashing ».
 
BLOCKBUSTER : Issu de l'argot militaire de la Seconde Guerre mondiale, c'est le terme utilisé en anglais pour parler des films hollywoodiens à grand spectacle et à gros budgets . À l'origine, ces productions étaient censées écraser  la concurrence de la télévision. On dira donc tout aussi bien « une superproduction américaine  » ou « une grosse machine  du ciné américain ».
 
BLUSH : Un produit de maquillage que les femmes connaissent bien. Le «blush», c'est du «rouge à joues», du verbe anglais «to blush», rougir. Quand une personne éprouve une émotion subite, on dit qu'elle rougit ou qu'elle... pique un fard.En effet, avant l'invasion du blush, les femmes se mettaient du fard sur le visage. Elles se fardaient. C'est exactement la même chose.
 
BOOSTER : un verbe mis à toutes les sauces ; l'exemple même du mot « fourre-tout » : boostez votre ordinateur – boostez votre appétit – boostez vos vacances, votre physique, votre carrière, etc. Continuons donc à booster tout ce que nous voulons, si ça nous fait plaisir, mais sachons que nous pouvons aussi le dynamiser, le renforcer, l'améliorer, le fortifier, le rendre plus beau, plus grand, plus agréable, l'amplifier, l'accroitre, le pousser, le stimuler, le muscler, le vitaminer, et j'en passe ! Et si l'on désire garder l'anglicisme (comme synonyme), je proposerais qu'on l'écrive au moins «bouster» pour qu'il soit compatible avec notre système graphique.
  
BREAK : Mot qui veut dire cassure ou rupture. Il s'est introduit en français par le monde du sport où il désigne un arrêt de jeu ou un écart. Ensuite, comme cela se produit fréquemment, les journalistes et les médias spécialisés ont enrichi cette expression de nombreuses significations métaphoriques en rapport avec l'idée d'interruption, si bien que « faire un break » peut maintenant être mis à toutes les sauces. C'est le mot fourre-tout exemplaire qui occulte et tend à faire oublier ses nombreux équivalents plus nuancés : une pause, une récréation, un repos, une halte, un répit, un congé, une parenthèse, un arrêt dans le travail, etc. Il faut se garder de confondre ce break-là avec le véhicule utilitaire, la fourgonnette ou la petite camionnette.
 
BRIEFING et DÉBRIEFING. Ces deux-là, issus de la langue militaire, sont tirés du verbe to brief, mettre au courant, donner des instructions ou des ordres. Là où certains aiment tant parler de briefing, dans quelques milieux sportifs, par exemple, d'autres ont toujours dit faire le point. On dira aussi la réunion préparatoire ou, de manière plus plaisante, le topo. Quant au débriefing, ce sera la synthèse, la réunion-bilan, ou le bilan. Quelques-uns proposent également le post-topo, voire une forme francisée, le débreffage. De quoi varier son expression.
 
BUZZ . C'est une onomatopée anglaise qui imite le bourdonnement d'un insecte ou un bruit sourd. Au départ, sur Internet, faire le buzz , consistait à transmettre les nouvelles qui circulaient de l'un à l'autre. Cette pratique est vite devenue une sorte de publicité sauvage , une technique commerciale où le consommateur fait lui-même la publicité des objets qu'il consomme. Si savoir ça ne vous flanque pas le bourdon , continuez à faire le buzz. Ceci dit, le français offre aussi de nombreux équivalents : la rumeur (publique), le bruit qui court, le bouche-à-oreille, ou encore faire le ramdam , en référence, bien entendu, au « téléphone arabe ».
 
CAR WASH : Pseudo anglicisme dérivé de « car washing ». Dispositif de lavage automatisé des voitures où le conducteur reste au volant. L'idée, venue d'Amérique du Nord, a conquis l'Europe au cours des années soixante. Au Québec, comme dans l'ensemble du Canada francophone, s'est imposé très vite le substitut lave-auto. Une traduction astucieuse puisque l'idée d'automatisme en fait aussi partie.
 
CASH, Du cash, de l'anglais « cash box money », argent de (la) caisse, ou « to pay cash down », payer comptant. En français, on aurait pu dire aussi « du caisse », sauf que nous avions déjà … au comptant, des espèces et du liquide. Du moins les avons-nous dans notre vocabulaire, à défaut de les avoir dans nos poches !
 
CASTING : au départ, le verbe anglais « to cast » désigne l'action de fondre un liquide dans un moule, d'où l'idée, au théâtre, de faire endosser à quelqu'un le rôle de tel ou tel personnage (le couler dans son personnage). C'est la distribution artistique. Au cinéma, où l'on recherche d'abord qui jouera le mieux chaque rôle, on parlera de prédistribution, de sélection ou de recrutement. Enfin, quand tous les noms des acteurs sont distribués et connus, on parlera de « l'affiche ».
 
CATERING :Il s'agit de l'approvisionnement alimentaire  dans un domaine donné, le ravitaillement. En anglais, c'est l'équivalent de notre « service traiteur  ». Dans certains cas précis on parlera de restauration . Le néologisme cantinerie  apparait quelquefois.
 
CHALLENGE. Ce terme qui a l'air de venir de l'anglais est en réalité l'un des plus vieux mots français. Il dérive du latin calumnia, accusation fausse, faite de mauvaise foi, calomnie. En très ancien français, on disait « tchalon'ndje ». C'est à ce stade qu'il s'est implanté en Grande-Bretagne, en anglo-normand. Au 19e siècle, comme beaucoup d'autres mots « prêtés-rendus », il a retraversé la Manche sous une forme anglicisée avec le sens de défi, de provocation. Pour nous, voici un vrai chalenge : l'écrire désormais avec un seul L et, surtout, ne pas le prononcer à l'anglaise, ce qui serait ridicule.
 
CHAT : « to chat », c'est faire la causette, bavarder. Le « chat » est une petite conversation typique sur Internet. Cet anglicisme ne fonctionne bien qu'à l'oral. À l'écrit, sa physionomie rappelle trop le petit félin domestique. Vous me direz que l'on peut « jouer au chat avec sa souris », certes. Et si nous décidions de l'écrire « tchat » pour lever l'ambigüité ? Ça le rapprocherait de « la tchatche », plus latine. Enfin pensons à ce néologisme amusant : le clavardage.
 
CHECKER. Nous avons affaire à une formation hybride, un verbe anglais (to check, vérifier, contrôler) plus une terminaison française. Une fois encore, c'est un mot qui se met à toutes les sauces : - Je n'ai pas checké = je n'ai pas regardé, je n'ai pas fait attention, je ne me suis pas informé. Et j'en passe. On peut toujours l'utiliser, comme les Québécois, mais le français est-il si pauvre pour qu'on ait besoin de recourir à un emprunt tellement mal adapté à nos habitudes phonétiques et graphiques ?
 
CHECK LIST : nous avons déjà examiné « to check », regarder, vérifier, contrôler, et « listing », le listage, la liste. Une « check list », c'est proprement une liste destinée à contrôler une activité pour ne rien oublier de tout ce qu'il faut faire, dire ou emporter. En français, on a toujours appelé cela « aide-mémoire », quelquefois « un mémorandum ». Souvenons-nous-en.
 
COACH : Le « coach », c'est le conducteur du « coche » , mot français passé en anglais. Ce mot est lui-même un emprunt au hongrois kocsi  qui désignait une sorte de diligence. Le « coach » est donc le cocher, celui qui guidait l'attelage. De l'idée de guide  on est passé à celle d'instructeur , puis de répétiteur et ensuite d'entraineur  dans un sport. On peut toujours dire « entraineur  », voire « instructeur  ». Coacher c'est aussi instruire, guider, entrainer, apprendre.
 
CRASH. Déjà très ancien, cet anglicisme, qui signifie grand bruit ou fracas, vient de to crash, s'écraser. Parce qu'il est bref et expressif, il plait aux journalistes qui l'utilisent pour tout ce qui relève de l'idée de collision, de choc ou écrasement au sol : accident d'avion, de voiture, de train. Se crasher a tendance à remplacer s'écraser, voire s'écrabouiller ou même se planter, en cas de panne d'ordinateur. Je n'invite personne à cracher dessus, mais servons-nous aussi de nos mots français !
  
CROWDFUNDING : Système de financement hors secteur bancaire qui fait appel à la générosité du public, de manière désintéressée ou participative. Littéralement « financement, mise de fonds, par la foule, les gens », « financement participatif ». Cette expression jugée trop longue a été remplacée par l'excellent cofinancement créé à l'aide du préfixe co- dérivé du cum latin, qui apporte une nuance de collaboration ou de partage.
 
DEAL : Tout est parti du verbe to deal : fournir, puis procurer, vendre, faire commerce de quelque chose. Un deal, en anglais, c'est du commerce, une transaction, une affaire. Le français ayant emprunté le mot, de nouvelles significations sont apparues. Certaines sont péjoratives comme « trafic louche, illégal, trafic de drogue ». D'autres sont plus neutres : marché, accord, affaire, voire « bonne affaire , occasion ».Ne manquez pas ce deal, c'est une aubaine !
 
DRESS CODE : Littéralement, le code vestimentaire, ou comment il convient de s'habiller dans telle ou telle circonstance. C'est la même chose que le petit avertissement qui apparait souvent chez nous au bas d'un carton d'invitation. Par exemple « tenue de soirée, de ville obligatoire, exigée, souhaitée ».
 
FEELING. Le feeling, ça veut dire la sensation, l'impression, le sentiment, l'intuition ou le flair. Vous cherchez à rendre la fameuse expression au feeling ? Le choix est vaste approximativement, à l'intuition, à l'estime, au jugé, ou, plus familièrement à vue de nez ou au pif, grâce à l'ingénieux pifomètre !
  
FINGER FOOD : Littéralement nourriture de doigt. Drôle de nom pour désigner de petits aliments légers, des encas, que l'on déguste sans couverts, donc, en effet, avec les doigts. Une pratique courante des buffets de réceptions, de vernissages, etc. On pourrait parler d'un « buffet sans couverts », mais pourquoi ne pas continuer à dire joliment des amuse-bouches ou des amuse-gueules ?
 
FLYERLe flyer est souvent mélangé avec le folder. Mais le flyer est un petit dépliant... sans pli ! Le mot vient du verbe qui signifie « voler ». A l'origine, en anglais, c'était une simple feuille volante. Pour nous, c'est un prospectus, un feuillet, un papillon... comme la petite feuille des contraventions qui s'envole pour atterrir sur notre pare-brise.
 
FOLDER vient d'un verbe qui signifie plier, c'est donc... notre bon vieux dépliant. Pourquoi lui en vouloir et le proscrire ? Précisons que si les plis sont très nombreux, le dépliant pourra aussi s'appeller « un accordéon ».
 
FRIENDLY. Cet adjectif (aimable, accueillant) sert souvent de suffixe en anglais : par ex. eco-friendly, respectueux de l'environnement, ce que nous rendons par « écologique ». Dans le cas de child-friendly, on traduira par conçu ou aménagé pour les enfants (un terrain de jeux, une piscine). En franglais, l'emploi le plus connu est celui de gay-friendly qui signale que les responsables de l'hôtel ou du restaurant acceptent sans problème les clients homosexuels. Leur sont-ils pour autant favorables ? Pas forcément, mais on les respecte, on ne les discrimine pas. Quelques équivalents ont été proposés tels que homo-sensible, ou bien homophile qui a l'avantage d'être l'antonyme d'homophobe. Et pourquoi pas simplement « homo-ami » ?
 
HOAX, dans le dictionnaire, se traduit par canular. C'est une supercherie informatique. Mais, quand quelqu'un essaie de nous tromper sur internet, nous sommes loin du simple canular, car l'intention est généralement très malveillante. Un hoax, ce n'est pas une bonne blague. En plus, si le mot vous parait assez imprononçable, personne ne vous empêchera de dire « un faux » ou, mieux encore, « un toc ».
 
JETLAG. Le jetlag, c'est le décalage horaire suite à un long voyage aérien. On lui préfère parfois le mot anglais sous prétexte qu'il évoquerait plus directement l'idée d'avion : jet, de jet plane, l'avion à réaction, et lag, un terme signifiant trainer, rester en arrière. Toutefois l'expression française, totalement intégrée à la langue, est toujours parfaitement claire dans le contexte. À vrai dire, il n'y a aucune raison objective d'utiliser l'anglais, sinon un certain snobisme. Quant au curieux dérivé « jetlagué », je n'oserais l'utiliser que sur le mode de la plaisanterie.
 
JOB : Terme familier pour parler d'un travail souvent temporaire et plutôt précaire , c'est, pour nous, « le boulot  » ou « le taf  ». On peut toujours employer aussi, et selon les circonstances, « travail  » : un travail, le travail, un (petit) boulot , un emploi, une profession, un métier, ou même « une place  » (je cherche une place). À noter que les Québécois ont l'habitude de mettre cet anglicisme au féminin : ma job, une job , et qu'ils disent « jobbeur » là où nous disons « jobiste », pour un étudiant qui exerce un petit boulot d'appoint .
 
LISTING. Cet anglicisme en ing est une sorte de nom verbal ; il désigne le résultat du verbe to list, faire la liste de quelque chose. Listage est un bon équivalent. À la rigueur, on pourrait dire aussi la mise en liste. Il est préférable de ne pas utiliser cet anglicisme comme s'il était un banal synonyme de liste.
 
LOCK DOWN : Le lock down de Bruxelles, après les attentats de novembre 2015, à Paris, et ceux du 22 mars, chez nous, ont mis à mal l'économie de la ville. Voilà des propos que les médias tiennent fréquemment. S'il est exact que les conséquences de ces actes de violence sont sérieuses, peut-on parler pour autant de « lock down », une expression qui signifie en anglais confinement, emprisonnement ? Les mesures de sécurité qui ont été prises relèvent de l'état d'urgence, voire de l'état de siège, ce qui est encore plus grave.
 
LOSER. C'est le contraire du battant, du gagneur. Le français ne manque pas de mots bien à lui pour stigmatiser cet anti-héros que notre monde néo-libéral n'aime pas beaucoup : le pauv'type, le vaincu, le battu, le perdant, le raté. En patois de Bruxelles, ça devient « un sukkeleer ».
 
MAILING LIST : Un cas flagrant de faux anglicisme : mailing, que l'on pourrait traduire par « le fait de poster, le postage » a été construit - par des francophones - sur le verbe to mail (poster), mot qui est dérivé lui-même du français « malle-poste », l'ancienne voiture du service des postes. Le « mailing », prospection publicitaire par courrier, c'est le publipostage. Quant à la mailing list, le terme français, liste de diffusion, est un peu plus exact et beaucoup plus clair.
 
MIX : Comment expliquer le succès de cet anglo-latinisme ? Tiré du verbe latin « miscere », son participe passé, mixtus (mélangé), a donné en français mixte et mixture. En anglais, to mix signifie mélanger, mêler, préparer une recette culinaire, et encore d'autres choses. Le mixer, ce robot ménager des années 1950, s'est francisé en mixeur avant de devenir un malaxeur. Un « mix » s'emploiera, si l'on veut, pour parler d'un amalgame, d'un assortiment, voire d'un choix, mais « mélange » sera toujours un terme très acceptable dans le méli-mélo des langues.
 
NEWSLETTER : Une « newsletter », c'est un courrier qui donne des nouvelles, une lettre d'information(s). À partir de cette définition, le français a judicieusement fabriqué un nouveau mot-valise : l'infolettre. Un substitut chaudement recommandé !
 
NIGHT SHOP : connu depuis longtemps en Amérique du Nord, le concept de magasin ouvert très tard, voire toute la nuit, est né pour une clientèle urbaine ayant trop peu de temps pendant la journée pour faire ses courses. Les francophones du Canada utilisent le terme de « dépanneur » qui est très clair. Chez nous, l'anglicisme s'est imposé au début des années 1990. Une tentative de remplacement par « maganuit », n'a pas eu de succès. Ces mots valises manquent de naturel et font penser parfois à des canulars. Pourquoi ne pas adopter le « dépanneur » des Québécois, ou bien l'une ou l'autre de ces trouvailles originales que sont : un couche-tard, un noctambule ou une (boutique) nuit blanche ?
  
OFF SHORE : La préposition off , en anglais, sert beaucoup chaque fois qu'il est question de séparation ou de mise à l'écart. Elle s'apparente un peu à l'alpha privatif du grec (α). Off shore signifie littéralement « qui est en face de la côte », donc « en mer », « au large », qui n'est plus dans le pays. S'agissant le plus souvent de sociétés ou d'activités financières pas très légales, on parlera de sociétés délocalisées, extraterritoriales, hors frontières, exotiques, voire de sociétés écran, fictives, bidons, etc. La locution verbale « faire de l'off shore » revient à dire blanchir de l'argent (sale, forcément), faire du blanchiment. En un mot : trafiquer.
 
OFF THE RECORD : « Hors enregistrement, loin des micros », c'est la traduction littérale de cet anglicisme très vivant dans les médias (où il né) et que l'on entend aussi dans la rue. Malgré sa prononciation compliquée pour des francophones, rien ne nous oblige à la rejeter, cette expression de journaliste... Mais ne renonçons pas pour autant à la richesse de tous nos équivalents français : officieux (-sement), à titre officieux, en privé, confidentiel(-lement), entre nous, en toute discrétion, à l'abri des oreilles indiscrètes, sans témoin, etc.
 
ONE SHOT. Expression apparue dans l'édition des mangas, les BD japonaises : un manga one shot désigne une histoire qui se termine avec le volume, qui n'a pas de suite, n'est donc pas une série. En franglais, l'expression s'est implantée dans d'autres domaines, comme la publicité, pour désigner des actions ponctuelles, exceptionnelles. Enfin, dans le langage familier et « amoureux », une relation « one shot », c'est une aventure d'un soir, ou, au mieux, d'une fin de semaine, sans intention de s'engager. Un coup d'un soir. Un coup unique. Un one shot, c'est donc bien une affaire d'une seule fois, qui ne se reproduira pas.
 
PAGE TURNER. C'est le tourneur de page du monde musical. Dans le milieu des amateurs de romans policiers, en anglais, le mot désigne un polar captivant, haletant, irrésistible. Bref, un bouquin dont on a envie de tourner les pages de plus en plus vite pour connaitre la fin. Le genre de livre qui se lit d'une traite, qu'on ne lâche pas et qui fait de vous un pagivore, un pagiphage. Pourquoi ne pas l'appeler aussi un « livre-aimant » ?
 
PITCH, Dans le monde de la fiction, surtout le monde anglo-saxon, pas question de faire perdre son temps à un producteur ou un éditeur en lui exposant longuement un nouveau scénario. Quelques minutes, c'est déjà trop . Il a donc fallu inventer le pitch : le résumé , la synthèse d'un film, un roman, une pièce de théâtre, en une seule phrase ou un tout petit paragraphe de quelques dizaines de signes. Un exemple ? Le pitch du Cid , de Corneille : « Qu'il est beau, l'assassin de papa ! » Et si pitch ne vous plait pas , vous avez le choix entre le résumé bref, l'argument, l'idée de départ, l'accroche, et j'en passe.
 
PLANNING. L'idée de faire des plans, des projets, c'est tout simplement la planification, l'organisation ou quelquefois le programme. Pourquoi chercher midi à quatorze heures avec un mot étranger qui n'apporte aucune information de plus ?
 
PLAY LIST : Lu récemment cet avis à propos d'un restaurant bruxellois : « La déco et la cuisine étaient très bien, mais un bon point en plus pour la play list du patron ». Il faut comprendre que ce patron passe de la bonne musique dans son resto. Il a fait une bonne sélection de musiques et de chansons. Dire que son choix musical plait à ses clients, ne serait-ce pas aussi bien ? Sinon, faudra-t-il bientôt parler de la « wine list », de la « beer list », de la « meat list » et, bien sûr de la « price list » ?
 
ROAD MOVIE : Le cinéma connait toujours sa période « road movies », des films inspirés par un ouvrage de l'écrivain américano-québécois, Jack Kerouac, Sur la route ('On the road'). On ignore souvent que le français était sa langue maternelle, dans laquelle il a d'ailleurs écrit une partie de son œuvre dont plusieurs ébauches de ce roman qui allait servir d'étendard à la « beat generation ». Les « films virées », comme on a aussi appelé ces histoires de deux complices qui vagabondent sur les routes sans but précis, bien que nombreux aux États-Unis, sont loin d'être absents du cinéma français : Pierrot le Fou (Godard, 65), Les Valseuses (B. Blier, 74), Eldorado (Bouli Lanners, 2008) et même un des tout derniers titres avec Catherine Deneuve, Elle s'en va (E. Bercot, 2013). Donc, « road movie » si l'on veut, mais pourquoi pas « film virée » ou « film routard » ?
 
ROAMING : En anglais, to roam a le sens de déambuler, errer, vagabonder, parcourir un chemin. C'est pourquoi les anglophones appellent « roaming » (vagabondage, déambulation) la possibilité pour un abonné d'un opérateur de réseau mobile d'utiliser les services de téléphonie de différents réseaux au fur et à mesure de ses déplacements, notamment lors de ses voyages à l'étranger.En français, cela porte le nom d' « itinérance », d'après « itinéraire », chemin à parcourir.
 
SHOPPING. Faire ses courses, son marché, ses achats : ce n'est pas vraiment « du shopping », car il y a dans ces expressions une idée de dépenses pratiques, obligatoires. Le shopping, c'est aller dans les magasins d'abord pour le plaisir, et c'est bien plus que le lèche-vitrine qui n'implique pas l'idée de dépense. Le verbe anglais to shop a donné, au Québec, et dans tout le Canada français, le néologisme magasiner, et shopping, le magasinage. Belles trouvailles, n'est-il pas ? Il serait temps d'arrêter de les snober !
 
SMARTPHONE : Tout le monde sait ce que c'est. Le succès de ces petits ordinateurs de poche qui permettent aussi de téléphoner est phénoménal. Il y en aurait plus d'un milliard en activité ! Le succès du nom aussi est très grand. Pourtant, « smartphone » n'a rien d'extraordinaire, c'est une simple définition raccourcie de l'objet : téléphone intelligent (smart). Au Canada francophone et au Québec, c'est l'appellation recommandée et de loin la plus utilisée aujourd'hui. On a proposé aussi un mot valise « ordiphone », qui ne s' est pas répandu. Dans la veine de « téléphone intelligent », peut-être un peu long, il m'arrive d'entendre « téléphone malin » qui a l'avantage d'être plus court de deux syllabes. À notre époque, ce n'est pas négligeable !
  
SNORKELING : C'est le nom anglais d'un loisir aquatique dérivé du mot « snorkel » qui signifie « tuba », le tube respiratoire pour nager sous l'eau. Il s'agit donc d'une activité pratiquée sans besoin de bouteille de plongée, le nageur restant tout près de la surface. Il utilise quelquefois des palmes pour se déplacer plus aisément et, bien entendu, un masque pour observer la faune et la flore marines. Le français appelle cela depuis au moins la fin du 20e siècle « la plongée de surface », expression attestée dans plusieurs guides de voyage consacrés au tourisme dans les Caraïbes.
  
STAND-UP : Apparu aux États-Unis, « stand-up  » a d'abord désigné un genre d'impro : dans certains cabarets, un client pouvait se lever  (to stand up), prendre le micro et chanter ou raconter une histoire en s'efforçant de plaire  au public. Devenu très codifié, le spectacle est maintenant un seul en scène satirique ou fantaisiste  pas très différent de la très ancienne tradition des chansonniers  parisiens. À côté de l'expression « seul en scène », on peut aussi parler de « monologue comique  », de « scène libre  » ou de « scène ouverte  ».
 
STICKER : Comment peut-on dire «un sticker» en parlant français ? Ce n'est pas une colle ... Un autocollant ! On l'a dit comme ça pendant des années, jusqu'à ce que l'anglicisme vienne peu à peu lui faire de la concurrence. Du verbe to stick, coller, «sticker» signifie "quelque chose qui colle". Ne trouvez-vous pas que notre autocollant a plus de tenue ?
 
SWITCHER : to switch signifie intervertir, inverser ou changer, échanger, prendre l'un pour l'autre. On peut toujours trouver amusant de dire des phrases comme celle-ci « J'ai switché les deux mots. Je vais corriger. » Mais sera-t-on mieux compris ?
 
TIMING : Tiens, un mot fourre-tout ! Ça faisait longtemps. To time, en anglais, signifie « régler le temps ». Le timing, c'est la répartition dans le temps concernant une série de tâches à effectuer. Le français n'avait pas de mot pour ça ? Un programme, un calendrier, un agenda, un emploi du temps ... Ce n'est pas la même chose ? Et l'horaire, la grille-horaire, le minutage, le planigramme (pour « planning »), non plus ? Si ? Alors, pourquoi cette fixation sur « timing » ? Véritable anglo-tic de langage que certains nous servent sans aucune discrimination.
 
TRAILER Le trailer est aussi une sorte d'accroche, ou d'aguiche : un échantillon pour affriander le public de cinéma. C'est tout bonnement notre bande-annonce ! Le mot compte une syllabe de plus qu'en anglais. C'est grave ? Il y a longtemps, on disait « la bande de lancement ». Depuis on a gagné une syllabe. Il y a progrès.
 
TRAINING : Pourquoi ne pas s'entrainer à dire plutôt formation, étude(s), apprentissage, éducation, écolage ou, dans certains cas, exercice et même dressage ? To train et training sont issus directement de notre verbe « entrainer » . Le training désigne aussi une tenue adaptée à l'exercice physique, un survêtement.
 
TRENDY vient de « trend », la tendance. La tendance du moment, ça veut dire la mode. Être à la mode, on dit aussi « être mode », dans le vent, dans le coup, au gout du jour, en vogue ... Jadis, en franglais, on disait « fashionable », de fashion, la mode (déformation de « façon »). Cet anglicisme-là a disparu. C'est le sort de la plupart d'entre eux : pour rester trendy, le franglais est condamné à se renouveler sans cesse.
 
WIN-WIN. On dit cela d'un marché où les deux parties trouvent leur intérêt ; win, c'est le gain, to win, c'est gagner. L'origine des mots est la même en français comme en anglais. Nous pouvons dire aussi « chacun y gagne » ou, un peu plus drôle : « gagnant-gagnant ». Remplacer quelquefois nos anglicismes par du français, ce n'est pas un deal win-win, mais un marché gagnant-gagnant !
 
Robert MASSART