Créer des mots

Intervention de Robert Massart
Créer des mots pour faire vivre le français.
Approche lexicologique de la formation des mots en français.
résumé de la conférence-atelier de Robert Massart à Podebrady (novembre 2013)

DSC_0429D’abord un rappel des principales origines des mots du français : p. ex. le latin populaire, les parlers germaniques lors des invasions franques. On voit ensuite quelques-uns des impacts de la Renaissance sur notre lexique : l’apparition de doublets (naviguer et nager venus de navigare) et les nombreux néologismes empruntés à l’italien.

  • Les emprunts aux autres langues étrangères : p.ex. à la suite des grandes découvertes géographiques.
  • Dès la fin du 18e siècle, les créations lexicales scientifiques à partir d’éléments grecs le plus souvent (téléphone, gastéropode).
  • Le début de l’anglomanie et l’arrivée des premiers anglicismes (club, smoking).
  • Les emprunts d’autre nature :
    • à des noms propres (une mansarde, une pipelette, une vespasienne …).
    • les onomatopées qui imitent des sons (boum ! crac) ou des cris d’animaux (cocorico, miaou).
  • On passe alors aux principales règles de la formation des mots :
  • par assemblage de mots simples : l’agglutination : aérogare, souterrain / à l’aide d’un trait d’union : après-midi, arc-en-ciel / la juxtaposition : machine à laver, voiture de course / l’emploi nominal d’une phrase figée : un laissez-passer / l’assemblage de radicaux grecs ou latins : démocratie, suicide …
  • les mots dérivés ou composés, issus de l’adjonction d’affixes (suffixes, préfixes) à un mot simple : clair -> éclair – clarté – éclairer – éclairage. Le cas particulier d’un préfixe très productif en français « re ». Les suffixes expressifs : nuance péjorative (-ard), le diminutif (-et, -eau, -ot, -illon …). Pour les adjectifs : -able, -âtre, -issime. Pour les verbes : – fier, -ailler, -eter, -iller …
  • D’autres possibilités de création lexicale :
    • le changement de classe grammaticale, comme les infinitifs substantivés (le boire, le manger, le rire, un sourire …)
    • la métonymie : passage du sens propre au figuré (la langue : l’organe et le langage parlé.
    • la réactivation de termes oubliés ou désuets (la dangerosité, le management)
    • la néologie simple (ordinateur, logiciel) ou par calque d’une autre langue (supermarché, remue-méninge).
    • les mots-valises (la contraction de deux ou trois mots) : franglais, informatique, autoroute, alicaments …

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PARTIE PRATIQUE

Le « tribunal du franglais » : un dispositif didactique qui permet de travailler sur le vocabulaire et sur la création lexicale à partir du phénomène particulier des anglicismes. Un exercice de ce type a été proposé aux collègues tchèques en guise d’atelier : l’anglicisme présenté était le « self scanning », ce système qui permet aux clients de régler leurs achats eux-mêmes dans un supermarché.

L’activité démarre donc avec un emprunt à l’anglais de préférence proposé par les élèves. La classe se transforme ensuite en « tribunal » pour passer « en jugement » l’anglicisme, et cela en respectant une série de critères grammaticaux, voire linguistiques :

  • cet anglicisme est-il utile, nécessaire ?
  • est-il bien compris du public
  • est-ce un mot « fourre-tout », présente-t-il une forte polysémie (ex. « timing ») ?
  • est-il bien ou mal intégré au français par sa prononciation ? Répond-il aux normes de notre système graphique ?
  • pourrait-on le remplacer par un néologisme ?
  • peut-on le conserver comme synonyme en le francisant éventuellement (ex. « chat » -> « tchat » , légère modification de l’aspect graphique) ?
  • est-il préférable de l’éliminer ?

Pour terminer, j’ai montré que « le tribunal du franglais » pouvait encore se poursuivre par une autre activité assez ludique elle aussi : le jeu de l’Académie française. Si les élèves ont jugé que tel anglicisme devait être remplacé par un néologisme, on leur demandera de l’imaginer eux-mêmes. Ce sera l’occasion de passer en revue les différents moyens dont dispose la langue pour former des mots.

Robert Massart.