Question parlementaire à propos de l’orthographe nouvelle

N o 3 (2014-2015)

PARLEMENT DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE

Session 2014-2015 – 31 DÉCEMBRE 2014

2.29
Question n ?150, de Mme Vandorpe du 19 décembre 2014 : Nouvelle orthographe dans les futurs référentiels en français ?

Lors de la présentation des projets de décrets relatifs aux nouveaux référentiels en sciences et mathématiques dans le secondaire, vous nous avez informés de la poursuite du travail de réécriture des référentiels pour les disciplines languesmodernes et français. Un des groupes de travail constitués se charge du français pour les compétences terminales et savoirs requis à l’issue de la section de transition des humanités générales et technologique.

L’un des objectifs de ce grand chantier de réécriture des référentiels interréseaux est l’adaptation des apprentissages scolaires aux réalités et enjeux de notre société contemporaine. A propos de notre langue française, il s’agit aussi de soutenir une évolution qui tienne compte des usages dans les nouveaux médias, de genres et styles nouveaux qui en résultent. Pour reprendre l’image de Michel Serres, Petite Poucette, c’est du bout de leurs doigts que les enfants et les jeunes se plongent en permanence dans l’univers médiatique. Ils cotoient des langages différents, des genres d’écriture variés, avec une rapidité quasiment instantanée. Internet et son ouverture sur le monde multilingue et multiculturel est un espace de création privilégié pour les adolescents qui aiment inventer leurs propres expressions, leurs propres mots, leurs propres écritures. . .

D’un autre côté, la langue française se construit et évolue depuis des siècles, elle est le résultat d’une histoire que nous ne pouvons à mon sens la balayer d’un trait. Sauf à considérer notre dictionnaire comme un code de programmation informatique. . .

En tant que professeur de français, il nous appartient il me semble, de promouvoir notre langue française comme le fruit et le vecteur des évolutions culturelles et historiques de notre communauté francophone.

Le 24 novembre dernier, la Libre Belgique faisait état des recommandations du Conseil international de la langue française (CILF) pour un assouplissement des règles d’accord du participe passé.

Son antenne belge, l’association belge des professeurs de français (ABPF) prône sur son site la prise en compte de la nouvelle orthographe en cours depuis 1990 dans les apprentissages proposés aux élèves.

Madame la Ministre, je souhaite connaître votre position sur la prise en compte de la nouvelle orthographe et l’assouplissement des règles rammaticales lors de la réécriture des référentiels en français :

– Le travail de réécriture des référentiels tient-il compte des recommandations du CILF et ABPF ?

– Le milieu académique est-il représenté au sein des groupes de travail ? De manière générale, qui y participe ?

– A ce stade de la démarche de réécriture, une position claire a-t-elle déjà été prise quant à la nouvelle orthographe et à l’assouplissement des règles grammaticales dans les apprentissages scolaires ? Comment cela se manifestera au sein des référentiels ?

– Pouvez-vous nous donner une idée du timing dans lequel ces référentiels sont réécrits, quand ils pourront être présentés au Parlement via leur décret d’approbation ?

 
Réponse :

La nouvelle orthographe suscite clairement de nombreux débats depuis quelques années et opposera encore un moment les partisans de l’orthographe traditionnelle aux défenseurs d’une évolution. Il est à noter que cette nouvelle orthographe est facultative, même si une circulaire de 2008 invite « les professeurs de français de tous niveaux à enseigner prioritairement les graphies rénovées », elle précise néanmoins qu’il « s’agit de veiller à ce que les recommandations orthographiques soient envisagées en fonction de l’intérêt des élèves et des étudiants. Il ne pourrait être question de considérer ces rectifications comme des « matières nouvelles » qui viendraient s’ajouter aux « anciennes ». Quoi qu’il en soit, il n’est certainement pas recommandé d’imposer une, et une seule orthographe. Chacun a le droit d’utiliser les différentes graphies. Il s’ensuit que durant une période de durée indéterminée, les deux orthographes auront à coexister. »

Le nouveau référentiel de français destiné à l’enseignement qualifiant, celui-là même que nous avons abordé lors de la Commission Education du 18 novembre dernier, a été rédigé en suivant les règles de la nouvelle orthographe. Eu égard aux circulaires ministérielles successives, la même logique prévaudra pour le référentiel en cours d’écriture qui porte sur les compétences terminales de ’enseignement de transition. Il est sans doute prématuré de se pencher sur les recommandations actuelles du Conseil International de la Langue Française concernant un nouvel assouplissement de l’accord du participe passé. Il semble en effet qu’il n’y ait pas de position ferme au sein des instances. Le Conseil Supérieur de la Langue Française n’a pas encore fait de recommandation officielle à ce sujet au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Au sein du groupe de travail de français, la voix académique se fait entendre par Jean-Louis Dufays, professeur à l’UCL.

Quant aux échéances, il faut savoir que le mandat des groupes de travail est de deux ans, mais je souhaite qu’ils puissent clôturer leurs travaux en juin 2015 afin de permettre aux réseaux de rédiger leurs programmes en 2015-2016.

 
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