La langue française est en fête

4377daba45 A cette occasion, Nathalie Marchal,  directrice au Service de la Langue française de la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous fait le plaisir de parler de cet évènement et de cette langue qui nous réunit :

Du 15 au 22 mars 2015, « La langue française en fête » jubile !

En 2015, « La langue française en fête » connaitra sa 20ème édition !
Évènement rayonnant à travers toute la francophonie, ce grand rendez-vous linguistique reflète ardemment depuis 20 ans l’évolution de la langue au sein de la société et les enjeux auxquels elle est associée.

On pourrait le confondre avec un espace pointu et exigeant, réservé à un cénacle de puristes. Il n’en est rien. Si « La langue française en fête » s’ouvre joyeusement à la beauté du verbe, à sa musicalité, sa finesse, sa richesse, elle n’a de cesse de repousser les barrières grammaticales au profit de son maitre mot : la créativité. Le but : inviter le plus grand nombre à danser avec elle autour du français. Et si les règles et les codes rôdent néanmoins, ils ne sont plus un obstacle à l’expression et au plaisir. Spectacles, rencontres, ateliers, jeux, expositions…tout est mis en œuvre pour vivifier le propos et inviter le quidam à s’en amuser sans vergogne.
Le français, une langue résolument vivante dont nous sommes les géniaux créateurs!

Depuis sa création en 1995, « La langue française en fête » s’efforce de soulignerla vivacité de la langue et le bonheur qu’elle véhicule au sein d’une communauté
la multiplicité et la richesse du français par le respect des régionalismes
sa capacité à dire et à témoigner de la modernité une fois débarrassée de ses contraintesMais elle s’efforce également de souligner que c’est nous, locuteurs, qui détenons le secret de cette vitalité ! Au quotidien, nous réinventons notre langue pour l’adapter à nos nouveaux besoins. Que l’on pense à des mots comme courriel, logiciel, audimat ou fracture sociale, ces mots sont apparus grâce à la créativité des locuteurs pour répondre à la nécessité de désigner les réalités d’un monde en évolution. « La langue française en fête » salue cette inventivité et se veut donc aussi la fête de tous les usagers du français, puisqu’ils sont seuls à détenir le secret de son éternelle jeunesse.A l’occasion de « La langue française en fête », ce message se traduit par une invitation tout public à jouer avec les mots et à utiliser ses ressources expressives. Pendant une semaine, rangez grammaire et dictionnaire, audace et créativité feront le reste !

Une campagne à large échelle

L’évènement nourrit plusieurs dimensions
– une dimension régionale en invitant chaque année une « Ville des Mots » à donner le ton de la fête
– une dimension nationale en coordonnant et dynamisant le programme d’un réseau de villes et d’opérateurs culturels, acteurs partenaires de « La langue française en fête »
– une dimension internationale en programmant ses festivités dans le cadre de la Journée internationale de la francophonie. Célébrée le 20 mars, cette journée est, en effet, fêtée dans une cinquantaine de pays, et notamment en France, en Suisse romande, au Québec avec lesquels la Fédération Wallonie-Bruxelles collabore très étroitement.

La « Ville des mots »

Bien que portée par tous les pays de la francophonie, « La langue française en fête » connait donc également une dimension tout à fait régionale, gage d’un évènement proche de la population. Dans cette dynamique, une commune se voit chaque année porteuse du titre sans équivoque de « Ville des Mots ». Celle-ci devient le centre névralgique de la fête dont elle accueille et organise les différentes animations. A ce titre, elle déploie les mots dont elle joue. Elle les affiche, les expose, les suspend sur autant de calicots, banderoles, oriflammes, phylactères, elle en sème des parterres de fleurs et transforme ses vitrines.Et dans ce décor urbain revisité, la ville anime ses rues, ses places, ses parcs, ses théâtres et lieux de rencontres par des jeux, des concerts, des spectacles, des concours, des débats, des joutes oratoires…qui restituent au citoyen son espace de vie et son espace de parole.La nouvelle « Ville des Mots » rejoint l’année suivante un véritable réseau constitué de celles qui l’ont précédé dans cette festive responsabilité. Ce réseau développe des activités qui d’année en année redynamisent le tissu local par des actions communes à l’ensemble des villes célébrant « La langue française en fête ».

Après Mons (1996), Huy (1997), Braine-l’Alleud (1998), Dinant (1999), Tournai (2001), Namur (2002), Watermael-Boitsfort (2003), Habay (2004), Nivelles (2005), Mouscron (2006), Liège (2007), La Louvière (2008), Bruxelles (2009), Marche (2010), Verviers (2011), Molenbeek (2012), Soignies (2013), Charleroi (2014), c’est Saint-Gilles qui reprend le flambeau de cette édition 2015, sous la houlette du Centre culturel Jacques Franck en partenariat avec la bibliothèque, la Ville et la Maison du Livre, notamment. Ce panel d’organisateurs investis et enthousiastes mobilise depuis plusieurs mois le tissu local associatif et scolaire et développe, avec lui, un parcours créatif laissant la part belle aux arts urbains et aux apprenants de français pour qui les mots sont si précieux, et parfois si difficiles à maitriser. Ce travail de fond débouchera sur un décor urbain et des animations qui se donneront à voir et se déploieront du 15 au 22 mars.

Le réseau des anciennes « Villes des mots », toujours aussi tonique et désireux de pérenniser la fête, connait cette année une participation active de bibliothèques publiques qui prennent en main la coordination des actions dans leur commune. En effet, pour cette édition 2015, les bibliothèques de Watermael-Boitsfort, Molenbeek et Droixhe relèvent le défi de dynamiser leur territoire autour du français en collaborant étroitement avec les Centres culturels qui assurent cette dynamique dans d’autres villes, comme à Huy, Mouscron, Habay, Charleroi, Braine-l’Alleud…


Au cœur de l’édition 2015

Chaque année, les partenaires de l’Opale (réseau des Organismes francophones de Politique et d’Aménagement linguistiques – France, Québec, Suisse Romande, OIF et Fédération Wallonie Bruxelles) choisissent un thème commun et établissent une liste de dix mots, matière de base pour de multiples démarches créatives à travers le monde.L’édition 2015 se fêtera sur le thème du partenariat entre les langues. Sous le slogan « Dis-moi dix mots que tu accueilles », cette nouvelle thématique met en valeur la capacité de notre langue à accueillir et intégrer des mots venus d’autres langues. Les échanges commerciaux, intellectuels, culturels, les migrations, sans oublier les médias et, désormais, les technologies numériques ont en effet mis le français au contact d’autres langues. Venus d’ailleurs, ils sont devenus d’ici. La richesse de ces échanges a donné à notre langue une grande partie de ses accents et de ses couleurs.  La capacité du français à se ressourcer est sans nul doute un signe de sa vitalité et une garantie pour son avenir.Les dix mots de cette nouvelle édition invitent donc au voyage : « amalgame, bravo, cibler, grigri, inuit, kermesse, kitsch, sérendipité, wiki, zénitude ». Ils viennent respectivement de l’arabe, de l’italien, du suisse allemand, de langues africaines et antillaises, de l’inuktitut, du flamand, de l’allemand, de l’anglais, de l’hawaïen et du japonais, et reflètent par leur diversité l’hospitalité de la langue française.
« La langue française en fête » 2015 met également au cœur du débat la féminisation des noms de métier, fonction grade et titre. Illustrant la capacité du français à s’adapter à un monde en évolution, cette thématique nous rappellera qu’un décret pris en 1993 par la Fédération Wallonie-Bruxelles impose aux agents des services publics au sens très large d’utiliser des formes féminines pour désigner une femme ou un ensemble de femmes. Le Service de la langue française publie à cette occasion la troisième édition du Guide Mettre au féminin, guide de féminisation des noms de métier, fonction, grade et titre. Cette troisième édition augmentée comprendra, outre la liste actualisée des formes féminines recommandées, un guide de rédaction non-sexiste permettant de mieux visibiliser les femmes dans les textes sans toutefois nuire à la lisibilité de ceux-ci.


La Caravane Internationale des dix mots

S’appuyant sur le dispositif des dix mots sélectionnés par le réseau OPALE, la Caravane des dix mots est un projet artistique et éducatif international autour du français qui s’adresse à tous les publics : ateliers de pratique artistique autour des dix mots et réalisation de films en sont les principales modalités.Partagé par de nombreuses équipes artistiques (92 équipes artistiques en dix ans, plus de 10 000 participants par an), dans une cinquantaine de territoires différents dans le monde, ce projet souhaite faciliter l’expression et la résonnance des voix des peuples francophones. Il veut montrer que la langue française est un idiome vivant qui se nourrit et s’enrichit de la richesse et de la diversité de tous ceux qui parlent et font vivre au quotidien cette langue française que nous avons en partage.

Concrètement ?

La Caravane des dix mots propose « d’aller à la pêche au sens des mots au-delà de leur propre définition, afin de montrer la richesse et la diversité que tout être humain porte en lui » à travers un projet aux multiples facettes : artistique, culturel, éducatif, linguistique et social.Pour ce faire, un appel à projets est lancé chaque année, ouvert à toute structure locale qui souhaite se lancer dans l’aventure.Sur chaque territoire, des artistes et pédagogues proposent à tous les publics, de s’exprimer autour des dix mots dans le cadre d’ateliers de pratique artistique : théâtre, écriture, conte, danse, photo, vidéo, arts plastiques, marionnettes… sont autant de passerelles pour la rencontre et l’approche différente de la langue française.

En lien, un réalisateur porte son regard sur les activités menées, et interview ses concitoyens sur les mots. Les films ainsi réalisés permettent de collecter ces paroles et de les partager avec le plus grand nombre.


La Caravane en Fédération Wallonie-Bruxelles

A dater de 2015, ce sont nos « Villes des mots » et leurs nombreux ateliers de pratiques artistiques autour des dix mots déployés pendant « La langue française en fête » qui fourniront matière au film documentaire de la Caravane sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles.Un projet coordonné par le Service de la langue française dans la foulée des recherches qu’il a commandité sur le français en contexte migratoire et publiées dans la collection Français et Société (Il s’agit d’une collection de la Fédération Wallonie-Bruxelles-Service de la langue française. Un encadré à ce sujet figure dans ce numéro de Lectures. La liste des numéros et les modalités de commande figurent sur www.languefrancaise.cfwb.be), parmi lesquelles la recherche-action réalisée par l’IRFAM sur les pratiques culturelles favorisant l’appropriation du français par les migrants(Altay Manço et Patricia Alen, La culture comme espace d’appropriation du français par les immigrés, observations en Fédération Wallonie-Bruxelles, Fédération Wallonie-Bruxelles, Service de la langue française-EME, Français et Société 28.).

En bref, « La langue française en fête » est une invitation à s’approprier la langue par le plaisir et la créativité. (Re)trouver le gout de mots crée ensuite les conditions optimales pour un apprentissage approfondi. Une belle occasion offerte à tous les acteurs culturels et éducatifs de la Fédération Wallonie-Bruxelles dont le français est au cœur du métier, bibliothécaires, libraires, organismes d’alphabétisation, enseignants, etc., de participer à ce grand rendez-vous international des amoureux de la langue. Développer des animations autour des dix mots ou d’autres animations visant l’appropriation du français et l’amélioration des capacités langagières, inviter des auteurs à parler de leur rapport à la langue, mettre en valeur des ouvrages linguistiquement créatifs, développer un concours d’écriture, les ressources pour faire la fête sont totalement inépuisables ! Le Service de la langue française vous convie en tout cas chaleureusement à la fête et reste à votre écoute pour toute suggestion, discussion, information.

Au plaisir d’échanger quelques mots….

Nathalie Marchal,
Directrice ministère – administration générale de la Culture
service de la Langue française

www.languefrancaise.cfwb.be
www.lalanguefrancaiseenfete.be

Deux citations :

  • « Tous les usages de la parole pour tout le monde, voilà qui me semble être une bonne devise, ayant une belle résonance démocratique. Non pas pour que tout le monde devienne artiste, mais pour que personne ne reste esclave. » Gianni Rodari, Grammaire de l’imagination, éditions Rue du Monde.
  • « L’américain-langue ne fonde sa prétention despotique officielle, sa prétention majoritaire à l’hégémonie, que sur son étonnante aptitude à se tordre, à se casser, et à se mettre au service secret de minorités qui le travaillent du dedans, involontairement, officieusement, rongeant cette hégémonie au fur et à mesure qu’elle s’étend : L’envers du pouvoir. (…) L’américain est travaillé par un black english, et aussi un yellow, un red english, broken english qui sont chaque fois comme un langage tiré au pistolet des couleurs : l’emploi très différent du verbe être, l’usage différent des conjonctions, la ligne continue du ET…et si les esclaves doivent avoir une connaissance de l’anglais standard, c’est pour fuir ou faire fuir la langue elle-même. (…)Il s’agit de faire bouger la langue, avec des mots de plus en plus sobres et une syntaxe de plus en plus fine. Il ne s’agit pas de parler une langue comme si l’on était un étranger, il s’agit d’être un étranger dans sa propre langue, au sens où l’américain est bien la langue des Noirs. (…) l’anglais fait des mots composés dont le seul lien est un ET sous-entendu, rapport avec le Dehors, culte de la route qui ne s’enfonce jamais, qui n’a pas de fondations, qui file à la surface, rhizome. Blue-eyed boy : un garçon, du bleu et des yeux – un agencement. Et…Et…Et, le bégaiement. L’empirisme n’est pas autre chose. C’est chaque langue majeure, plus ou moins douée qu’il faut casser, chacune à sa façon, pour y introduire ce ET créateur, qui fera filer la langue, et fera de nous cet étranger dans notre langue en tant qu’elle est la nôtre. » Gilles Deleuze, Parnet Claire, Dialogues, Flammarion, Champs, 1996, pp. 72-73