En français dans le texte

Les prolongements promis dans la revue « VIVRE LE FRANÇAIS » sont au bas de cette page.

 

Être prof, c’est pas facile tous les jours. Être prof, c’est se faire classer — MDR ! tant qu’à dire — par tous ceux qu’on rencontre. On n’est plus de « ceux qui savent », on est « ceux qui croient tout savoir ». Dur, dur ! Être prof de français, alors, ça c’est grave- grave ! On est des obsédés : orthographes incohérentes, catégorisations inutiles, mots oubliés, expressions surannées, règles dépassées et contraintes arbitraires. Vous allez prétendre – vous, petit prof – qu’il vous arrive d’écrire des SMS qui ressemblent à de vrais SMS ? Au mieux, vous récolterez des sourires polis : peut-être copiez-vous, sans vraiment les comprendre, les « manies » de vos élèves ? Mais vous avez forcément soin de n’observer que « les meilleurs » d’entre eux, pas vrai ?Alors, pour une fois, laissez-moi vous faire part d’une lecture bien revigorante : l’éditorial de Laurent Raphaël dans le FOCUS-VIF, dont il est rédac-chef, éditorial que je découvre en ce début de février 2015. Agrandissez le texte, collez-le au mur de votre chambre pour l’apercevoir chaque matin… S’il faut entrer dans le monde ado, allez jusqu’au bout !Non, vous redira Laurent Raphaël, le français n’est pas mort ! Il vit et se parle de plus en plus. Oui, il change, mais pas vraiment en mal ! Il revient dans la musique, se parle en des continents et avec des accents imprévus, reste l’objet de publications attentives et… demeure une référence de clarté et de précision. Bref, chères collègues, chers collègues, membres ou pas de l’ABPF (voir l’encadré à droite, sur www.abpf.be pour s’inscrire), soyez fiers de votre métier, contents de cette belle langue que vous pouvez offrir à des jeunes en recherche. Les aidant à exprimer et à entendre, vous serez heureux de les aider aussi un peu à vivre !

Jean Jacques Dewitte
Maitre-toile pour www.abpf.be

 

/ Laurent Raphaël
EN FRANÇAIS DANS LE TEXTE

Il n’y a pas si longtemps, on ne donnait pas cher de sa grammaire. L’anglais, avec la complicité de Ia culture américaine toute-puissante et le soutien logistique de l’Internet, n’allait en faire qu’une bouchée lexicale. Et voilà qu’on apprend que le français fait mieux que résister. Du statut de moribond, il est passé en une décennie à celui de valeur sure, voire d’avenir. 10 % de pratiquants en plus sur dix ans. Et les prévisionnistes de l’Observatoire de la langue française tablent même sur un… triplement du nombre de locuteurs francophones à l’horizon 2050. Si les plans de vol sont exacts, on compterait alors 715 millions de francophones dans le monde. Merci qui ? Non pas Paris, Bruxelles ou Montréal. Mais bien Dakar, Bamako et Kinshasa. C’est en effet l’expansion démographique de l’Afrique subsaharienne qui assurera la survie et le rayonnement de notre bel idiome. On ne dira bientôt plus la langue de Molière mais la langue de Senghor…

Un français plus juteux, plus sucré devrait donc émerger, fruit d’un métissage Nord-Sud. Une évolution qui chagrinera les nostalgiques d’un français « pur » (ce qui ne veut rien dire, le fond de sauce latin s’étant enrichi d’arabe, de russe ou d’italien au gré des rencontres, confrontations, échanges). Mais réjouira des esprits moins grincheux. Comme Alain Rey, le gardien avisé des Robert. Ou comme Régis Debray qui déclarait récemment dans L’Obs que le français, « c’est beaucoup plus grand que I’Hexagone. Il y a là une vitalité, une veine d’impertinence,une résilience qui ne renonce pas, en France, en Algérie, au Québec, au Liban ». Tout en nuançant immédiatement : « On est bien forcé pourtant d’observer chez nous un appauvrissement du vocabulaire, un tarissement du poétique, un “casse-toi pauv’ con” généralisé. »

Est-ce en réaction à un risque d’ensevelissement sous un charabia creux poli au libéralisme ? Ou en écho aux menaces diffuses de détournement du verbe et du sens par les idéologues de tous poils ? Ou par simple nostalgie ? Toujours est-il qu’on observe un réchauffement linguistique dans la sphère francophone. Les indices se multiplient. Prenez la pop. Si prompte à embrasser aveuglément le glossaire de Shakespeare (ou de McDo), elle a eu des accents très frenchies en 2014. De Christine and the Queens à Feu! Chatterton en passant par La Femme et Stromae, le sabir local s’est hissé haut dans les « charts » – oups, pardon, les « hit-parades » ; ah zut, encore un anglicisme, va pour « les classements » alors.

A trop la diluer, on – c’est-à-dire les médias, la pub autant que les politiques – a fini par affadir Ia langue. Pour se distinguer de la masse bêlante qui régurgite un parler sans saveur, ou juste pour se reconnecter au socle en granit de son identité, l’intérêt pour les mots moelleux, les expressions imagées, les subtilités malicieuses gonfle comme une bouée de sauvetage. Une prise de conscience qui explique sans doute le succès de ces livres (les éditions Opportun qui portent bien leur nom s’en sont fait une spécialité) qui exhument à tour de bras ces locutions désuètes qui fondent dans la bouche. Le parallèle avec la mode des légumes oubliés, panais, topinambours et autres rutabagas, est tentant. Ici aussi on en revient à ce qui a du gout et à l’idée que la gastronomie locale tient bien au ventre.

La rentrée de janvier enfonce le clou. Outre un premier roman chez Belfond en plein dans le sujet (Trois langues dans ma bouche de Frédéric Aribit dans lequel un homme est rattrapé par sa langue maternelle, le basque, qu’il pensait avoir oubliée), la publication chez Plon du Dictionnaire amoureux de la langue française offre une occasion de (re)découvrir les trésors oubliés de notre patrimoine linguistique. Le passionné Jean-Loup Chiflet y déclare sa flamme à ce fleuve dont « la clarté et la netteté font qu’elle est la langue internationale de la culture » (dixit Rivarol, en toute modestie) au fil d’un abécédaire subjectif qui fait saliver les papilles. Anecdotes, extraits, mises au point, définitions, bios de ces grands fauves de la littérature que sont Flaubert, Baudelaire ou Camus, cette balade gourmande sur les sentiers plantés de spicilèges, de barcaroles ou de doryphores montre l’étendue d’un territoire méconnu dont nous sommes tous les propriétaires. Et que chacun est libre d’arpenter dans toutes ses largeurs, dictionnaire à la main.

POUR SUIVRE ?
1. La francophonie : approche « géographique », historique (colonisation et décolonisation…). Statut de la langue française dans les pays d’Afrique… Autres
continents ?
2. Approche linguistique du texte de Laurent Raphaël : le vocabulaire (sabir, spicilège, résilience, topinambour…) ;  les modernités (apocopes, énumérations,
ellipses, anglicismes… )
3. Approche culturelle : auteurs cités (pourquoi eux ?), Institutions mentionnées (Le Robert, l’Observatoire de la langue française…)

QUELQUES PROLONGEMENTS…
A propos…

  • des pays où l’on parle le français, www.abpf.be et www.fipf.org offrent des prolongements multiples et variés :
    • La Fipf (Fédération Internationale des Professeurs de Français) offre un espace à chaque association nationale d’enseignants de français, à quelque titre qu’on l’enseigne.
    • Le site de l’Abpf (Association belge des professeurs de français) parle d’un congrès international des professeurs de français pour 2016 à Liège. La présidente a écrit à ce propos à tous ses homologues dans le monde…
    • Un travail intéressant serait ainsi de classer tous ces pays francophones suivant l’usage qu’on y fait de notre langue : langue « première » (on disait maternelle), langue « étrangère » (seconde…), langue du commerce, langue de culture, langue d’échanges entre gens aux parlers différents, autres ? La Maison de la Francité vous offre sur son site(/La francophonie dans le monde) l’occasion d’approfondir cette problématique.
    • Le français dans la francophonie ? Un plaisir, une fête… On peut faire lire à ce propos – à des élèves plus âgés – le texte de Nathalie Marchal et s’en inspirer pour lancer diverses activités (la fête, c’est tous les jours…)
  • des origines du français :
    • on peut certainement étendre, dater et expliquer les emprunts à d’autres langues ;
    • on peut aussi débattre de l’actuelle invasion anglophile. Le site Abpf.be propose une rubrique (colonne droite) intitulée « clés anglaises » à propos des moyens d’éviter de trop nombreux anglicismes dans nos discours.
  • de l’écriture de Laurent Raphaël, caractérisée par le modernisme de ses structures et la recherche d’une communication vivante et imagée. On peut relever dans ce texte :
    • des expressions « toutes faites » dont le sens interpelle et peut se renouveler (langue de Molière / langue de Senghor)
    • des exemples ou des qualifications surprenants : (les légumes, une langue sucrée…)
    • de nombreuses phrases s’écartant de la structure de base : absence de verbe, accumulation de termes inattendus…

ET LA PÉDAGOGIE ?

  • de toute évidence, les recherches sont à conduire de manière plus ou moins approfondie, suivant l’âge de apprenants,
  • deux positions intéressantes pour l’enseignant :
    • l’usage des moyens informatiques (C’est le maitre-toile qui vous parle !) pour « trouver des réponses » mais aussi pour reformuler des questions et prolonger certaines recherches au delà de ce qui est suggéré ici. Il faut pour cela disposer d’un local informatisé ou d’un wi-fi à partager sur de tablettes ou des téléphones… Ainsi les élèves cherchent, l’enseignant guide et aide à évaluer les résultats.
    • il est facile d’apporter une dimension ludique à toute cette activité : on peut par exemple songer à proposer  de construire un jeu ou d’organiser des confrontations : les trouvailles sont transformées en questions à poser à d’autres groupes, on met tout ça sur papier ou sur fichier dans l’ordi… et surtout : on teste le jeu à la fin !

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