Mouvement, mouvement, quand tu nous tiens… Propositions d’exercices
par Hélène Abraham
On ne donne ici que la trame générale : à chaque enseignant de l’accommoder, de la développer, préciser, selon ses goûts, ses élèves, le temps disponible, etc.
Écrire au tableau le mot MOUVEMENT : les élèves proposent tous les mots qu’on peut associer à ce mot – mouvement me fait penser à… – , et on les note au tableau ; solliciter toutes les catégories et natures, les expressions toutes faites ; jouer, bien sûr, sur le signifié, mais aussi sur le signifiant. Ainsi, bouger, chute, ascenseur, clin d’œil, marée, mentir, musique, véhément, trembler, planer, inclination, élan… Préciser la durée impartie. Pour cette étape, ne pas consulter les dictionnaires.
Proposer un exercice de classement : regrouper ces mots selon certains critères. On peut proposer de travailler par groupes de 2 ou 3 : il faut inventer ses critères de classement. Par exemple, catégories lexicales, niveaux de langue, masculin/féminin, positif/négatif ou mélioratif/péjoratif, concret/abstrait, selon les thèmes, etc. Préciser la durée impartie. Mise en commun : chaque groupe présente ses critères, et lit quelques exemples ; ou bien : chaque groupe lit 3 ou 4 petites séries de mots, et les autres devinent les critères.
Chaque élève choisit 10 mots (varier les natures), et compose un petit texte qui sera intitulé « Mouvement ». Choisir/imposer le ton : narratif ? descriptif ? lyrique ? dramatique ? ironique ? Là aussi, on lit sa production, et on fait deviner le ton qu’on a voulu donner à son texte.
Variante : chaque élève choisit les 10 mots qu’il préfère dans toute la production. Il compose un poème construit sur l’anaphore : J’aime… suivi du mot, et du pourquoi.
À partir d’expressions toutes faites sur le thème du mouvement produites en 1, composer des mini-textes, récits ou descriptions, qui prennent l’expression au pied de la lettre. S’inspirer de Boris Vian (L’écume des jours), ou de Norge (Les oignons). Par ex. courir ventre à terre, prendre ses jambes à son cou, tourner autour du pot, prendre la tangente, à fond de train, lever l’ancre, courir deux lièvres à la fois, tourner de l’œil, etc.
Matériau : Écrire au tableau les 10 mots de la francophonie : crescendo, fuser, héliotrope, hop !, marche, mobile, navetteur, remue-méninges, tourbillonner, variante.
Travail de petits groupes de 2 ou 3 élèves : inventer, pour chacun de ces mots, un synonyme, une comparaison et une métaphore ; dresser la liste, en colonnes, des mots, des synonymes, des comparaisons, des métaphores, mais en mélangeant les données. Faire rétablir l’ordre : à chaque mot, son synonyme, etc.
Inventer des définitions farfelues en jouant sur le Sé et sur le Sa, sur la ressemblance avec d’autres mots, sur des images. Faire deviner de quel mot il s’agit.
Créer de nouveaux mots en combinant les syllabes des 10 mots, et ensuite définir ces créations. Exemples : héliofuser, mobillonner, variendo, tourbinges, marfuser… On peut aussi utiliser ces nouveaux mots dans un petit texte, à la manière de Michaux, ou de Norge (donner des exemples).
Composer un texte-devinette : le mot à trouver est un des 10 mots. Exercice individuel, ou de petits groupes. Exemple : « D’abord, c’est le silence. Un léger froissement, un bourdonnement, un murmure ? Je tends l’oreille. Et voilà qu’une voix – mais est-ce bien une voix ? – s’élève, douce, insinuante. Elle enfle peu à peu, et bientôt remplit tout l’espace sonore. Je lève les mains et me bouche les oreilles : le fracas est intolérable. »
Composer de faux proverbes avec chacun de ces mots. Ex. « Qui trop tourbillonne, mal étreint », ou « À chaque jour, son remue-méninges », etc.
Composer un « dictionnaire des idées reçues » sur ces 10 mots. Donner des exemples tirés du Dictionnaire de Flaubert, ou du Dictionnaire des idées revues, de Jacques Sternberg, et observer, expliquer le mécanisme. Déceler l’ironie, le lieu commun.
En utilisant les 10 mots, par groupes de 2 ou 3 élèves, composer le synopsis d’un texte qui serait, une fois développé, un polar, un roman de science-fiction, un roman sentimental, une lettre d’amour, une pièce de théâtre tragique/comique. Il faut, évidemment, que les élèves aient des notions de ces différents types de textes… Aux 10 mots de base s’ajouteront des mots typiques du genre visé.
Composer un haïku sur chacun des 10 mots. Expliquer la structure du haïku, et donner des exemples. On peut prolonger par des mises en page, des calligraphies, des illustrations, et composer un éventail à 10 volets (voir Paul Claudel, Cent phrases pour éventail).
S’inspirant de « Je me de de » d’Achille Chavée (extrait de Le grand cardiaque), utiliser les 10 mots en changeant leur nature et écrire un poème qui pourrait s’intituler « Hop ! ». Ainsi, navetteur donnerait « je me navette » à quoi on ajouterait un complément, de temps par exemple : « au jour le jour » ; mobile et fuser donneraient « Immobile, j’infuse »… etc.
S’inspirant de « Langage » d’Albert Ayguesparse, – « Je dis : nuit, et le fleuve des étoiles coule… Je dis : neige, et les tisons noircissent… Je dis : mer, et l’ouragan fume… etc. » –, écrire un poème bâti sur cette anaphore : chaque mot sera suivi d’une évocation poétique inspirée par ce mot. Par ex. « Je dis héliotrope, et des milliers de petites fleurs blanches et bleues tournent vers la lumière des yeux avides. » On voit que l’usage d’un dictionnaire sera ici une aide puissante ! L’idéal serait d’obtenir une certaine unité du poème, et d’arriver à une conclusion heureuse, ou surprenante…
S’inspirant de « Sentier » de Pierre Reverdy, écrire un poème « Éloge du mouvement » (on utilisera ou non les 10 mots). Ensuite on l’élaguera, et on lui donnera une mise en page plus adéquate. Voici une partie du poème de Reverdy, au-dessus, version 1, en dessous, version 2 :
Le
vent trop fort ferme ma porte Le
vent trop fort ferme ma porte
Emporte mon chapeau comme une
feuille morte Mon chapeau
Tout a disparu dans la
poussière Une feuille morte
Qui sait ce qu’il y a par derrière Qui sait ce qu’il y a par derrière
Un
homme court sur l’horizon Un
homme court sur l’horizon
Son ombre tombe dans le vide Le vide
Les nuages plus
lourds roulent sur la maison Les nuages roulent
doucement
Le front du ciel inquiet se ride Le ciel se ride
S’inspirant des Euclidiennes d’Eugène Guillevic, écrire de très courts poèmes sur 10 mots choisis – soit les 10 mots de la francophonie, soit ses dix mots préférés sur le thème du mouvement (les 10 mots que j’aurais élus, moi). On peut proposer quelques impulsions d’écriture : par exemple, c’est le mot qui parle au sujet de lui-même en disant je ; ou bien un narrateur qui dit je parle au mot en l’interpelant (tu) ; le ton peut être tendre, affectueux, ou agressif, ou moqueur… Ces petites pièces pourraient être réunies en un recueil, ouvrage de toute une classe, qui s’intitulerait Les cinétiques… Regardons les illustrations et lisons Guillevic :
Triangle isocèle : J’ai réussi à mettre / un peu d’ordre en moi-même // J’ai tendance à me plaire.
Sinusoïde : C’est fatigant dans les montées / C’est effrayant dans les descentes (…).
Carré : Chacun de tes côtés / S’admire dans les autres. // Où va sa préférence ? / Vers celui qui le touche / Ou vers celui d’en face ? // Mais j’oubliais les angles / Où le dehors s’irrite // Au point de t’enlever / Les doutes qui renaissent.
Matériau nécessaire : chaque élève doit disposer d’une anthologie de poésie. D’abord, sensibiliser au thème du mouvement, avec ses différentes facettes, connotations – le premier exercice de profusion verbale peut servir (aussi) à cela. Il s’agit ensuite, dans une lecture individuelle et silencieuse, de feuilleter l’anthologie, et d’y picorer une vingtaine de vers, d’auteurs différents, qui évoquent le mouvement (attention, bien noter sur une feuille les vers retenus et leur référence dans le livre : il sera peut-être utile de les retrouver plus tard). Une fois cette collecte faite, aménager ce matériau en un poème qui ait une certaine unité, un sens. Donner un titre à son poème. Le lire à la classe.
On a massacré un petit texte de Julio Cortazar, extrait de Les fils de la Vierge, in Les Armes secrètes, p. 147.
Chacun remplit les vides et donne une cohérence à son texte.
Il passe maintenant …
comme
il en est passé …
comme il en passera tout au long de …
Ce
qui me reste encore à dire, c’est que …
C’est ce que j’ai
vu quand …
Puis, peu à peu …
Et les … aussi, et parfois
même …