Yves Renaud, « La prose, hop ! au pas ! »
Une 2e production d’une élève de Yves Renaud (p. 21)
Clin d’œil (Lucie Stoudmann, 15 ans)
Avez-vous déjà vu un clin d’œil dans une bouche ? Non ? Eh bien, ouvrez vos yeux et regardez-moi ! Je suis bel et bien un clin d’œil allongé sur une longue langue rose.
J’ai connu tellement de bouches aux odeurs nauséabondes, aux mille et un restes alimentaires et aux dents gâtées, que j’ai l’impression de me retrouver au « Paradis des cavités buccales ». Mes compagnons m’en ont tellement parlé : une bouche propre, au léger parfum de fraise ou de menthe, une bouche avec des dents droites aux couleurs de tic-tac. On m’a dit qu’elles appartenaient bien souvent aux femmes, non pas que les hommes aient une hygiène buccale douteuse, mais ils manient avec moins d’agilité la brosse à dents. Bref, j’en conclus que je me trouve dans la bouche d’une jeune fille, probablement nerveuse ou énervée, vu la rapidité avec laquelle elle mastique son chewing-gum aux fruits de la passion.
Pour un peu je me croirais en ce paradis dont on m’a tant parlé…
La seule ombre à l’horizon, ce sont mes compagnons. J’ai toujours été flanqué de belles paroles telles que « mignon », « adorer », « chéri », « trop chou », « amoureux » ou encore « flirter », mais me voilà entouré par des mots comme « détester », « énerver », « garce », « surprendre », « haïr », « c’est fini », « plus jamais » et même « tuer »…
Mon Dieu ! Mais où suis-je donc ?
Mes camarades commencent à s’impatienter : quand sortirons-nous enfin de cette bouche, certes délicieu… Voilà, VOILÀ ! On y est ! Mes premiers amis sont déjà dehors ! Ça a l’air de chauffer !
D’où je me trouve, je n’entends qu’un hurlement suraigu continu. Plus aucun doute, je suis dans la bouche d’une adolescente aussi furieuse qu’hystérique.
« Détester » et « plus jamais » se combinent afin de sortir ensemble et… oui ! OUI ! C’est mon tour !
- Je t’ai bien vu faire des clins d’œil à cette garce ! Tout est fini entre nous !
Voilà, je suis à l’air libre, je m’envole…
Je me retourne juste à temps pour apercevoir une jeune fille tourner les talons et un garçon d’une quinzaine d’années cloué sur place, le regard vide, ne sachant que faire…
(Lucie Stoudmann, 15 ans)