
En octobre 2005, suite à une première mission consacrée à l’utilisation des Schtroumpfs pour l’enseignement du français langue étrangère, l’ABPF constatant la qualité du travail de son homologue bulgare a décidé de signer avec elle une convention de partenariat. Celle-ci permet à des didacticiens de l’ABPF d’animer des formations au colloque annuel qu’organise annuellement l’APFB. L’ABPF quant à elle a reçu des collègues bulgares lors de son colloque consacré au théâtre en octobre 2006. Cette année, une enseignante bulgare, Maya Marinova, a donné un module sur l’évaluation lors du stage international d’été en didactique du FLE de Louvain-la-Neuve.
Voici la convention signée entre l’ABPF et l’APFB
Convention de partenariat
Dans l’esprit d’échange qui caractérise les relations bilatérales,
I L’ABPF (Association belge des professeurs de français) décide de s’associer de manière concrète aux activités de l’APFB (Association des professeurs de français en Bulgarie) dans le cadre de la formation des professeurs de français, pour la promotion de la diversité linguistique et de la langue française.
Notamment
au festival de théâtre scolaire francophone Jean-Louis Barraut 2006
Animation d’ateliers
Réflexion sur le rôle du théâtre dans le cours de FLEF
Participation à des modules de formation préparatoires au festival 2007 pendant les stages de juillet 2006.
au colloque 2006 sur le thème de l’enseignement par compétences
Réflexion sur la pédagogie des compétences (atelier en partenariat avec l’APFB, séquence didactique et évaluation)
par des contributions à Fréquences francophones, publicationsde l’APFB dans la ligne du dossier thématique.
II L’APFB (Association des professeurs de français en Bulgarie) participera de son côté de manière concrète aux activités projetées par l’ABPF (Association belge des professeurs de français)
Notamment :
à des colloques et/ou des journées d’étude sur la maîtrise de la langue, sur l’interculturel et sur le théâtre dans le cous de français
par des contributions à Français 2000, publication de l’ABPF
dans le cadre de la rubrique FLE
dans le numéro « Nos lettres s’envolent »
III Réalisation de duos de professeurs
Un professeur bulgare donnera des cours en duo avec un professeur belge dans un établissement en Communauté française de Belgique
Un professeur belge donnera des cours en duo avec un professeur bulgare dans un lycée bilingue en Bulgarie.
Pour la sélection des professeurs travaillant en duo, sera organisé un concours primant un travail sur la littérature ou la culture de la Belgique francophone ou de la Bulgarie, respectivement.
Jacques LEFEBVRE Georgui JETCHEV
Président de l’ABPF Président de l’APFB
Les Schtroupmfs, à l’aide !
Comment les lutins bleus peuvent voler au secours du FLE ?
La BD aide à l’enseignement du FLE
Des récits captivants
Des dialogues, surtout
Deux niveaux de lecture
Une communication orale contextualisée
Le reflet de la culture d’un pays : EX : Le Fantôme espagnol
Les Schtroumpfs
Au départ du Schtroumpf volant
Connaissez-vous les Schtroumpfs ?
Les Schtroumpfs ne seraient-ils pas belges.
Les Schtroumpfs, les expressions toutes faites, les codes culturels : Ex : Les vœux.
Les Schtroumpfs, une BD linguistique
Exercices d’expression orale ou écrite à partir de la langue schtroumlpf :
Les proverbes
La devinette
La recette
Conclusion : atouts didactiques des Schtroumpfs.
Introduction
J’ai connu la Bulgarie par le plaisir des oreilles et du palais. Vous avez deviné que mes rapports avec votre pays sont passés par l’écoute des voix bulgares qui m’ont transporté au-delà de moi-même et par la dégustation de vos excellents vins qui, eux aussi, m’ont transporté au septième ciel.
Aujourd’hui, je découvre la Bulgarie francophone et enseignante et c’est le même ravissement.
Je me réjouis du thème que vous avez choisi pour ce colloque, à savoir la bande dessinée, et cela pour trois raisons.
Où qu’il se trouve, un Belge qui parle de bande dessinée, a l’impression d’être chez lui. Mon petit pays s’illustre en effet depuis longtemps dans cet art qui n’est plus mineur et qui associe le poids des mots et le choc des images. Dès lors en qualité et en quantité, la BD se taille une part très importante dans l’édition belge, spécialement destinée à l’exportation.
A côté de mon expérience d’enseignant et de conseiller pédagogique, j’en ai une, limitée certes, mais réelle, de romancier et de peintre occasionnel. J’entre donc de plain-pied dans la BD. Je dois avouer que je me laisse d’abord accrocher par les dessins, que je suis très sensible au découpage du scénario destiné à créer le suspense et que je me suis souvent dit, ce qui a été suivi d’effets : « Tiens, je montrerais bien cela à mes élèves ! »
Dans la situation de concurrence actuelle où se trouvent les enseignants de langues étrangères, situation où le français doit se défendre, il est indispensable de chercher des moyens efficaces pour attirer l’élève vers l’apprentissage du français, mais aussi de le stimuler sans cesse et de le fidéliser. Le proverbe ne dit-il pas « On n’attrape pas des mouches avec du vinaigre, mais avec du miel !» ? Toutefois, il ne suffit pas d’attraper l’élève, il faut encore lui donner la motivation de poursuivre ; de trouver intérêt et plaisir à devenir un excellent francophone. La bande dessinée est un excellent moyens d’intéresser les élèves, puis de leur donner un bagage linguistique important. Comme la chanson ou la paralittérature, la BD fait partie des médias qui accrochent les adolescents. On voit qu’ils en achètent beaucoup. D’une part, elle réactive des plaisirs d’enfance, elle fait revivre la découverte du livre illustré qui a marqué la période de pré-lecture et celle d’initiation à la lecture, périodes où le livre est présenté dans un contexte chargé de tendresse, comme stimulateur de rêves, comme tapis volant pour l’imagination. D’autre part, elle est ciblée sur l’adolescent, tient compte de sa langue, de ses références culturelles et de ses goûts, tant au plan du scénario et du dessin qu’à celui de la langue..
Je vous donnerai donc quelques raisons d’utiliser la BD comme matériau pour faire travailler la langue dans un cours de FLE, je vous préciserai les avantages spécifiques de la BD des Schtroumpfs, en donnant des exemples d’utilisations didactiques tirés de celle-ci et en me permettant de vous placer en position d’apprenants.
La BD, une aide dans l’enseignement du FLE
La BD plaît aux jeunes, qui est conçue pour eux. Comme la chanson, c’est un genre commercial qui ne peut pas manquer sa cible. Le plus souvent, la BD est publiée d’abord dans un magazine hebdomadaire ou un quotidien, sous la forme d’une page (planche) ou ’une rangée de cases (strip). Le lien entre les cases est étroit pour inciter le lecteur à passer de l’une à l’autre. La dernière des cases intrigue le lecteur. Elle pose une question dont la réponse viendra le jour ou la semaine suivante. C’est le principe, déjà ancien mais toujours efficace, du feuilleton.
La BD, sous cette première forme, fait partie de ce qu’on peut appeler les genres brefs. Or, on constate aujourd’hui que les élèves sont plus sensibles aux genres brefs qu’aux genres longs. La BD est donc une bonne « accroche ». Le texte, réduit à quelques phylactères et quelques bulles, n’est pas indispensable pour que l’histoire soit captée. Le dessin, langue internationale, compense ce que le texte peut avoir d’obscur pour un lecteur étranger.
Par la suite, strips ou planches sont repris dans un album. A chaque fin de page au moins le lecteur se pose une question. Ce suspense présent dans la BD, comme dans la littérature policière, stimule la lecture. Voilà de quoi captiver les élèves et appliquer le proverbe « on ne prend pas des mouches avec du vinaire, mais avec du miel ».
Des dialogues surtout
Même si nous sommes sensibles à la mise en page, au trait, à la couleur, à la dynamique de la segmentation en cases, qui peuvent faire l’objet de remarques venant de l’élève comme du professeur et donner lieu à des cours de conversations, nous enseignants de langue, nous nous intéresserons d’abord aux bulles, aux répliques1.
Ces bulles sont d’une aide précieuse dans une partie délicate de l’enseignement des langues : l’apprentissage de l’oralité dans ce qu’elle a de contemporain et de variable. L’oralité, en effet, est trop souvent réduite à une question de prononciation ou d’intonation. Or elle a des spécificités lexicales et syntaxiques importantes, mais difficilement abordables en FLE. En effet, dans l’enseignement du FLM, le professeur peut compter sur la famille et le milieu ambiant, notamment la radio et la télévision pour apprendre, par immersion, la langue orale, avec son vocabulaire moins précis, plus courant, plus familier, plus pléonastique et hyperbolique, plein de mots omnibus tels que trucs, machin, chose, de verbes au sens très large comme faire… avec sa syntaxe moins rigoureuse, préférant la juxtaposition à la subordination, tolérant des phrases qui ne sont pas nécessairement complètes et achevées, des répétitions massives, avec ses mots bouche-trous qui signalent que telle pause ne marque pas la fin d’une phrase mais un arrêt pour chercher la formulation de la suite, les fameux euh… avec les tics de langage, comme la répétition de mots qui ont perdu leur sens réel pour faire du remplissage (effectivement, absolument) .
Ces aspects oraux apparaissent dans les dialogues de théâtre, surtout dans des créations ouvertes à l’improvisation et branchées sur les pratiques sociales. Ils sont aussi présents dans les bulles de BD, comme dans les chansons. C’est une sorte d’oral écrit extrêmement intéressant à travailler avec les élèves.
Longtemps, l’enseignement du FLE, surtout dans des pays qui n’avaient pas un contact direct ou aisé avec le monde francophone, s’est basé sur le livre et souvent même le livre littéraire. On enseignait d’abord à écrire en s’inspirant des auteurs classiques. Actuellement, on découvre l’importance et la difficulté d’enseigner la langue parlée. Celle-ci a des formes multiples2. Nous y accédons dans nombre de cas par le biais d’une transposition écrite. Celle-ci est une sorte d’intermédiaire entre le français oral pur et le français écrit pur. Cet intermédiaire est précieux. En effet, l’apprenant étranger la compréhension à l’audition d’un locuteur natif est difficile, parce que la parole défile plus vite qu’elle n’est décodée. La compréhension à l’audition travaille en temps réel. La transposition écrite de la parole permet de travailler au ralenti. L’oral écrit, permet la relecture et l’apprivoisement progressif. Par ailleurs, il n’est pas une pure transposition. Il a été débarrassé de certaines de ses caractéristiques3 qui choqueraient à la lecture. Il est, disons-le plus « linguistiquement correct », surtout au plan syntaxique. Cet oral écrit apparaît dans les dialogues, faits de répliques courtes, qui constituent l’essentiel du texte de la BD. Or ce français oral écrit, à cause du genre littéraire de la BD, est en phase avec la langue dans ce qu’elle a de plus vivant et de plus accordé à la jeunesse. Elle est doublement « branchée » : accordée à l’évolution du français et aux préférences linguistiques des jeunes.
Beaucoup de lecteurs, surtout s’ils sont jeunes ou ne connaissent pas bien la langue utilisée dans la BD qu’ils abordent, commencent à regarder les dessins et survolent les textes. Cela suffit pour suivre, en gros, l’évolution de l’intrigue. Par la suite, ils lisent plus finement bulles et phylactères, pour apprécier par exemple les jeux de mots. Prenons un exemple tiré de Tintin : le Capitaine Haddock a l’air fâché et au-dessus de sa tête une longue bulle en caractères gras énumère une série d’injures. Un premier balayage se contentera de l’information suivante : le Capitaine est en colère. Une lecture approfondie, qui demande d’ailleurs une connaissance étendue du lexique, détaillera les injures et s’amusera de leur incongruité.
Admettre cette démarche de double lecture et faire en sorte que l’élève y réfléchisse est important. Quand on aborde une langue étrangère, on ne comprend jamais tout. Il faut se débrouiller d’abord avec une compréhension globale sinon partielle du texte, puis la compléter peu à peu.
L’élève est invité inventorier ce qu’il connaît déjà, puis à chercher ce qu’il ignore et ce, en émettant des hypothèses qui sont confirmées ou infirmées. Ce passage du connu à l’inconnu a tout avantage à se faire en groupe, car les observations de l’un complètent celles de l’autre, spécialement dans le décodage des images qui normalement se fait lui aussi en deux temps : globalement, puis analytiquement.
Cette méthode de lecture positive et renforce les acquis. Elle valorise le progrès et stimule l’apprenant. C’est le contraire du repérage des fautes !
Dans la BD, comme d’ailleurs au théâtre ou au cinéma, comme dans toute vraie communication orale, le texte parlé n’est pas seul à produire le message. Il s’associe à un ensemble de signes plus ou moins codés ou d’indices qui interagissent avec lui. Ce qui est écrit est précisé, complété, renforcé, nuancé, voire contredit, non seulement par la mimique et la gestuelle (ce qu’on appelle l’infra-verbal ou le non-verbal) mais encore par des circonstances de temps et de lieu qui constituent le contexte au sens large.
Prenons des exemples :
La réplique « Je suis heureux » peut être renforcée, de manière redondante, par un sourire ; nuancée par un haussement d’épaules montrant que le bonheur est dérisoire, contredite par une moue d’ironie. Mais elle peut prendre un sens très différent selon qu’elle est inscrite dans une case dominée par un ciel bleu et retraçant un décor riant et/ou précédée par une case évoquant tel ou tel événement pouvant provoquer des émotions : le succès d’un ami, la mort d’un ennemi, une invention (si c’est le cas de Gaston Lagaffe, par exemple !)
La réplique « donne-moi ça, ici, tout de suite » ne peut se comprendre sans un encadrement spatio-temporel qui, dans un roman sera décrit et dans le texte de théâtre, sera indiqué par une didascalie, c’est-à-dire par des mots, alors qu’il sera visible par le dessin dans une BD.
Le décor dessiné est plus précis et fait mieux voir la culture et l’environnement dans lequel les personnages évoluent : type de maisons, voitures, vêtements.
Nous insistons sur cela, parce que ces indications de mimique, de gestes, de temps, d’espace, comme ces enchaînements actionnels facilitent grandement la compréhension du récit et l’interprétation des dialogues. Il s ont aussi d’autre part une valeur culturelle4 importante.
On sait en effet que le hochement de la tête, selon les pays, signifie oui ou non ; que regarder son interlocuteur dans les yeux est tantôt un signe de politesse, tantôt un signe d’effronterie ; que le sourire peut exprimer un sentiment ou une émotion en certains lieux et dans d’autres être une simple marque de politesse ou une attitude commerciale ; que donner la main, serrer celle de son vis-à-vis, la secouer est un signe de cordialité chez les Américain mais un manque de respect de l’intégrité d’autrui pour un Asiatique, l’heure d’un rendez-vous dans le Maghreb et dans un pays anglo-saxon varie fort quand à la précision ; en Angleterre on roule à gauche, en France, à droite ; en. Amérique les feux de signalisation sont placés derrière les carrefours, en Europe, devant.
L’étude d’une BD permet constater tous ces codes culturels de manière très simple.
Je tenterai de le montrer dans la première planche d’une des BD les plus célèbres en Belgique : Le Fantôme espagnol, dans la collection de Bob et Bobette5.

Le personnage de Lambique est emblématique : c’est le citoyen moyen de la Belgique unitaire6. Il habite la région de Bruxelles et parle « Brusselaire », une langue qui mêle français et flamand. Il est souvent ridicule. Son créateur, Vandersteen, l’utilise à des fins d’autodérision. Tout bon Belge doit être capable de se moquer de lui-même. Le nom de Lambique rappelle celui d’une bière célèbre à Bruxelles : La Gueuze.

Dans la BD
Le Fantôme, les héros
vont être projetés dans le passé
Ils vont se
retrouver dans les guerres de religions qui ont fait rage sur notre
territoire, en Flandre surtout, sous la domination espagnole
(Philippe II, le Duc d’Albe) période où sont
morts deux héros de l’époque les Comtes d’Egmont
de de Hormes. Or, ces faits réels, ont inspiré un roman
historique, épique, plein d’humour, qui aurait pu être
notre chef d’œuvre national :
Tyl Ulemspiegel. Le héros
s’illustre en effet par ses facéties dont sont victimes
les occupants espagnols. J’ai dit « aurait pu être »
car Tyl le héros est flamand, mais le roman est écrit
en français, ce qui à l’époque de sa
création ne posait guère de problèmes, ce qui,
actuellement, n’est plus le cas. Un Wallon ne se retrouve pas
dans un héros flamand et un Flamand ne se retrouve pas dans un
roman écrit en français. Les références
culturelles se situent donc à deux niveaux. Le premier,
accessible à tout jeune lecteur belge qui peut reconnaître
en Lambique son voisin et en Bob et Bobette ses copains. Lambique a
un poulailler qu’il repeint régulièrement, comme
tout bon Belge qui aime entourer sa maison d’un décor
propre et soigné, mais pas toujours de bon goût Il aime
visiter les musées, même s’il n’entend rien
à la peinture. L’accent espagnol du fantôme est
suggéré par la déformation de certains sons (e
devient é).
Le second niveau de références culturelles auquel se
hissera le jeune lecteur par le biais de cette BD qui fait office
d’initiation est celui de l’Histoire et des Beaux-Arts.
Le passage d’un niveau à l’autre s’opère
par un procédé typique de la littérature
fantastique (spécialité belge, comme la bière et
la BD) : en effet, un tableau devient un espace en trois
dimensions dont les personnages s’animent pour envahir la vie
des êtres qui le regardent. Dans ce cas, suite aux remarques
désobligeantes du prétentieux Lambique7,
qui critique le chef d’œuvre
de Breughel l’ancien. Cet espace ouvert, le fantôme va
permettre aux trois héros, Lambique, Bob et Bobette, par une
formule magique, de l’investir Vu l’importance
de cette toile (due à Breughel, un des tout grands peintres
belges et due à son aspect documentaire sur la gastronomie
belge au XVIe siècle), on peut dire que la BD introduit dans
le grand patrimoine culturel qu’un pays se constitue comme
réservoir identitaire.
Ce détour par
une BD patrimoniale permet de présenter la situation de la
Belgique, pays autrefois unitaire et qui poursuit un long travail de
fédéralisation ; pays au passé très
court également, qui faute de se trouver dans l’Histoire
de grandioses héros nationaux, s’invente par dérision
des anti-héros, comme Lambique ; pays où la
question de l’identité est brûlante et qui se crée
donc des héros désincarnés comme Tintin, ou
encore met en scène d’étranges petits lutins
bleus, comme les Schtroumpfs. Leur univers et l’organisation
semblent très différents de la Belgique. Pourtant, eux
aussi peuvent nous servir de guides pour visiter mon pays. Connaissez-vous
les Schtroumpfs ? Je vous propose
des les découvrir en même temps que Pirlouit dans
l’album de Peyo, La flûte à
six schtroumpfs, où ils font
leur première apparition.
Ici aussi, une
intervention magique permet de passer d’un univers à
l’autre. Plongé dans le sommeil les deux héros se
retrouvent dans une forêt où vivent les Schtroumpfs. EXPLOITATION
DIDACTIQUE : pour apprenants ayant une bonne maîtrise du
français.
Exercice d’expression
orale (ou écrite) sur base de trois questions :
Quels sont les
aspects originaux et étonnants de ces personnages ?
Vos réactions
cadrent-elles avec la présentation suivante qui apparaît
sur le site Schtroumf que l’on peut consulter sur Internet ?
Vous êtes-vous
posé les mêmes questions que les auteurs de cette
rubrique ?
Ils sont 102, ils sont de minuscules
créatures bleues qui nichent dans des champignons d'une
forêt. Ils sont également très friands de
salsepareille. Ils ont tous des métiers et des
spécialités différentes. Lorsqu'ils
parlent, ils remplacent presque tous les verbes dans leurs phrases
par le mot «Schtroumpfer». Ce sont les Schtroumpfs.
Ils s'organisent autour de deux principes : le Grand Schtroumpf et la
Schtroumpfette. On reconnaît le Grand Schtroumpf par son
bonnet et ses culottes rouges, il est le chef du village. En
l'absence de ce dernier, tous les Schtroumpfs veulent être le
chef, et force est de constater que c'est la zizanie à chaque
fois. On reconnaît facilement la Schtroumpfette par ses cheveux
blonds. Étant la et seule fille du village, elle
est parmi les Schtroumpfs cause de discorde et de jalousie. Les plus
grands ennemis des Schtroumpfs sont Gargamel et son chat orange
Azraël. Ils veulent toujours causer du tord aux petits
bonhommes bleus. Une question se pose : les
Schtroumpfs sont-ils sexués ? Non, apparemment, sauf le
grand Schtroumpf qui porte la barbe. Mais celle-ci est plus un signe
d’âge, de sagesse et d’autorité qu’un
signe de virilité. Il y a aussi la Schtroumpfette qui, elle a
des caractères sexuels nettement affirmés. Elle
perturbe d’ailleurs ses compagnons. Création du mauvais
génie Gargamel, on dirait qu’elle est là pour
semer la discorde. C’est l’Eve au paradis des
Schtroumpfs. On peut remarquer que Tintin n’a pas non
plus de vie sexuelle. La neutralité des héros permet
ainsi à un très grand nombre de lecteurs de
s’identifier à lui. C’est sans doute ce qui a
aussi guidé Peyo lorsqu’il a conçu ces petits
lutins bleus qui semblent échapper aux lois du sexe.
Les
SCHTROUMPFS ne seraient-ils pas belges ?
On peut se le
demander en découvrant l’épisode du
Schtroumpf volant. TEMPS DE DECOUVERTE
PISTES DIDACTIQUES : Expression (orale ou
écrite) à partir de ces questions : Qu’est-ce
qui étonne dans cette BD ? A quel mythe
fait-elle penser ? Justifiez votre opinion. A quel genre
littéraire peut-elle être rapportée ?
Pourquoi ?
Pouvez-vous donner
des stratégies utiles pour comprendre les dialogues ?
ORIGINALITE DE LA BD Voir supra (rubrique
des Schtroumpfs sur Internet et réponses à la première
question) MYTHE
Le Schtroumpf
volant est la transposition et une
inversion humoristique du mythe d’Icare. En effet, le
Schtroumpf parvient à voler, mais le regrette aussitôt
et, grâce à l’astuce de ses congénères,
il vite redescend sur terre. Le mythe d’Icare est inscrit dans
l’imaginaire belge à cause d’une toile de Breughel
qui célèbre les travaux des champs et laisse seulement
une petite place à la représentation de la noyade
d’Icare. C’est une façon de dire, bien belge :
« Restons les pieds sur terre, exploitons d’abord ce
qui nous est offert et proche ». C’est contre ce
réalisme terre-à-terre que Brel s’oppose dans
L’homme de la Mancha
et spécialement dans sa chanson La
quête sur le thème de
l’inaccessible étoile.
FANTASTIQUE ET RÉALISME
Le personnage,
nous l’avons dit, a la peau bleue et n’a que 4 doigts par
main. Il parle bizarrement. Il vit en communauté dans un cadre
fantastique, celui des lutins. Il habite dans des champignons, mais
sa vie suit des règles qui organisent toute vie collective (la
solidarité, l’attachement au terroir, l’utilisation
d’une langue identitaire).Son individualité s’affirme
au plan psychologique parce que physiquement, tous les Schtroumpfs se
ressemblent et parce que leur vie est communautaire. Chaque
Schtroumpf incarne un type psychologique. Cela apparaît
particulièrement bien Les
schtroumpfs olympiques et
les Vœux.
Le Schtroumpf qui a la
vedette dans cet épisode, a un projet curieux qui tourne
autour du thème du vol (le fait de s’élever dans
les airs comme celui de dérober des objets) : ce qu’il
dérobe permet de s’élever dans les airs. Voler,
c’est échapper aux pesanteurs du réel, c’est
être idéaliste, rêveur… Le jeu de mot fait
partie de la logique ludique de la BD.
Le moyen qu’il
trouve pour s’élever dans les airs est amusant : il
concocte une potion à partir d’éléments
qui sont très légers, comme des graines de pissenlit ou
qui « montent »8,
comme la levure ou le thermomètre. Mais, fait étonnant,
la réalisation de son projet ne le satisfait pas : il
veut redescendre sur terre, pour satisfaire des besoins primaires :
manger et boire, rester en pays connu. Qu’est-ce qui apporte la
solution au problème du Schtroumpf volant et de clore
l’épisode ? La solidarité entre les lutins
bleus, l’inventivité et la sagacité de celui qui
trouve un moyen inattendu : les briques. On trouve ici un clin
d’œil à l’esprit casanier du Belge moyen, à
son esprit terre-à-terre, à sa méfiance des
grandes envolées, des options idéalistes, des défis.
La BD illustre aussi par la solidarité des Schtroumpfs notre
devise nationale « L’union fait la force »,
devise évidemment malmenée par la fédéralisation
du pays. Mais on remarquera enfin une allusion à une
expression qui caractérise le désir que le Belge a
construire une maison, de s’enraciner : « avoir une
brique dans le ventre ». C’est l’antithèse
du rêve d’Icare. Assez rapidement,
1.
on remarque l’occurrence très fréquente du mot :
schtroumpf 2.
on constate que ce qui précède et ce qui suit le mot
schtroumpf
(morphèmes attachés à la racine schtroumpf
ou mots indépendants qui le suivent ou le précèdent)
permet de conclure assez rapidement que schtroumpf
a des natures grammaticales et des
significations multiples
3.
ces observations et l’analyse des dessins permettent d’émettre
des hypothèses sur la nature et le sens de schtroumpf
dans telle phrase on confirme
ou infirme ces hypothèses par le contexte au sens
strict (les mots qui entourent) et le contexte au sens large (la
situation de communication) PHASE DE TRAVAIL
INDIVIDUEL OU PAR GROUPES Phrases où
apparaît le mot schtroumpf : Il faut
que je schtroumpfe
un thermomètre Ah !
Avec tous ces ingrédients, je vais me schtroumpfer
une potion magique grâce à laquelle je me
schtroumpferai
dans les airs !
Voyons !…
Je verse deux schtroumpfs
de levure ! Une douzaine de semences de pissenlit ! J’y
schtroumpfe
trois gouttes de rosée.. 1
. Les phylactères tendent à
disparaître de la BD contemporaine, comme la voix off
disparaît peu à peu du cinéma. 2
Parmi elles, citons l’interview repris dans la presse écrite
ou le dialogue de théâtre qui, en dehors des cas
d’improvisation, par exemple en commedia dell’ arte est
toujours écrit à un moment donné, mais de telle
sorte que les répliques, sur scène, paraissent
naturelles, ne semblent pas récitées.
3
On va supprimer les euh, on va reconstruire des phrases, mais
on leur laissera une disposition orale : avec des inversion
d’insistance, par exemple. Si on enregistre la phrase : «
Mon projet ? Euh… Je crois que euh…
ce sera de partir … dans un autre pays, oui, euh absolument,
à l’étranger. », le journaliste la
réécrit comme suit : Mon projet, je crois,
c’est de partir à l’étranger. »
Mais si le locuteur interrogé avait pu écrire, cela
aurait pu donner : « Je crois que mon projet
consiste à partir à l’étranger.» 4
Pour apprendre le décodage interculturel, je ne saurais trop
recommander l’ouvrage suivant : Que voulez-vous dire ?
Compétence culturelle et stratégies didactiques,
fiches reproductibles et guide pédagogique, dans la
collection Stratégies FLE, par Alain BLONDEL, Geneviève
BRIET, Luc COLLÈS, Laure DESTERCKE, Azam SEKHAVAT, Duculot,
1998. 5
Nous conseillons vivement la lecture de l’ouvrage
Entendons-nous , recueil de documents authentiques et
vade-mecum d’exploitations didactiques, par Michèle
COUVREUR, Olivier DEZUTTER, Anne VERVIER, sous la direction de
Pierre YERLÈS, Français langue étrangère,
Didier Hatier, p. 1992. L’ouvrage analyse le début de
la BD Le Fantôme espagnol et donne de précieuses
pistes didactiques.
6
La Belgique est depuis devenu un pays fédéral divisé
en trois régions et trois communautés linguistiques.
Certaines matières sont gérées par le pouvoir
fédéral, d’autres par le pouvoir régional,
d’autres encore par le pouvoir communautaire. 7
C’est un « dekke nek »,
un gros cou, dirait-on en Brusselaire, 8
Nous avons là des expressions idiomatiques, comme la
moutarde me monte au nez qui signifie : je sens que je
vais me mettre en colère.






LA
LANGUE DES SCHTROUMPFS :
Méthode trouvée
intuitivement
Application systématique de
cette méthode trouvée par les élèves
A)Un
vol-au-schtroumpf, une cuillère de moutarde, quelques
bulles et un peu de fumée ! Je mélange le tout et
je le fais schtroumpfer à feu doux
B)Bon schtroumpfez-le bien !
C)Bravo !
Ça c’est une schtroumpf de génie !