MISE EN COMMUN
Analyse morphologique
On repère d’emblée des morphèmes verbaux et on constate qu’ils correspondent à la première conjugaison (er) qui est la plus simple et la plus utilisée en français.
Il faut que je schtroumpfe un thermomètre terminaison du subjonctif présente exigé par le verbe Il faut, 1° personne du singulier puisque celui qui agit est aussi celui qui parle : cela se voit sur la BD grâce à la bulle
je vais me schtroumpfer une potion magique terminaison de l’infinitif exigée par l’auxiliaire de temps - futur proche –je vais, première personne du singulier attendu, vu le contexte de communication, clairement exposé par la BD.
je me schtroumpferai dans les airs La terminaison du futur simple est en concordance avec le futur proche et la première personne du singulier exigée par le sujet je.
J’y schtroumpfe trois gouttes de rosée : La terminaison de l’indicatif présent (première personne) est exigée par la simultanéité entre parole et action.
je le fais schtroumpfer à feu doux ! : La terminaison de l’infinitif est exigée par l’auxiliaire de mode fais.
je ferais bien d’aller schtroumpfer un peu l’air ! : La terminaison de l’infinitif est à nouveau exigée par l’auxiliaire de mode exprimant le futur proche
il faut schtroumpfer quelque chose ! :La terminaison de l’infinitif est exigée par il faut.
Bon schtroumpfez-le bien ! : La terminaison et l’absence de pronom personnel montrent qu’il s’agit d’un impératif, la situation de communication indique qu’un personnage donnant un ordre à deux autres.
On repère de la même manière les morphèmes nominaux : déterminants et marques de singulier (morphème négatif) ou de pluriel (s) ainsi que des syntagmes qui peuvent être attachés à un nom : adjectifs qualificatifs ou compléments du nom (complément déterminatifs)
Je verse deux schtroumpfs de levure. : Le nom est précédé d’un déterminant numéral et suivi d’un s puisque il est au pluriel
Un vol-au-schtroumpf : Ce nom est composé et son deuxième élément est un déterminant fusionné avec une préposition : l’article contracté au.
un Schtroumpf volant : Il s’agit d’un nom puisqu’il est précédé par un déterminant et suivi d’un adjectif ; c’est un nom propre puisqu’il porte la majuscule.
des Schtroumpfs : Mêmes remarques. On identifie aisément le nom propre.
Mais c’est Schtroumpf ! L’absence du morphème devant le nom propre indique qu’il s’agit d’un prénom ou d’un nom de famille.
Ça c’est une schtroumpf de génie ! Le déterminant (article indéfini) et le complément – de génie- rattaché par une préposition indiquent bien qu’il s’agit d’un nom.
Décodage lexical
On devine, on interprète, on émet des hypothèses que le contexte de la phrase ou de la communication permettent de vérifier ou contraignent à abandonner.
Il faut que je schtroumpfe un thermomètre
Le dessin de la case et ceux des cases suivantes montrent le Schtroumpf en recherche et occupé à subtiliser ce dont il a besoin. Le COD est un objet. On suppose que le verbe remplacé par schtrtoumpf ne peut être que trouver.
Ah ! Avec tous ces ingrédients, je vais me schtroumpfer une potion magique grâce à laquelle je me schtroumpferai dans les airs !
Le premier schtroumpfer ne peut être qu’un verbe d’action, à mettre en rapport avec le contexte : la préparation d’un repas. Ce contexte est précisé par le COD, potion magique. Même si on n’est pas certain du mot qui doit remplacer schtroumpfer (cuire, préparer, fabriquer, concocter… ou tout simplement faire), le sens passe grâce au contexte.. On peut faire la même remarque pour schtroumpfer dans les airs : on traduira par m’envoler, m’envoyer, m’élever, me propulser… Peu importe le choix effectué sur l’axe paradigmatique : nous sommes dans le champ lexical de l’ascension, déjà suggéré par tous les objets légers et « montants » rassemblés pour la fabriquer sa potion.
Voyons !… Je verse deux schtroumpfs de levure ! Une douzaine de semences de pissenlit ! J’y schtroumpfe trois gouttes de rosée.
Nous sommes ici dans un type de texte avec un vocabulaire bien défini, celui des recettes de cuisines. Le premier emploi de schtroumpf concerne une unité de mesure : cuillère, mesure, morceau. Sans pouvoir déterminer exactement le sens du mot, nous pouvons saisir le sens général de la phrase. Par contre, le contexte (image et mots qui précèdent) fait comprendre que le deuxième emploi de schtroumpf correspond à celui d’un verbe synonyme de mettre, ajouter, incorporer… Ici encore, l’important est de trouver un noyau de sens, plutôt que le mot exact.
Un vol-au-schtroumpf, une cuillère de moutarde, quelques bulles et un peu de fumée ! Je mélange le tout et je le fais schtroumpfer à feu doux !
Vol-au-schtroumpf est un mot composé, les deux premiers éléments, qui sont du vocabulaire culinaire, ne laissent guère d’autre choix que vol-au- vent, d’autant plus que nous retrouvons ici une double allusion au fait de voler. Schtroumpfer est un verbe, nous devons supposer qu’il est du champ lexical culinaire, ce que confirme le complément circonstanciel, à feu doux.
Je crois que je ferais bien d’aller schtroumpfer un peu l’air
Nous sommes ici en présence d’une expression presque figée : prendre un peu l’air. Le verbe, se devine donc aisément par un locuteur natif.
Je suis enfin devenu un Schtroumpf volant Tiens voilà des Schtroumpfs ! Mais c’est Schtroumpf !
Voici trois occurrences intraduisibles. Schtroumpf est employé dans son sens premier, choisi par l’auteur pour désigner les lutins bleus. Peyo s’amuse donc à stopper la démarche de traduction impulsée jusqu’ici.
Le malheureux, il faut schtroumpfer quelque-chose !
Malheureux suggère une situation problématique. Quelque chose est un mot « passe-partout », semblable à schtroumpf. Dans des situations problématiques on emploie souvent l’expression figée : trouver quelque chose.
Bon, schtroumpfez-le bien !
Le contexte de la communication est clair. Puisque le Schtroumpf a tendance à s’envoler, il faut le tenir.
Bravo ! Ça c’est une schtroumpf de génie !
A nouveau, Peyo emploie une expression figée, une locution presque : une idée de génie.
Les Schtroumpfs, les expressions toutes faites, les codes culturels.
Il faut prendre en compte, en didactique FLE, la difficulté des apprenants à maîtriser certains les groupes de mots formant des locutions ou s’appelant mutuellement tels que nom + verbe ou verbe+ nom ou nom+adjectif. Ils apparaissent dans la langue soutenue où s’impose l’emploi du terme propre tout comme dans la langue usuelle riche en expressions toutes faites, en clichés.
Ces groupes de mots qu’il faut envisager globalement et où chaque terme n’a pas nécessairement son sens propre présentent une difficulté pour l’apprenant qui découpe la phrase mot par mot et ne maîtrise qu’un vocabulaire univoque1. La BD des Schtroumpfs a l’avantage d’attirer l’attention sur cette difficulté. Une planche le fait de manière exemplative, celle où les Schtroumpfs présentent leurs vœux de nouvel an au Grand Schtroumpf. Dans ce contexte, s’échangent beaucoup de formules figées, traditionnelles.Par ailleurs, à chaque petit Schtroumpfs, incarnant un type psychologique, correspond un défaut et donc une résolution appuyée par un proverbe.
EXERCICE PROPOSE (Pour apprenants ayant une bonne maîtrise du français)
Essayer de traduire ce qui se dit dans les bulles.
Repérer ce qui semble intraduisible et expliquer pourquoi.
Chercher dans la langue maternelle des proverbes équivalents. Comparer les formulations.
Pointer les valeurs culturelles qui apparaissent dans tel ou tel vœu.
Remarquer les figures de style ou les formes prosodiques dans certains proverbes.

Voyons ce qui peut aisément se traduire, sinon, enseignons systématiquement aux élèves ces quelques formules et proverbes très courants en français :
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Bonne année et bonne schtroumpf (santé)
Nos meilleurs schtroumpfs (vœux) de bonheur, Grand Schtroumpf
Merci mes petits Schtroumpfs, entrez.
A votre bonne schtroumpf (santé) et comme le veut la tradition n’oubliez pas de schtroumpfer (dresser) la liste de vos bonnes résolutions pour cette année.
Je vais schtroumpfer (chercher) de l’encre et du papier pour chacun, car les paroles s’enschtroumpfent (s’envolent) mais les écrits restent.2
Toi, Schtroumpf gourmand, tu vas prendre la résolution de ne plus t’empiffrer ! Il faut schtroumpfer (manger) pour vivre et non vivre pour schtroumpfer (manger).
Et toi Schtroumpf paresseux, tu vas t’engager à te lever très tôt, chaque matin, car qui veut schtroumpfer (vivre) cent ans, au cri du coq se lève !
Quant à toi tu vas promettre de ne plus grogner, Schtroumpf grognon parce que tu sais bien qu’on ne schtroumpfe (attrape) pas des mouches avec du vinaigre !
Vanitas vatitaschtroumpf, (vanitatis) omnia vanitas, Schtroumpf coquet! Tu dois décider de te regarder moins souvent dans les miroirs!
Schtroumpf farceur, tu vas promettre de ne plus offrir de cadeaux qui vous schtroumpfent (explosent, pètent ?) à la figure, car les petits cadeaux entreschtroumpfent (entretiennent) l’amitié.
Et toi, tu sais ce que tu vas schtroumpfer (prendre) comme résolutions ? Hein ?
Je prends la résolution de ne plus schtroumpfer (citer) des proverbes stupides, de ne plus casser les schtroumpfs (pieds)3 aux autres Schtroumpfs, de ne plus cafarder4 au Grand Schtroumpf, de fermer ma grande5… Comment avez vous dit que je devais dire ? …
Les Schtroumpfs olympiques, une BD très contextualisée.
Lorsqu’une BD se réfère à un événement ou une institution internationalement connus, les apprenants en connaissent déjà plus ou moins les thèmes. C’est le cas de la BD où les Schtroumpfs organisent des jeux olympiques dans leur village. On peut travailler à partir d’elle avec des élèves maîtrisant moins le français.







On voit donc qu’une réflexion sociolinguistique peut être entamée à partir de cette BD qui raconte les aventures d’une collectivité de lutins bleus qui n’ont que quatre doigts. Comme toutes les collectivités, ils se sont forgé une langue. Celle-ci sert de lien entre les Schtroumpfs dans le cadre de leurs activités. Mais elle est aussi la marque personnelle de chaque individu, car, c’est là un autre trait de génie de Peyo, chaque Schtroumpf est un type : le Costaud, le Chétif, le Bricoleur, le Grincheux, le Farceur,6… Elle apparaît comme étrangère au lecteur qui va, comme le ferait un ethnologue, essayer d’en percer les mystères. D’emblée, il sent qu’il y a un code, simple d’ailleurs, qui régit la langue des Schtroumpfs.
Cette stratégie de pénétration de la langue, intuitive d’abord, doit être explicitée, car elle mettra l’élève sur la voie de la méta-cognition. Il va s’interroger sur ce qui se passe dans son esprit lorsqu’il aborde un texte à première vue incompréhensible. Cette stratégie qui arrive vite et immanquablement au but quand il s’agit de percer à jour la langue des Schtroumpfs, peut s’appliquer dans des situations linguistiques plus complexes. C’est pourquoi elle doit passer du stade de la démarche intuitive à celui de la méthode raisonnée.
JEUX FAVORISANT L’EXPRESSION ORALE :
Présupposés connaître quelques lois de narratologie
Prendre un proverbe de la planche Les Vœux et faire raconter une petite histoire où il s’applique.
La devinette
Présupposés : la conjugaison au présent de l’indicatif des verbes en er, la maîtrise de quelques verbes d’action de la première conjugaison et d’adverbes de quantité, de manière, de temps…
Un élève choisit un sens à donner un mot en langue schtroumpf, un verbe d’action, par exemple.
Les autres élèves posent des questions cherchant à préciser les circonstances dans lesquelles s’exerce l’action de verbe choisi : comme : Est-ce qu’on schtroumpfe le matin ? Est-ce qu’on schtroumf plusieurs fois par jour ? Ou schtroumpfe-t-on déjà en étant bébé ? Ou sommes-nous en train de schtroumpfer ?
L’élève qui a choisi le verbe ne peut répondre que par oui ou par non.
L’élève qui trouve le verbe en cherche un autre pour la partie suivante.
Au départ du Schtroumpf volant.
Un groupe traduit une recette de cuisine (ou un mode d’emploi) en langage schtroumpf. L’autre groupe deviner ce à quoi aboutit la recette ou l’objet dont on a présenté le mode d’emploi. On traduit la recette et le mode d’emploi en supprimant les occurrences de schtroumpf..
Conclusions : atouts didactiques des Schtroumpfs
Basée sur un procédé de langue très intéressant (l’emploi d’un mot omnibus), reprenant de manière ludique et cocasse la méthode bien connue du texte à trous, branchée sur le monde et la langue des jeunes, la série des Schtroumpfs permet au lecteur de pénétrer dans une collectivité, de comprendre son organisation et sa langue, comme entreraient dans une peuplade lointaine un ethnologue ou un linguiste.
Elle favorise aussi l’enseignement par compétences, prôné dans de nombreux pays, parce qu’il sert bien la didactique des langues. En effet, l’enseignement par compétences entend amener les élèves à répondre avec pertinence à des situations problèmes en mettant en synergie des savoirs et des savoir-faire. Qu’avons-nous fait constamment en travaillant sur les Schtroumpfs, sinon nous demander que veut dire tel mot schtroumpf, dans tel contexte ? Nous avons pour trouver la solution, mis ensemble des connaissances linguistiques morphologiques, lexicales et syntaxiques avec des savoir-faire interprétatifs : cerner un problème, émettre une hypothèse, la vérifier par le contexte et la situation de communication.
Vraiment, je le crois, pour l’enseignant de FLE, la BD des Sctroumpf est très schtroupmf !
1 La plupart des mots ont plusieurs sens, mais au début de l’apprentissage on en assimile d’abord un ou deux et on n’est pas sensibilisé au sens métaphorique que l’usage a donné à de nombreuses expressions.
2 On peut faire le détour par le latin : Verba volant, scripta manent.
3 Casser les pieds est une expression argotique fort courante.
4 Cafarder est kl’équivalent argotique de rapporter : indiquer au professeur un compagnon en défaut.
5 Ici, le mot schtroumpf est remplacé par trois points de suspension qui ont le même effet.
6 A tel point que certains théoriciens de l’animation recommandent de déterminer dans un groupe chacun de ces types afin de les utiliser ou de las cadrer.