I. PROF-EUROPE s’engage à

  1. impliquer ses membres aux activités pédagogiques, culturelles et littéraires organisées par l’ABPF lorsqu’ils sont invités en Communauté française Wallonie Bruxelles (CFWB) dans le cadre de mission telles que séminaires, colloques, journées d’étude ayant pour but la formation d’enseignants,

  2. envoyer des articles traitant de la didactique du FLE ou tout autre type de matériaux susceptibles d’être publiés dans Français 2000, revue de l’ABPF,

  3. participer aux manifestations pédagogiques, culturelles et littéraires organisées par la délégation Wallonie-Bruxelles en Pologne,

  4. prendre en charge l’hébergement et la restauration de collègues de l’ABPF envoyés en mission en Pologne, en fonction des moyens dont dispose l’Association PROF-EUROPE. Les frais de déplacement seront présentés au CGRI. Plus généralement, les organismes polonais et belges francophones seront sollicités dans le cadre de la commission mixte de 2007,

  5. accueillir dans ses publications et ses canaux communication des articles et informations concernant les activités de l’ABPF,

  6. diffuser des informations concernant des concours organisés en Wallonie, comme celui de Jean-Luc Davagle (Atelier de lecture de Montegnée), Concours d’écriture, parrainé par l’ABPF,

  7. organiser en Pologne des manifestations – concours, festivals et autres – visant la découverte de Wallonie-Bruxelles par les apprenants et enseignants polonais,

  8. faciliter des échanges d’enseignants et d’élèves en faisant connaître les écoles et institutions motivées par ce genre de projet. Ces écoles et institutions devront, par ailleurs, organiser elles-mêmes les échanges.


II. L’ABPF s’engage à :

  1. impliquer ses membres aux activités pédagogiques, culturelles et littéraires organisées par PROF-EUROPE lorsqu’ils sont invités en Pologne dans le cadre de missions telles que séminaires, colloques, journées d’études ayant pour but la formation d’enseignants,

  2. envoyer des articles traitant de la didactique du FLE et de la littérature belge de langue française ou tout autre type de matériaux susceptibles d’être publiés dans le Bulletin de l’Association des professeurs de français en Pologne,

  3. prendre en charge l’hébergement et la restauration de collègues de PROF-EUROPE invités en CFWB dans les limites du per diem octroyé par le CGRI. Les frais de déplacement seront pris en charge par PROF-EUROPE ou une autre institution polonaise, en fonction des moyens disponibles. Plus généralement, les organismes polonais et belges francophones seront sollicités dans le cadre de la commission mixte 2007,

  4. accueillir dans ses publications et ses canaux communication des articles et informations concernant les activités de PROF-EUROPE,

  5. assurer différents ouvrages qui seraient remis aux gagnants et participants des concours, festivals et autres manifestations, organisés en Pologne et visant la découverte de Wallonie-Bruxelles par les apprenants et enseignants polonais,

  6. faciliter des échanges d’enseignants et d’élèves en faisant connaître les écoles et institutions qui sont motivées par ce genre de projet. Ces écoles et institutions devront, par ailleurs, organiser elles-mêmes les échanges.


La présente Convention est signée pour la durée 2007 – 2010.


Fait à Varsovie, le 30 août 2007.


Pour PROF-EUROPE Pour l’ABPF


Adresse utile : Malgorzata Piotrowska : profeurop@profeurope.pl

Site www.profeurope.pl

Communication faire par Jacques LEFEBVRE lors de la mission exploratoire en Pologne


Valeurs humanistes défendues par Pierre MERTENS


Que sont les valeurs1 humanistes ?

Je vous confierai une définition toute personnelle, puisque vous êtes des amis ; je vous dirai ce que je crois, ce qui donne sens à ma vie. Pour moi, les valeurs humanistes concernent l’homme en tant qu’homme, c’est-à-dire en tant qu’animal raisonnable, capable d’accroître sa possibilité d’être libre ; mais aussi en tant qu’animal social qui, avec ses semblables, noue des relations de droits et de devoirs.

Qu’est-ce que l’homme recherche donc et défend quand, parmi ses compagnons d’existence, il a quelques possibilités de tracer son chemin ?



Est-on prédisposé à défendre ces valeurs quand on est un Belge francophone ?


J’ai l’audace de répondre par l’affirmative. Mais cela ne signifie pas que nous ayons le monopole de cette prédisposition, ni que nous allions nécessairement dans son sens. Il existe des Belges racistes et manipulateurs ! Pourtant, vu le caractère ténu de notre sentiment national, nous fondons, je crois, notre identité sur des éléments personnellement choisis et voulus. Par ailleurs, la Belgique compte trois communautés linguistiques et s’est ouverte à l’immigration. Nous sommes convaincus que les identités sont des mosaïques ; que tout le monde ne nous ressemble pas, mais a le droit d’être différent. Nous allons jusqu’à penser : « Heureusement, tout le monde ne nous ressemble pas, sinon, les autres ne trouveraient pas les histoires belges si drôles ! » Vivant la diversité, nous sommes invités à pratiquer le respect et la solidarité, à préserver les droits des minorités dans la mesure où elles ne se referment pas sur elles-mêmes, bref à défendre certains particularismes.

Par ailleurs, comme nous parlons une langue de grande diffusion, transculturelle, nous sommes conscients de la portée très générale de ce qui s’écrit et se dit en français et nous pensons que certaines valeurs sont universelles.


Peut-on imaginer des formes d’écriture romanesque en rapport avec la défense des valeurs humanistes ?


Je me permettrai d’échafauder une hypothèse que j’étaierai en me référant à trois oeuvres.

Le romancier qui défend des valeurs est d’abord, à mon avis, un questionneur. Il pointe des problèmes. Il fait en sorte que le lecteur s’interroge. Il propose ensuite des solutions. Les questions sont plus précieuses que les réponses. Elles aident à chercher et à trouver. Les réponses sont souvent provisoires, pareilles aux fleurs qui fanent vite sous le Sirocco. Les questions, elles, sont comme l’eau qui, sans cesse, fait refleurir le jardin.

Le romancier qui défend des valeurs, ensuite, doit être lisible et captivant. Son écriture ne peut laisser indifférent. Elle doit maîtriser les techniques de la narration, séduire, mais surtout être cohérente avec le propos de l’ouvrage.


Questionnement


Terre d’Asile de Pierre MERTENS :

Le livre est axé sur la défense de valeurs humanistes. D’emblée le lecteur se demande : « Qui est Moralès ? Pourquoi avoir quitté un régime politique devenu inhumain, invivable pour lui ? Comment faire valoir ses droits fondamentaux : choisir un lieu de résidence, voyager, travailler, être en sécurité, parler sa langue, être soi-même, aimer ?

Ces questions en prolongent une, initiale, posée à Moralès quand il se présente au Haut Commissariat aux réfugiés : « Pourriez-vous préciser tant soit peu la nature des menaces qui pesaient sur vous ? ». Débarqué en Belgique, Moralès entre donc au pays du soupçon. Il est accueilli sous conditions. Il doit prouver qu’il n’est pas terroriste et promettre, ce qu’il ne fera pas, car cela serait absurde, qu’il ne se battra plus pour la cause qu’il a toujours défendue ! Il est victime d’un double langage : accepté comme réfugié politique, il doit cesser de militer contre le régime qui l’a emprisonné et torturé ! Aux questions soupçonneuses du Haut Commissariat qui, en définitive (nous l’apprenons à la fin du roman), concédera chichement qu’il n’a y a pas de raison d’interdire le séjour de Moralès en Belgique, s’ajoutent celles, souvent stupides et manipulatrices, de journalistes au cours de conférences de presse et d’interviews, mais aussi celles posées lors d’examens médicaux ou d’entretiens d’embauche et enfin celles de la jalouse Paulina. Ainsi donc, insidieusement, Moralès retrouve en Belgique ce qu’il voulait fuir en quittant le Chili. Un parallèle peut également s’établir entre examens médicaux et torture. De part et d’autre, un médecin observe le physique sans se soucier du psychique, il y a viol de l’intégrité, rapt d’informations intimes.

Le séjour en Belgique réactive les souffrances vécues au Chili.


Moralès, tel que le décrit Mertens reste surtout un homme. L’aspect politique de l’exil n’est pas prédominant. Le réfugié est d’abord privé d’un mode de vie, d’un milieu avec ses bruits et ses odeurs, d’un pays avec lequel il a une relation filiale, comme le montre la correspondance cryptée de Moralès avec sa mère.



Lisibilité et conduite de l’intrigue


En simplifiant, on peut considérer que la démarche littéraire oscille entre deux pôles. C’est une question de motivation. Pourquoi et pour qui écrire ?

Pour soi

Pour satisfaire un besoin très profond ; vital ; pour exprimer ses idées, ses émotions, ses sentiments ; en fait pour se dire, se faire connaître et admirer ; pour marquer l’esprit et le cœur du lecteur ; avec une langue qui n’est pas celle de tout le monde, mais un outil particulier, reconnaissable entre mille, en prenant des libertés. L’originalité du style est essentielle2.

Pour les autres

Pour se faire éditer, toucher un large public, communiquer ses valeurs à beaucoup de personnes ; en tenant compte des compétences linguistiques et des attentes des lecteurs, en les respectant3. et, s’il s’agit de défendre des valeurs humanistes jugées universelles, en utilisant une langue limpide.


D’un côté une l’écriture pour soi presque fermée sur elle-même, celle qu’on trouve dans les œuvres d’avant-garde comme la poésie de Rimbaud ; de l’autre, l’écriture orientée vers le lecteur ; visant le gros tirage, quitte à devenir commerciale. Entre les deux, les textes personnels qui s’adressent à un public plus ou moins large.

Le projet d’écriture et son intention inspirent donc des choix génériques, stylistiques, linguistiques. Pourquoi et pour qui écrire ? Pourquoi atteindre et rejoindre l’autre ? Pour l’informer ? Pour agir sur lui ? Pour le charmer ? Et si tel est mon but, avec quels moyens ?


Pierre Mertens, entre récit sartrien et nouveau roman, entre réalisme et symbolisme


La force de suggestion du style de Mertens lui vient du jeu d’échos et de miroirs présent dans son roman : cela se marque dans la construction d’un récit en abyme, dans la récurrences de thèmes métonymiques, dans le choix de décors, la Belgique par exemple, traités de manière à la fois réaliste et symbolique.


Fort de son expérience d’observateur international, Mertens transpose dans son roman ce qu’il sait des exilés politiques réfugiés en Belgique. Le livre est-il pour autant un documentaire ? Non. Le récit est personnel, déconcertant, fondamentalement ironique, à la fois plein de questions et de dérision, brisant les stéréotypes habituels sur le réfugié et la Belgique. Démystification, quête de vérité dans un labyrinthe aux profondeurs insondables, il enclenche un jeu sartrien entre liberté et conditionnement. Nous ignorerons pourquoi Moralès a été arrêté. Nous devinerons seulement que son rôle d’hydrologue et son souci d’établir des rapports égalitaires entre les hommes pour le partage de l’eau l’ont opposé à Pinochet4.

En retraçant ce parcours initiatique ponctué d’épreuves, Mertens rend à Jaime Morales, un réfugié qui nous semble atypique, parce qu’il ne correspond pas à nos représentations, le droit de rester un homme, de ne pas être réduit à son statut d’exilé politique, de vivre la contradiction et l’ambiguïté, bref de s’échapper, ce qui est son but ultime du héros, puisqu’il fuit un pays totalitaire.

Mertens n’aurait-il pas été influencé par l’esthétique du nouveau roman ? Il ne trace pas, comme on s’y attendrait, étant donné ses intérêts pour la sociologie, un portrait sociologique du réfugié. Moralès a une psychologie propre, marquée par les séquelles de la torture : fatigues et sudations quand l’angoisse est réactivée, dénis, troubles de l’élocution accrus encore par l’obligation de parler une langue étrangère, anxiété... Le trait essentiel de cette psychologie est une dualité à tendance schizophrénique. Moralès nous échappe. Il prend un nom d’emprunt, occupe la chambre d’un autre, parle une langue étrangère, est sans cesse en butte à l’image qu’on se fait du réfugié, obligé d’enfiler des vêtements qui ne sont pas les siens, contraint à et des comportements qu’on lui impose. D’où une profonde crise d’identité5. Incertain de ce qu’il est, il projette ses fantasmes sur les autres. Par exemple sur la photo de l’amie de l’étudiant dont il occupe la chambre. Paulina, par ses questions terre-à-terre, au cours d’une scène remarquable, le réinstalle dans la réalité. Moralès souhaite lui parler. Il la pourchasse jusque dans les WC pour femmes qu’elle est occupée à récurer. Tout en jetant des seaux d’eau sur le sol, elle le bombarde de questions, le nettoie de ses fantasmes, lui fait prendre conscience de l’état semi-délirant où il se complaît.

Cette scène se déroule dans un lieu très réaliste mais symbolique. On retrouve le thème de l’eau vitale et purificatrice, liée à la féminité, à l’ancrage dans le réel6. C’est aussi une métonymie de la Belgique, pays petit et pluvieux, qui prend des aspects kafkaïens, sous la plume de Mertens ; pays problématique dont la radio, la télé, la presse, les slogans donnent une image difficile à comprendre pour un étranger ; pays où chacun est replacé face à lui-même, à ses questionnements, à ses problèmes d’identité.

Le campus de l’université libre7 de Bruxelles est un autre décor à la fois réaliste et symbolique. Microcosme de la société belge, il enferme des jeunes vivant dans l’abstraction, échangeant des théories et ignorant tout des réalités de la vie et de la politique8. Le studio que Moralès occupe est plein de livres renvoyant le réfugié aux théories sur la révolution. Moralès constate que la Belgique n’est pas le pays de la liberté jubilante qu’il imaginait9. Les réfugiés qu’il côtoie n’ont pas les mêmes sentiments ni les mêmes comportements que lui. Ainsi, ce colonel chilien qui fait de son exil un argument de drague.

Moralès, de son côté, n’est pas le réfugié qu’on attendait. Il ne parle pas de la torture et du Chili comme on le souhaite. Il n’est pas l’exilé bien élevé et reconnaissant qui sait tenir son rang et rester à sa place. Ce n’est certes pas parce qu’il est insensible à la culpabilisation !10 Tant du côté chilien que belge, on s’entend à faire sentir à cet être inquiet, peu sûr de lui, méfiant, qu’il ne se conduit pas bien. Ceux qui l’ont fait venir en Belgique et s’occupent de lui n’auraient-ils pas fait « une mauvaise affaire » ? De ce fait, Moralès peut difficilement exprimer ses sentiments, dénoncer les humiliations ou les aberrations qu’il subit11. Alors, il ironise, de manière caustique. Ainsi quand un gauchiste lui demande une belle formule en espagnol pour clore un discours, il lui répond, sans que son interlocuteur comprenne : « Emmerdez-vous les uns les autres comme je vous ai emmerdés » !

Lors de démarches pour obtenir l’équivalence de son diplôme, Moralès constate le caractère dérisoire de cette équivalence. Il ne trouvera jamais en Belgique ce qu’il a laissé au Chili. L’exil n’est qu’un pis aller. La terre d’asile n’est pas exempte de slogans xénophobes. Vue à travers les yeux de Moralès, la Belgique c’est Paris démystifié par les Lettres persanes.

Terre d’Asile, c’est la radiographie d’une Belgique problématique, incohérente, difficile à cerner malgré sa petite taille. On retrouve ici les idées de Mertens sur la « belgitude ».

Sans cesse, de manière récurrente, sous des formes variées, reviennent les thèmes de la prison et de la blessure.

Moralès reste enfermé dans l’image que les autres se font de lui. Il doit dire ceci ou cela ; sinon, on le dit à sa place. Or ce discours ne colle pas à la réalité. Moralès avoue, de manière scandaleuse pour ceux qui ne cessent de l’interroger sur ce sujet : « La torture me fatigue ». Il s’endort pendant un meeting, alors qu’on parle du Chili. Il se protége ainsi de souvenirs douloureux. Il prend ses distances par rapport à ce qui n’est que discours.

Il est significatif que Moralès, en prison, ait été mis au secret, comme « incommunicado ». Par la suite, on ne cesse de l’interroger et il ne peut ou ne veut répondre pas. Il ne quittera jamais sa prison. Alors qu’il s’installe pour quelques jours dans une chambre de l’YWCA, il n’ouvre pas sa valise, réflexe d’homme traqué, toujours prêt à reprendre la fuite, jamais prêt à s’installer en toute confiance. Il reste enfermé dans le Chili de Pinochet. Les démarches nécessaires à son admission comme réfugié lui rappellent les interrogatoires subis au Chili. Mêmes questions suspicieuses, mêmes détours. De plus, lorsqu’il s’agit d’interviews, Moralès sent qu’on attend des réponses correspondant à des schémas idéologiques. Il est le réfugié politique à récupérer.

Parallèlement à la difficile acclimatation à la Belgique, dont l’étrangeté éclate à ses yeux de Chilien (Comment un pays peut-il être si petit ? Comment peut-il ne jamais connaître de séisme, géographique ou politique ?) Moralès vit la crainte d’être retrouvé et éliminé par les services secrets de Pinochet et de subir le sort d’Aureliano mystérieusement tombé du balcon de son hôtel au Japon. En fait, il a l’impression que le Chili de Pinochet est présent en Belgique, non pas seulement de manière fantasmatique, mais tout à fait réelle.

Un procédé narratif habile montre bien l’enfermement de Moralès dans un scénario qui lui échappe. Pierre Augustin, personnage qui dans le roman est le double de Pierre Mertens, évoque sans cesse l’évolution d’un article qu’il veut écrire sur Moralès et dont le roman suit les orientations. C’est la clé du livre. Terre d’Asile est un texte troué, sans foyer central, comme l’article envisagé par Pierre Augustin. Non seulement Moralès doit jouer dans un scénario qu’il n’a pas écrit, mais ce dernier est volontairement laissé lacunaire.


Homme torturé physiquement et harcelé moralement, Moralès a vécu des expériences intimes et indicibles, des blessures dont il n’est pas facile de déterminer si elles sont personnelles ou politiques12. Le thème de la blessure et de la perte du sang13 est capital. Au moment crucial où il quitte l’aéroport de Santiago, sous une fausse identité, Moralès achète une bouteille d’alcool en free tax, la laisse tomber, se blesse en voulant ramasser les morceaux. Cette coupure éminemment symbolique modifie le déroulement des formalités douanières et transforme le voyage. Moralès est d’emblée un homme meurtri. Il ne peut s’approprier ses blessures, ni en parler aux autres. Toute son existence est marquée de plaies jamais cicatrisées, sans cesse rouvertes symptomatiquement.


1 Pour Malraux, la valeur est ce qui se paie en action, c’est-à-dire ce qui prend consistance dans des actes voulus.

2 Alors que ces deux auteurs vivent à la même époque et respectent les mêmes règles du classicisme, Corneille et Racine n’ont pas le même style. Rousseau n’écrit pas comme Voltaire, bien qu’ils soient contemporains et participent tous deux, à leur manière, à la philosophie des lumières qui incite les écrivains à s’exprimer de manière claire et agréable, pour mieux convaincre leur public. Hugo et Musset ont des manières différentes d’exprimer leur romantisme.

Alors, question que je me pose : Peut-on et faut-il apprendre à écrire à ses élèves ? La part la plus originale de l’écriture, ce qui fait qu’un texte est d’un auteur et non d’un autre, est-ce que cela s’apprend ? Comment enseigner à être original, « à nul autre pareil », ce qui est le but de l’écrivain ? Avouons-le, est-ce que dans notre enseignement, nous ne privilégions l’imitation, le respect des règles et des normes génériques ?

3 Le modèle du genre est Voltaire. On remarquera que Hugo et Zola sont aussi d’excellents communicateurs. Les surréalistes qui se sont engagés dans la résistance durant la guerre 40-45 ont adopté un style beaucoup plus compréhensible. Journalistes et publicitaires offrent des modèles d’écriture pour les autres.

4 Il y a dans ce roman toute la symbolique du rapport à l’eau porteuse de vie, à mettre en rapport avec l’attachement de Moralès avec sa mère et avec le fait qu’il ne redevient vivant en Belgique qu’au contact avec des femmes : la « nettoyeuse », la poétesse qui s’intéresse au barrage des « grands malades », la prostituée de la ville fluviale qu’est Liège. Béatrice, la femme de son ami décédé Aureliano, réfugiée à Louvain, se plaint précisément que la ville est sans fleuve.

5 Moralès est atteint de névroses. Le terme d’asile utilisé dans le titre est équivoque, par ses connotations. Il laisse à penser que le héros est en voie d’aliénation.

6 Nous retrouvons le thème de l’eau lié à la femme lorsque Moralès visite les barrages sur la Meuse avec Françoise Lalande.

7 On peut se demander si ce lieu n’est pas lui aussi significatif. Certes Mertens a enseigné dans cette université. Mais le roman montre bien qu’en dépit de sa dénomination et de son idéal, cette institution n’est pas sans contraintes, pour Moralès.

8 Mais ce milieu n’est pas, parfois, sans lui rappeler le Chili, parce que ses traumatismes d’homme torturé et harcelé lui font interpréter de manière personnelle et dramatique des événements qui ne le sont pas vraiment : ainsi quand Moralès voit des scènes de bizutage des nouveaux inscrits à l’université, il a un accès de sueur, comme chaque fois que sont réactivées les grandes angoisses et les peurs qu’il a connues au Chili.

9 Il avait connu, lorsqu’il était jeune, l’histoire du moine Hilarion venu au Chili comme missionnaire et épousant la reine de beauté du cru. Le peuple avait ovationné cette union. Du coup, pour Moralès, la Belgique c’était un pays de liberté, de fêtes. Rien à voir avec des chicaneries administratives !

10 Cela se traduit notamment par sa crainte d’arriver en retard quand on lui fixe rendez-vous. Le signe d’ailleurs de sa déculpabilisation sera le fait qu’arrivé à Liège pour signer un contrat de travail, il fait un détour par le quartier chaud, couche avec une prostituée et arrive en retard à son rendez-vous. Il est psychologiquement guéri ! Il est de nouveau en phase avec ses désirs.

11 Notamment l’interdiction de faire de la politique en Belgique et de rester en contact avec des « terroristes » chiliens.

12 Ainsi, par exemple, ce gant de cuir noir que la police laisse auprès de la photo de la femme de Moralès, dans l’appartement de celui-ci, pour montrer qu’elle a forcé la porte. Ce gant de cuir noir, objet symbolique, voisine avec un autre objet symbolique et met en cause les rapports compliqués de Moralès avec sa femme et avec les femmes. C’est une séquence emblématique du livre.

13 Quand Moralès est sur le point de faire l’amour avec Paulina, celle-ci lui fait comprendre qu’elle est indisposée et que cela lui arrive malheureusement souvent à des moments importants, quand elle par exemple. Moralès lui répond de manière cocasse, que lui aussi, quand il est arrivé en Belgique a perdu du sang.

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