
Bien quel l’ABPF et l’AEFR ne soient pas liées par une convention, ces deux associations collaborent régulièrement depuis 2003. Des membres de l’ABPF participent comme formateurs au séminaire d’Ivanteevka (la semaine à cheval sur la fin janvier et le début février) et dans la mesure des possibilités, des collègues de Russie sont accueillies en Belgique francophone pour des stages. Cet été, une délégation de 28 enseignant(e)s a tenu un forum à Bastogne, Binche et Bruxelles, avec l’aide de l’ABPF.
Adresse utile Jeanne Aroutiounova, présidente : jeannearou@front.ru
Voici le discours d’accueil prononcé par Jacques LEFEBVRE à Bastogne lors de l’ouverture du forum.
Madame la Présidente,
Chers amies et amis qui enseignez le français en Russie,
Mon plaisir est immense de vous souhaiter la bienvenue dans cette ville de Bastogne après le représentant des pouvoirs communaux et le pro-recteur de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve, le professeur Francart.
Vous êtes accueillis ici dans une ville au long passé qui a connu des événements tragiques et déterminants durant la dernière guerre mondiale, qui a puisé dans l’épreuve une grande énergie et représente un pôle économique important dans une région vouée essentiellement à l’agriculture et au tourisme. C’est un des fleurons de la Wallonie.
Votre présence ici est l’aboutissement d’un rêve partagé un soir à Ivanteevka dans l’enthousiasme, puis transformé peu à peu en projet réaliste au cours d’innombrables échanges de courriels, de coups de téléphone, de lettres et enfin devenu réalité aujourd’hui.
Ce rêve était beau, parce qu’audacieux. Nous l’avons considéré comme une preuve que la francophonie ne se développe pas seulement en France, mais aussi dans des pays périphériques, où la langue française est une marque d’identité et dès lors, se défend, avec passion. C’est pourquoi l’Association belge des professeurs de français est contente de vous accueillir et fière d’entamer à Bastogne ce forum didactique et culturel.
Il me serait impossible de remercier sans oublier personne, toutes celles et tous ceux qui ont permis que ce rêve, cette inaccessible étoile, se pose dans la réalité après avoir traversé de grands espaces et des zones de turbulences. Je cite d’abord les villes de Bastogne, Marche et Binche, la Haute Ecole Blaise Pascal et la Maison franciscaine de Bastogne, le Club Richelieu de Marche, le CGRI, la Maison de la Francité, puis quelques personnes incontournables dans l’organisation comme Francis Jusseret, Christiane et Daniel Noul. Je n’oublie pas les intervenants : Alain Bertrand, Armel Job, Nicolas Stilmant, Monsieur Mernier Ambassadeur honoraire de Belgique en Russie, Luc Collès, Françoise Chatelain, Michèle Lenoble Pinson, Monsieur Nisery,
Ce forum a une signification que je voudrais expliciter. Il offre à des professeurs russes un bain linguistique dans le français contemporain de la Belgique. Or, il est important de revenir aux sources de la langue orale telle qu’on la parle, telle quelle évolue à divers endroits de la francophonie. Il est nécessaire, dans une Europe de la mobilité et dans un monde où les frontières s’estompent de mettre les enseignants - et par leur intermédiaire les apprenants - en contact avec « la langue des gens » et non seulement avec « la langue des livres ».
Mais, dans une perspective d’échange, ce forum qui associe collègues belges et russes favorise la collaboration indispensable à tout enseignement du français. Vous, collègues de Russie, vous avez beaucoup à nous apporter de votre expertise du FLE. En effet, il existe de moins en moins de classes de français langue vraiment maternelle, composées d’élèves dont les parents sont francophones natifs. La didactique du français est maintenant une didactique métissée, conjuguant les apports des francophones natifs et les apports de ceux pour qui le français une langue choisie.
Comme vous le verrez, au cours de ces journées, s’il est question de langue et d’interculturalité, nous aborderons aussi très souvent la littérature belge de langue française. Parce qu’ elle existe, parce qu’elle a, tant à Paris que chez nous, d’illustres représentants. Vous aurez l’occasion d’en rencontrer ici même. J’aime le français car il exprime une culture et des mentalités qui ne sont pas seulement hexagonales. C’est là en effet une de ses grandeurs : il est assez riche et souple, subtil et puissant pour traduire l’univers taciturne d’un village ardennais, les villes du fer et du feu que sont Liège et Charleroi, le folklore vigoureux du Hainaut, la pluriculturalité de Bruxelles et même la Flandre, ce plat pays « avec des cathédrales pour uniques montagnes »...
Je terminerai en évoquant l’élément essentiel de la réalisation de ce forum et de la formation de liens entre les langues et ceux qui les enseignent : l’amitié. Sans elle, rien ne se serait mis en route. Le projet se serait arrêté à la première difficulté. Les échanges auraient été institutionnels et froids. Il n’y aurait pas des sourires et des chants. Or, ce forum est tout autre chose. Il m’apparaît comme un grand poème d’amitié écrit avec des lettres chacune différente, à la fois cyrilliques et romaines, toutes nécessaires. Il est comme un chœur où toute voix est indispensable à l’harmonie.
Bastogne, le 6 juillet 2007.
Jacques LEFEBVRE
Président de l’ABPF.
Pour donner une idée des séminaires d’Ivanteevka :
Ivanteevka : un îlot francophone à cinquante kilomètres de Moscou.
Quand on revient du seizième séminaire de l’AEFR, même si l’on est un peu fatigué, on a les valises pleines d’idées nouvelles et on a l’impression d’être tombé dans la potion magique. On est rempli d’énergie et de projets pour retrouver ses élèves de français langue étrangère. Mais quelle est donc la recette de cette potion magique ? Quelle bonne fée l’a inventée ?