La recette de la potion magique

La recette de la potion magique

Le principe de cette potion est simple  : avoir foi en ce que permet une grande langue interculturelle, c’est-à-dire croire au dialogue dans la diversité. Je serai néanmoins plus concret et précis, pour que d’autres associations puissent appliquer la recette. Comme ingrédient indispensable à la préparation de la potion, il faut d’abord une très grande quantité d’excellents professeurs hyper-motivés, venant des quatre coins d’un pays gigantesque, ne craignant pas parcourir des milliers de kilomètres parfois, parce qu’ils savent que cela en vaut la peine. Plongez-y quelques francophones natifs, ajoutez-y, pour rendre le goût plus subtil un Américain et un Italien. Veillez à ce que tous ces intervenants étrangers n’aient pas trop peur du froid, adorent chanter en groupe, se contentent de peu de sommeil, aiment les contacts. Il n’est pas indispensable, mais c’est tout de même hautement souhaitable qu’ils apprécient le cognac et la vodka. Confiez ces francophones natifs ou de cœur à une équipe organisatrice charmante, efficace, souriante, attentive, prévenante, qui veillera à ce que chacun ait, pour son atelier, un local adéquat, le matériel requis, les photocopies en nombre suffisant. Ceci est très important ! La réussie d’un séminaire dépend aussi de son organisation matérielle. Chauffez les ingrédients au feu doux de l’amitié, tout en les remuant délicatement avec la cuiller de l’interculturel. Les intervenants seront vite à point, à bonne température, donnant toute leur saveur dans les conférences, dégageant toute leur valeur nutritive au cours des ateliers. Le dernier soir, ils se transformeront en comédiens et en danseurs. Mélangez doucement le tout, veillez à ce que les intervenants et l’équipe organisatrice deviennent des amis après quelques soirées à l’Etat Major. Il suffira pour cela de quelques chansons russes et françaises de taosts et d’accords de guitare. Faites que ces mêmes intervenants soient les complices des participants lors des conférences et des ateliers. Epicez de quelques questions sur l’orthographe rectifiée et la potion sera parfaite.



2007, un très grand cru !

Cette année, le séminaire a recomposé une synthèse remarquable de la France et de la francophonie, avec des intervenants ayant des parcours bien différents : commerce, diplomatie, presse, enseignement. Ces femmes et ces hommes venaient d’horizon divers : Paris ou les régions de la douce France telles que la Vendée, la Touraine, la Franche-Comté ; Bruxelles, capitale européenne et les provinces belges du Hainaut et du Luxembourg ; la Suisse et ses Genevois, le Québec et le délicieux accent de Roxane … Tout ce petit monde avait le même commun dénominateur : la passion d’une langue qui peut tout exprimer, la science et la poésie, la technique et la vie quotidienne, la philosophie et linguistique ; le Canada et sa neige, la Suisse et ses montagnes, la France aux mille visages, la Belgique, ce pays qui est le mien…



La liste des interventions était impressionnante, mais comme chaque atelier se déroulait deux fois sur l’après-midi et que bon nombre de formateurs se sont laissé mettre plusieurs fois à contribution, les participants ont pu écouter presque touts les intervenants, jouir d’une large palette d’opinions sur la langue, se familiariser avec une grande diversité d’approches didactiques. Voilà qui pouvait servir de mise à jour sur ce qui se passe en francophonie et sur la manière dont les opinions s’expriment aujourd’hui, car le français évolue du quai Conti jusqu’aux banlieues, du Québec jusqu’à la Suisse, de Bruxelles jusqu’à Dakar. il ne cesse de se métisser, de s’enrichir, de grandir, de recouvrir des réalités humaines de plus en plus variées. La littérature elle aussi a été envisagée au séminaire : qu’il s’agisse de Sade, de Huysmans, de la poésie en général ou des Belles Lettres à Bruxelles. La peinture a été mise à l’honneur avec l’évocation de l’impressionnisme et le Japonisme. Comme d’habitude, la chanson n’a pas été oubliée et, cette année, la BD a fait son entrée avec les Schtroumpfs, ces petits hommes bleus qui ont l’art de se faire comprendre même quand ils ne connaissent pas tout le lexique du français !



Il y eut une innovation : les collègues suisses et belges ont réalisé une première table ronde sur un sujet délicat : les rectifications orthographiques. Du choc des idées, exprimées avec courtoisie néanmoins, la lumière a-t-elle jailli ? Nous l’espérons. En tout cas, la parole s’est libérée et le débat a eu lieu.


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