Notre numéro de Français 2000 :

Français 2000, n° 208-209, septembre 2007, 112 pages

Enseigner les littératures francophones 2

Ce numéro est diffusé depuis fin aout 2007.

Si vous n’êtes pas abonné, et si ce numéro vous intéresse, contactez le trésorier de l’ABPF, Daniel Noul

 

SOMMAIRE

Éditorial : Déjà les rentrées ! (Jacques Lefèbvre)
Dossier : Enseigner les littératures francophones 2 Avant-propos (Hélène Abraham et Luc Collès) La Suisse voyage. Avec Nicolas Bouvier en Irlande (Olivier Hambursin) « Le Vaisseau d’Or » de Émile Nelligan (Philippe Mottet) L’imaginaire vert. Environnement, littérature, peinture, chanson,cinéma (Maria Tronea) Identité et identités : regards croisés sur les récits de Tahar Ben Jelloun (Alina Ioanicescu) Puissance du langage et (re)création de l’homme chez Khaïr-Eddine (Najah Ladjimi) Les Identités meurtrières, d’Amin Maalouf. Analyse d’un extrait (Hugues Sheeren) L’oralité dans L’Appel des arènes, d’Aminata Sow Fall. Le conte (Marie-Françoise Chitour), Le chant (Ousmane Senghor) Du texte littéraire, des littératures francophones et d’un poème de Moïse Nkoghe-Mwe (Bernard Uhoda)
FLE Apprendre en traduisant. Une expérience de traduction collective (Amal El Anwar)
L’invité du numéro Un concours de français en Flandre. Questions à Willy Clijsters, créateur d’Olyfran (Jacques Lefèbvre)
Recensions (Jean-François Cabillau, Hélène Abraham, Simone Dautrebande, Jacques Lefèbvre, Anne Marie Abraham, Robert Massart)
Pour remettre les idées à l’endroit... Le destin des suffixes (Henry Landroit)
Vous écrivez ? Variations oulipiennes sur trois glorieuses romaines (Philippe Leuckx)

Voici, en avant-goût, quelques extraits significatifs du contenu de ce numéro.

Éditorial – Déjà les rentrées !

Et cette impression est d’autant plus vive lorsque, contraintes éditoriales exigent, il me faut rentrer ma copie alors que les vacances n’ont pas encore commencé.
Bien sûr, il y aura la rentrée scolaire avec publicités diverses pour les cartables, les cahiers et les établissements qui jusqu’ici sont encore du choix des parents. Mais beaucoup attendent aussi la rentrée littéraire avec les nouveaux titres et les jeunes auteurs qui titillent la curiosité, mais aussi les œuvres des habitués de septembre, les « pros de la plume » qui chaque année produisent leur bouquin. Et ceux-ci ne sont pas nécessairement décevants.
Mais pour nous, c’est aussi la rentrée de l’ABPF. Dans votre cartable à vous, qu’allez-vous trouver, que nous avons glissé ?
Un nouveau site, nous l’espérons vivement. Il sera plus attrayant, d’une consultation plus aisée, et il sera interactif. Robert Massart est occupé à synthétiser les idées en la matière, idées recueillies au sein de l’équipe de l’ABPF et de la cellule pédagogique. Comme le site sera évolutif, n’hésitez pas à formuler vos demandes et vos souhaits.

Une enquête a été lancée, vous le savez, par une équipe dont le leader incontestable a été Jean-Luc Davagle. Elle permet aux collègues d’exprimer leur vécu. Nous espérons pouvoir la dépouiller en ce début d’année scolaire, et, quand les résultats seront connus, nous aimerions les communiquer lors d’une soirée événement à laquelle nous vous inviterons, ainsi que des mandataires politiques, des représentants du monde de l’enseignement et des journalistes. Cette enquête a d’ores et déjà retenu l’attention de Françoise Chatelain : elle nous a demandé de pouvoir en utiliser les résultats dans sa thèse doctorale sur l’enseignement en Belgique.
La consultation sur l’orthographe rectifiée – au questionnaire de laquelle Francis Jusseret a beaucoup travaillé – est en cours de dépouillement grâce à la collaboration d’Anne Collard. Elle aussi répondait à un souhait des professeurs de terrain et elle a suscité l’intérêt d’une étudiante, Aurélie Barthel, qui a souhaité en analyser les résultats dans un travail de fin d’études. Les questions de langue sont à l’ordre du jour. Je signale ici la parution toute fraîche de la quatrième édition d’un ouvrage d’Alain Braun et Jean-François Cabillau : Le français pour chacun, Grammaire interactive de la phrase & du texte, chez Wolters Plantyn. Robert Massart en fait un compte rendu dans ce numéro. Il y aurait, on le voit, matière à une activité (débat, table ronde, formation ?) autour des questions de langue pour lesquelles, bien évidemment, beaucoup d’entre nous se passionnent.
Pour une information plus large sur ces activités, nous comptons beaucoup sur les professeurs-relais que coordonne notre vice-présidente, Christiane Buisseret. Si vous voulez devenir professeur-relais dans votre établissement, Christiane sera heureuse de vous associer au groupe. Contactez-la : d.noul@brutele.be.
Étant donné que ce numéro est à nouveau plein de richesse et que le temps de la rentrée est plus aux actes qu’aux longs discours, je me dépêche de placer mon point final et je vous souhaite à toutes et à tous une bonne reprise des cours.

(Jacques Lefèbvre, président de l’ABPF)


Avant-propos

Le dossier que nous présentons ici fait suite au précédent numéro de Français 2000 paru en avril. Sans ignorer – i.e. ne pas connaître, ne pas tenir compte de – le débat actuel sur la notion même de francophonie, suite au « Manifeste de 44 écrivains en faveur d’une langue française qui serait ‘libérée de son pacte exclusif avec la nation’ », lequel manifeste consacre la fin de la francophonie et la naissance d’une littérature-monde en français (voir références Infra), nous poursuivons notre petit bonhomme de chemin à la découverte d’autres (autres que « français ») écrivains, d’autres œuvres, d’autres cultures qui s’expriment dans cette langue que nous aimons, pratiquons, enseignons.

Ce débat ne surprend guère les Belges que nous sommes : doit-on parler de littérature belge de langue française ? ou de littérature française de Belgique ? On en glose encore et toujours, et cela n’a jamais empêché des Bauchau, Harpman, Toussaint, et bien d’autres (pardon de ne pas les citer tous !) de publier ici et ailleurs, et de compter dans la littérature... (de langue) française... Faut-il donc bannir l’étiquette de littératures francophones, qui, selon certains, exhale des relents de colonialisme, des relents d’arrogance franco-française – je suis le centre, vous êtes la périphérie, les satellites, les marges...– et lui préférer littérature-monde en français ? On répondra, avec Nancy Huston : « Non, je ne suis pas pour une littérature-monde en français. Faut trouver mieux que ça » (cité dans Le Magazine littéraire, n° 464, mai 2007, p. 64). Ou, avec Le français dans le monde : « Quelle que soit la dénomination retenue, l’essentiel n’est pas le mot, mais l’émergence de ce courant puissant, vigoureux, qui revivifie la production littéraire en français. Après les époques de revendication véhémente, l’âge adulte est venu et avec lui une puissance évocatrice qui bouscule les productions nationales françaises. Les jurys des prix littéraires ne se sont pas trompés : une montée de sève redonne des forces aux lettres de langue française. Et tout le reste – dénomination, classification, étiquette – n’est que littérature ! » (Françoise Ploquin, Le français dans le monde, n° 13, mai-juin 2007, p. 7)

Ainsi donc, nous avons réuni ici des écrivains dont la langue française est la patrie. Qu’ils soient Suisses romands, Québécois, Africains du Maghreb ou d’Afrique noire, ou Libanais, le français est pour eux langue maternelle ou langue naturelle, celle dans laquelle ils baignent depuis l’enfance. D’autres ont eu à choisir : Agota Kristof, Nancy Huston, Panaït Istrati, par exemple. Nous en parlerons dans un prochain numéro, contraintes éditoriales obligent.
L’étude de ce type de littérature en classe promeut une réelle ouverture culturelle et une meilleure connaissance de l’altérité, atouts considérables dans une société de plus en plus multiculturelle. Bonne lecture donc, à la découverte de textes d’auteurs connus ou moins connus : Nicolas Bouvier, Émile Nelligan, Amin Maalouf, Khaïr-Eddine, Tahar Ben Jelloun, Aminata Sow Fall, Moïse Nkoghe-Mwe. Et si vous-même, vous avez « flashé » pour un inconnu, un ignoré, faites-le-nous savoir : on diffusera l’information avec grand bonheur...

(Note : Voir Le Monde, Le Monde des livres, 16 mars 2007, p. 2. Et aussi : Abdou Diouf, « La francophonie, une réalité oubliée », Le Monde, 20 mars 2007, p. 24 ; Pierre Assouline, « Quelle ‘littérature-monde’ ? », Le Monde 2, n° 172, 2-8 juin 2007, p. 17 ; Françoise Ploquin, « La ‘littérature-monde en français’ récuse le terme de francophonie », Le français dans le monde, Francophonies du Sud, n° 13, mai-juin 2007, p. 6-7 ; Valérie Marin La Meslée, « Edouard Glissant, la conquête de l’imaginaire » et « Saint-Malo à l’heure de la littérature-monde », Le Magazine littéraire, n° 464, mai 2007, p. 62-64 ; Michel Le Bris et Jean Rouaud, dir., Pour une littérature-monde, Paris, Gallimard, 2007, 342 p.)

(Hélène Abraham et Luc Collès, coordinateurs du dossier)


Dossier : Enseigner les littératures francophones 2...

Au sujet de Nicolas BOUVIER...

Introduction de l’article d’Olivier Hambursin

Né en 1929 à Genève et décédé dans cette même ville en 1998, Nicolas Bouvier est un écrivain suisse romand souvent présenté comme le « chef de file » des écrivains-voyageurs contemporains ou, en tout cas, comme un des plus grands représentants de cette veine littéraire qui a toujours alimenté la Littérature et qui, depuis quelques années, rencontre une audience de plus en plus large.
Genre polymorphe et foisonnant, le récit de voyage est un objet privilégié pour éveiller les élèves à la dimension littéraire d’une œuvre (aspects esthétiques, stylistiques, narratifs, etc.), mais aussi pour les initier aux liens que la littérature entretient avec d’autres disciplines – historiques, géographiques, anthropologiques ou sociologiques par exemple. Reste à savoir, toutefois, comment approcher ces textes qui semblent inclassables : empruntant au roman, à l’autobiographie, à l’aventure, à l’essai, voire au genre épistolaire ou à la poésie, le récit de voyage se révèle en effet parfois complexe à étudier.
L’objet de ces quelques pages n’est pas de présenter Nicolas Bouvier ou son œuvre, mais de proposer aux élèves une première approche pratique de cet auteur, via l’exploration minutieuse de l’incipit de son récit Journal d’Aran et d’autres lieux (paru en 1990), afin de voir comment, à partir de ces premières observations, on pourrait envisager, dans un second temps, d’étudier les aspects qui font toute la spécificité et l’originalité de cette œuvre. C’est en effet souvent dans les premiers mots d’un récit que peut « se noue[r] et se joue[r] l’écriture du texte ».
(suite dans la revue, p. 8-17)

Au sujet de Émile NELLIGAN...

Une esquisse biographique : Émile Nelligan, le Rimbaud québécois

Né à Montréal le 24 décembre 1879, d’une mère canadienne-française et d’un père irlandais, Émile Nelligan grandit dans un foyer qui manque d’harmonie. Son père est autoritaire et têtu, sa mère douce et sensible ; lui, exige qu’on parle anglais à la maison, elle s’adresse en français à son fils unique. C’est elle surtout qui l’élève et lui communique son goût pour les arts ; des soirées qu’elle passe au piano, il conservera un amour pour la musique qui fera l’objet de plusieurs de ses poèmes. C’est à l’âge de seize ans – nous sommes en 1896 – qu’il développe certaines amitiés littéraires et que ses premiers poèmes paraissent dans des quotidiens. Encouragé par sa mère, le jeune poète entre en conflit avec son père, qui voudrait le voir apprendre un vrai métier. Au contraire, il quitte l’enseignement des Jésuites.
L’année suivante, Nelligan entre à l’École littéraire de Montréal, non pas lieu d’études, mais cénacle où se réunissent poètes bourgeois et amoureux de la langue française. Le jeune poète se heurte à une conception vieillotte de l’activité poétique : pour la plupart, qui pratiquent une poésie de circonstance ou faite à des fins d’édification, la poésie n’est qu’un moyen intelligent d’occuper ses loisirs ; alors que pour lui, seule compte « la poésie dont on vit et dont on meurt ». Nelligan se range donc aux côtés des poètes symbolistes, Verlaine, Rimbaud, Baudelaire (l’année suivante, en 1898, il annoncera : « Je mourrai fou. Comme Baudelaire ») et des parnassiens (l’art pour l’art) ; il lit Heredia, Leconte de Lisle, mais aussi les décadents Rollinat et Rodenbach. Edgar Allan Poe également.
1899 verra survenir la brève apothéose et la chute précoce. Le 26 mai, en effet, Nelligan récite des poèmes à la quatrième séance publique de l’École littéraire, dans le Château de Ramesay. Voici comment le décrivit un témoin : « Une vraie physionomie d’esthète ! une tête d’Apollon rêveur et tourmenté, où la pâleur accentuait le trait net, taillé comme au ciseau dans un marbre. Des yeux très noirs, très intelligents, où rutilait l’enthousiasme, et des cheveux, oh ! des cheveux à faire rêver, dressant superbement leur broussaille d’ébène, capricieuse et massive, avec des airs de crinière et d’auréole. » Il déclame trois de ses poèmes ; le dernier déclenchera une ovation monstre : c’est

« La romance du vin ».

(…) C’est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et l’objet du mépris,
De se savoir un cœur et de n’être compris
Que par les clairs de lune et les grands soirs d’orage !
Femmes ! je bois à vous qui riez du chemin
Où l’Idéal m’appelle en ouvrant ses bras roses ;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main ! (…)

Porté en triomphe jusque chez lui, près du Carré Saint-Louis, Nelligan connaît vraiment une gloire intense à dix-neuf ans. Moins de trois mois plus tard, cependant, son équilibre mental est rompu, par les heures de veille, par tout ce qu’a pu déclencher en lui ce succès enivrant. Devenu bohème, il loge dans une mansarde, chez un ami littérateur comme lui, où vient parfois le relancer sa mère, ce qui lui occasionne chaque fois des crises nerveuses inquiétantes. Le 9 août 1899, il grimpe dans un arbre du Carré Saint-Louis et prétend vouloir se suicider. On se saisit de lui pour le conduire dans un établissement de santé. Il demeurera en asile psychiatrique de 1899 à 1941, année de sa mort (les deux tiers de sa vie), ayant définitivement rompu les liens qui le rattachaient au monde des hommes.
En trois ans, donc, tout est joué. Cette comète dans le paysage littéraire québécois rappelle l’aventure de Rimbaud. Le nom de Nelligan symbolise à lui seul, au Québec, le génie poétique, fulgurant et incompris. Il est un repère dans l’imaginaire littéraire collectif.

(analyse du poème « Le Vaisseau d’Or », dans la revue, p. 20-22)

Au sujet de Tahar BEN JELLOUN...

Un court extrait de l’article de Alina Ioanicescu

(...) Avant de s’attaquer à la question de l’identité des personnages de Ben Jelloun et en la considérant en tant que génératrice de leur quête, il faudrait envisager le positionnement de l’écrivain entre deux espaces : le Maroc et la France.
Tahar Ben Jelloun, écrivain marocain d’expression française, personne ne met plus en doute sa popularité, due surtout (comme si le livre en soi n’était pas suffisant) au prix Goncourt qui lui fut décerné en 1987 pour La Nuit sacrée. Il est peut-être l’écrivain du Maghreb le plus connu à l’échelle internationale, et le fait d’écrire en français n’empêche pas son œuvre d’être plurilingue : « J’écris en vingt-quatre langues, puisque mes textes sont traduits dans toutes ces langues. » Si l’on se fiait à l’affirmation abrupte de Claude Bonnefoy, on situerait aussitôt l’écrivain marocain parmi les écrivains français : « C’est par la langue que la littérature se définit. Le champ de la littérature française est celui des écrivains de langue française, qu’ils soient belges, suisses, québécois, ou noirs des Antilles et d’Afrique. » Et pourtant, pour les écrivains maghrébins, écrire en français et être Français sont deux choses distinctes, la langue étant une sorte d’enveloppe qui ne rend pas le contenant méconnaissable.
(...)

Au sujet d’Amin MAALOUF...

L’analyse du texte qui pose la question de la notion même d’identité s’accompagne de trois exercices à faire en classe. Voici le 2e, tel que proposé par l’auteur de l’article, Hugues Sheeren.

(...)

Voici différentes phrases écrites par Amin Maalouf dans ce même ouvrage (Les Identités meurtrières). Choisis la phrase qui te convainc le plus, celle dont tu te sens le/la plus proche et justifie ton choix.
1) « Je n’ai pas plusieurs identités, j’en ai une seule, faite de tous les éléments qui l’ont façonnée. »
2) « Chacune de mes appartenances me relie à un grand nombre de personnes ; cependant, plus les appartenances que je prends en compte sont nombreuses, plus mon identité s’avère spécifique. »
3) « C’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances et c’est notre regard aussi qui peut les libérer. »
4) « L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence. »
Il est important d’analyser les phrases l’une après l’autre et de les faire reformuler par les étudiants. C’est un exercice oral qui les oblige à expliciter leur pensée, à chercher des synonymes, à justifier leur opinion. Cela peut également être l’occasion de créer un débat. Cet exercice peut également se faire en groupe, ce qui oblige les étudiants à se confronter entre eux et à discuter pour se mettre d’accord sur une seule proposition.
(...)

Au sujet du poète gabonais, Moïse NKOGHE-MWE...

L’analyse, par Bernard Uhoda, du texte « La piste » s’accompagne de nombreux prolongements, parmi lesquels une réflexion sur la conception animiste du monde, dont l’emblème est le poème du Sénégalais Birago Diop, « Souffles ». En voici le texte :

Souffles
Écoute plus souvent
Les choses que les êtres,
La voix du feu s'entend,
Entends la voix de l'eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglot :
C'est le souffle des ancêtres.


Ceux qui sont morts ne sont jamais partis
Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire
Et dans l'ombre qui s'épaissit,
Les morts ne sont pas sous la terre
Ils sont dans l'arbre qui frémit,
Ils sont dans le bois qui gémit,
Ils sont dans l'eau qui coule,
Ils sont dans l'eau qui dort,
Ils sont dans la case,
Ils sont dans la foule
Les morts ne sont pas morts.
Écoute plus souvent
Les choses que les êtres,
La voix du feu s'entend,
Entends la voix de l'eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglot :
C’est le souffle des ancêtres.

Le souffle des ancêtres morts
Qui ne sont pas partis,
Qui ne sont pas sous la terre,
Qui ne sont pas morts.
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis,
Ils sont dans le sein de la femme,
Ils sont dans l'enfant qui vagit,
Et dans le tison qui s'enflamme.
Les morts ne sont pas sous la terre,
Ils sont dans le feu qui s'éteint,
Ils sont dans le rocher qui geint,
Ils sont dans les herbes qui pleurent,
Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure,
Les morts ne sont pas morts.
Écoute plus souvent
Les choses que les êtres,
La voix du feu s'entend,
Entends la voix de l'eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglot :
C'est le souffle des ancêtres.

Il redit chaque jour le pacte,
Le grand pacte qui lie,
Qui lie à la loi notre sort ;
Aux actes des souffles plus forts
Le sort de nos morts qui ne sont pas morts ;
Le lourd pacte qui nous lie à la vie.
La lourde loi qui nous lie aux actes
Des souffles qui se meurent.
Dans le lit et sur les rives du fleuve,
Des souffles qui se meuvent.
Dans le rocher qui geint et dans l’herbe qui pleure.
Des souffles qui demeurent
Dans l’ombre qui s’éclaire ou s’épaissit,
Dans l’arbre qui frémit, dans le bois qui gémit,
Et dans l’eau qui coule et dans l’eau qui dort,
Des souffles plus forts, qui ont pris
Le souffle des morts qui ne sont pas morts,
Des morts qui ne sont pas partis,
Des morts qui ne sont plus sous la terre.

Écoute plus souvent
Les choses que les êtres…

Birago Diop (1906-1989),
Leurres et lueurs, 1960.

Recensions

Les ouvrages recensés sont les suivants :

Francis Dannemark, dir., L’École des Belges, Dix romanciers d’aujourd’hui, Le Castor astral, « Escales des lettres », 2007, 144 p.
Éric Lavanchy, Étude du Cahier bleu d’André Juillard. Une approche narratologique de la bande dessinée, Préface de J.-L. Tilleuil, Louvain-la-Neuve, Bruylant-Academia, coll. « Texte-Image », 2007.
Yasmina Khadra, Les Hirondelles de Kaboul, Pocket.
Roger Deldime, Les Jeunes au pays du théâtre, Lansman, La Montagne magique, Promotion théâtre, 2006.
Marcel Voisin, Myriam de Magdala ou la Foi de l’amour, Publisud, 2006.
Chantal Meyer-Plantureux, Théâtre populaire, enjeux politiques. De Jaurès à Malraux, Bruxelles, Complexe, 2006.
Alain Braun et Jean-François Cabillau, Le français pour chacun, Grammaire interactive de la phrase & du texte, 4e édition mise à jour, éd. Wolters-Plantyn, 2007, 560 p.