Simenon
Simenon, l'enquête
par Robert MASSART, coordinateur du numéro.
La SBPF change, sa revue aussi. Le numéro que vous tenez entre les mains
inaugure la formule nouvelle.
Tout changement n'est pas forcément synonyme de révolution (n'a-t-on pas
connu des révolutions "tranquille" et "de velours" ?), nous espérons
néanmoins que vous serez sensibles aux accents nouveaux auxquels s'essaie
Français 2000 et que vous réserverez un accueil favorable à des rubriques
inédites telles que L'Invité du numéro, que vous découvrirez cette fois-
ci, ou Variactualité, que nous préparons pour le prochain numéro.
Simenon, l'enquête. Était-il pensable que la SBPF laisse passer2003 sans
saluer, elle aussi, le grand romancier mosan ? Certes, on nous fera observer
que, l'année dernière, De la Paralittérature abordait déjà le genre
policier et que des articles avaient pour objet l'œuvre de Georges Simenon.
C'est bien pourquoi, dans ce cas-ci, nous avions d'abord envisagé un numéro
dédié à l'ensemble des grands anniversaires de l'année : il se serait
appelé Simenon et quelques autres, en hommage à Jacques Brel, à Hergé, à
Marguerite Yourcenar... Mais, bien vite, l'abondance de la matière qui nous
est arrivée, relative à la figure du seul grand Georges, nous a fait
comprendre qu'il fallait restreindre nos ambitions et que nous ne
pourrions pas faire autrement que de lui réserver la totalité du dossier.
Quelle destinée que celle de cet auteur qui a balancé toute sa vie entre
le désir de se faire une place au soleil de l'institution littéraire et
l'envie de n'être qu'un simple romancier. Quel chemin parcouru, depuis les
petits volumes à deux sous jusqu'à la récente consécration de La Pléiade !
Tout jeune professeur encore, et fraichement débarqué d'une école
zaïroise où, pendant deux ans, je n'en avais fait qu'à ma tête, je me
souviens de mon premier intérim dans un athénée bruxellois assez renommé.
Parce que cela semblait les intéresser, j'avais donné à mes élèves un
travail sur le roman policier. Ils devaient lire deux ouvrages, l'un, un
roman de Stanislas A. Steeman, et l'autre, une enquête de Maigret. Je ne
sais plus en quoi consistait le travail, mais je me rappelle surtout que
j'avais scandalisé mes collègues plus âgés (ils étaient au courant de tout,
parce que les élèves sont de vraies pipelettes, et les classes, des
potinières), désormais persuadés que tout était perdu, puisque les nouveaux
professeurs de français eux-mêmes préféraient étudier des auteurs de
kiosque de gare au détriment des valeurs sûres. Je me dis que s'il avait
entendu nos échanges de propos dans la salle des profs, Simenon aurait été
ulcéré, une fois de plus, mais aujourd'hui, avec le recul de quelques
décennies, nous savourons un peu, lui ... et moi, le miel de la revanche.
En effet, maintenant on étudie Simenon en classe, et plus personne ne
commettrait l'erreur de s'en offusquer.
Le dossier que nous vous proposons fait état, précisément, de la richesse
des potentialités pédagogiques de cet écrivain que l'on a comparé à tant
d'autres (un forçat de l'écriture, comme Balzac, un écrivain-star, comme
Hugo, un naturaliste, comme Maupassant )... En tout cas, surement l'un des
plus prolifiques de notre littérature, et, grâce à la sobriété de son
écriture, l'écrivain de langue française le plus diffusé à travers toutes
les couches sociales, et l'un des plus aisés à traduire dans les langues
étrangères.
Ce style dépouillé, dépourvu de tout apparat "littéraire" (au sens
péjoratif du terme), dégraissé, comme disait Colette, est non seulement un
avantage pour l'adaptation de ses romans au cinéma, mais aussi pour plaire
à des adolescents peu enclins à la lecture.
L'article de Maurice Hambursin, accompagné du dossier pédagogique de
l'Enseignement de la Province de Liège, va exactement dans ce sens, et les
pistes d'activités en classe que trace J.-L. Dumortier en sont une
confirmation de plus. Enfin, plusieurs comptes rendus d'ouvrages de Simenon
ou sur Simenon complètent le dossier thématique de ce numéro. Dans tous les
cas, les auteurs se sont efforcés de souligner leur intérêt didactique.
Vous le constaterez, dans l'ensemble, les concepteurs de ce dossier ont
favorisé le versant pédagogique plutôt que la voie littéraire ou simplement
culturelle ; il faut bien le reconnaitre, ce numéro arrive, dans le cours
de l'année Simenon, un peu comme les carabiniers d'Offenbach, aussi avons-
nous décidé de tirer parti de cette contrainte de calendrier pour
transformer notre relatif handicap en avantage et vous offrir un recueil de
travaux utiles à votre vie professionnelle.
Cela dit, certaines contributions se penchent néanmoins sur l'Ïuvre de
Simenon selon une perspective plus linguistique. D'autres encore, en
projetant un éclairage inhabituel sur l'écrivain, permettent de se faire
une meilleure idée de sa vie et de ses ressorts psychologiques.
Ce numéro de Français 2000 s'intitule Simenon, l'enquête... Ce n'est pas
sans raison, car nous espérons qu'il vous donnera la possibilité de mieux
connaitre l'homme, "l'homme Simenon", exactement comme lui qui, dans toute
son œuvre, a voulu, comme il le dit "toujours poursuivre une quête qui, en
somme, me hantait, de trouver l'homme."
coordinateur du numéro
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