Français 2000, n° 187, Simenon, septembre 2003

Simenon


Sommaire du numéro

Simenon, l'enquête

par Robert MASSART, coordinateur du numéro.

La SBPF change, sa revue aussi. Le numéro que vous tenez entre les mains inaugure la formule nouvelle.
Tout changement n'est pas forcément synonyme de révolution (n'a-t-on pas connu des révolutions "tranquille" et "de velours" ?), nous espérons néanmoins que vous serez sensibles aux accents nouveaux auxquels s'essaie Français 2000 et que vous réserverez un accueil favorable à des rubriques inédites telles que L'Invité du numéro, que vous découvrirez cette fois- ci, ou Variactualité, que nous préparons pour le prochain numéro.

Simenon, l'enquête. Était-il pensable que la SBPF laisse passer2003 sans saluer, elle aussi, le grand romancier mosan ? Certes, on nous fera observer que, l'année dernière, De la Paralittérature abordait déjà le genre policier et que des articles avaient pour objet l'œuvre de Georges Simenon. C'est bien pourquoi, dans ce cas-ci, nous avions d'abord envisagé un numéro dédié à l'ensemble des grands anniversaires de l'année : il se serait appelé Simenon et quelques autres, en hommage à Jacques Brel, à Hergé, à Marguerite Yourcenar... Mais, bien vite, l'abondance de la matière qui nous est arrivée, relative à la figure du seul grand Georges, nous a fait comprendre qu'il fallait restreindre nos ambitions et que nous ne pourrions pas faire autrement que de lui réserver la totalité du dossier.
Quelle destinée que celle de cet auteur qui a balancé toute sa vie entre le désir de se faire une place au soleil de l'institution littéraire et l'envie de n'être qu'un simple romancier. Quel chemin parcouru, depuis les petits volumes à deux sous jusqu'à la récente consécration de La Pléiade !
Tout jeune professeur encore, et fraichement débarqué d'une école zaïroise où, pendant deux ans, je n'en avais fait qu'à ma tête, je me souviens de mon premier intérim dans un athénée bruxellois assez renommé. Parce que cela semblait les intéresser, j'avais donné à mes élèves un travail sur le roman policier. Ils devaient lire deux ouvrages, l'un, un roman de Stanislas A. Steeman, et l'autre, une enquête de Maigret. Je ne sais plus en quoi consistait le travail, mais je me rappelle surtout que j'avais scandalisé mes collègues plus âgés (ils étaient au courant de tout, parce que les élèves sont de vraies pipelettes, et les classes, des potinières), désormais persuadés que tout était perdu, puisque les nouveaux professeurs de français eux-mêmes préféraient étudier des auteurs de kiosque de gare au détriment des valeurs sûres. Je me dis que s'il avait entendu nos échanges de propos dans la salle des profs, Simenon aurait été ulcéré, une fois de plus, mais aujourd'hui, avec le recul de quelques décennies, nous savourons un peu, lui ... et moi, le miel de la revanche. En effet, maintenant on étudie Simenon en classe, et plus personne ne commettrait l'erreur de s'en offusquer.
Le dossier que nous vous proposons fait état, précisément, de la richesse des potentialités pédagogiques de cet écrivain que l'on a comparé à tant d'autres (un forçat de l'écriture, comme Balzac, un écrivain-star, comme Hugo, un naturaliste, comme Maupassant )... En tout cas, surement l'un des plus prolifiques de notre littérature, et, grâce à la sobriété de son écriture, l'écrivain de langue française le plus diffusé à travers toutes les couches sociales, et l'un des plus aisés à traduire dans les langues étrangères.

Ce style dépouillé, dépourvu de tout apparat "littéraire" (au sens péjoratif du terme), dégraissé, comme disait Colette, est non seulement un avantage pour l'adaptation de ses romans au cinéma, mais aussi pour plaire à des adolescents peu enclins à la lecture.
L'article de Maurice Hambursin, accompagné du dossier pédagogique de l'Enseignement de la Province de Liège, va exactement dans ce sens, et les pistes d'activités en classe que trace J.-L. Dumortier en sont une confirmation de plus. Enfin, plusieurs comptes rendus d'ouvrages de Simenon ou sur Simenon complètent le dossier thématique de ce numéro. Dans tous les cas, les auteurs se sont efforcés de souligner leur intérêt didactique. Vous le constaterez, dans l'ensemble, les concepteurs de ce dossier ont favorisé le versant pédagogique plutôt que la voie littéraire ou simplement culturelle ; il faut bien le reconnaitre, ce numéro arrive, dans le cours de l'année Simenon, un peu comme les carabiniers d'Offenbach, aussi avons- nous décidé de tirer parti de cette contrainte de calendrier pour transformer notre relatif handicap en avantage et vous offrir un recueil de travaux utiles à votre vie professionnelle.
Cela dit, certaines contributions se penchent néanmoins sur l'Ïuvre de Simenon selon une perspective plus linguistique. D'autres encore, en projetant un éclairage inhabituel sur l'écrivain, permettent de se faire une meilleure idée de sa vie et de ses ressorts psychologiques.
Ce numéro de Français 2000 s'intitule Simenon, l'enquête... Ce n'est pas sans raison, car nous espérons qu'il vous donnera la possibilité de mieux connaitre l'homme, "l'homme Simenon", exactement comme lui qui, dans toute son œuvre, a voulu, comme il le dit "toujours poursuivre une quête qui, en somme, me hantait, de trouver l'homme."

Robert MASSART
coordinateur du numéro
Ce texte est écrit en orthographe nouvelle

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