Présentation du dernier numéro de Français 2000, septembre 2008, n° 214-215,

Des chansons à lire, à écouter, à voir et à écrire

 

SOMMAIRE

Éditorial (Jacques Lefèbvre)
Dossier : Des chansons à lire, à écouter, à voir et à écrire
Avant-propos : Retour à la chanson (Jean-Louis Dufays)
Le poète et le grammairien (Marc Wilmet)
La nouvelle chanson française : guide d'appropriation pour l'enseignant (Benjamin Nizet)
Laisser le slam percuter la classe (Bernadette Bouteiller et Jacques Lefèbvre)
Écrire des chansons en classe de français au 3e degré (Chryso Louis)
La chanson comme biais privilégié de la découverte

de la culture belge (Bénédicte Renard)
L'exploitation narratologique de la chanson en classe de FLE : l'effet de retard dans « Comment te le dire ? » de Marka (Jacques Hoflack)
La chanson québécoise et la forêt (Maria Tronea)
« Les tournesols » de Jean Ferrat, fiche pédagogique (Dorina Popi)
Le concours Belgique romane/élèves, épreuve 2006-2007 :

Créez une chanson inédite ! (Robert Massart)
L'invité du numéro : Didier Arcq
Recensions et notes de lecture
Pour remettre les idées à l'endroit...
Vous chantiez ? eh bien, dansez maintenant ! (Henry Landroit)
Vous écrivez ?
« Connais-tu l'odeur du sang ? » (Raymond Delvax)

Avant-propos

Retour à la chanson
Le croirait-on ? Cela fait vingt ans que Français 2000 n'avait plus consacré de numéro à la chanson ! Dieu sait pourtant s'il s'agit là d'un objet apprécié des enseignants comme des élèves et qui, par son accessibilité comme par son format bref, est particulièrement approprié à la forme scolaire.
En deux décennies, la chanson a pris des galons dans la sphère didactique : si naguère elle était surtout abordée par son seul versant textuel et littéraire, qui l'assimilait plus ou moins à un poème, elle s'impose aujourd'hui à l'attention comme une production culturelle multimodale, comme l'alliage d'un texte, d'un son, et d'une image, dont la diversité serait le gage d'une densité sémantique à haut rendement pédagogique. Étudier une chanson, désormais, c'est s'interroger non seulement sur la richesse d'un texte, mais aussi sur les effets de sens spécifiques que produisent une orchestration, une introduction musicale, un rythme, une voix, ou encore l'iconographie d'une pochette et les jeux de lumière, de positionnement et d'expression qui se révèlent dans un clip ou dans un spectacle chanté. Et puis, révolution numérique aidant, la chanson est plus omniprésente que jamais dans la vie des adolescents, et l'extrême rapidité de sa diffusion en fait, aujourd'hui bien plus qu'hier, un enjeu culturel où le symbolique et l'économique sont indissolublement liés. Qu'il s'agisse de l'expansion du téléchargement, de la prolifération des radios libres, de la multiplication des concours du type « Star Academy », du pouvoir sans cesse croissant des maisons de disques « major » - devenues des usines à fabriquer des tubes et à éliminer leurs rebuts sans état d'âme - ou encore de la concurrence de plus en plus déloyale que la chanson française subit de la part des productions anglo-saxonnes, les thèmes de débats ne manquent pas. Et ils font de la chanson un objet privilégié non seulement pour des études internes d'une extrême richesse, mais aussi pour des analyses historiques, sociologiques, critiques qui pourraient donner lieu à de passionnants exercices d'argumentation écrits ou oraux, individuels ou collectifs.
Osons le dire : à l'ère de l'image reine et de la musique toute-puissante, ignorer la chanson comme objet et enjeu clé de la formation intellectuelle et culturelle des élèves semble tout simplement devenu impossible.
Voici donc un numéro qui vient à son heure. Et tout naturellement, il convenait de modeler son contenu sur la diversité des formes, des usages et des publics auxquels la chanson se prête.
S'agissant du public, deux cas de figure étaient à distinguer : celui des élèves francophones « natifs », à qui un travail analytique et créatif complet et complexe peut être demandé, et celui des élèves allophones, pour qui la chanson française constitue davantage un support initiatique pour approcher le travail des mots et des sons dans une langue et une culture peu familières.
En ce qui concerne les premiers, il n'était pas sans intérêt de revenir d'abord sur la richesse textuelle de la chanson, mais en l'abordant d'un point de vue quelque peu novateur, en l'occurrence celui de la linguistique. Pour ce faire, quel témoin plus privilégié que Georges Brassens et quel exégète mieux armé que Marc Wilmet, le plus critique mais aussi le plus facétieux de nos grammairiens ? À lui donc le lever de rideau avec son passionnant décryptage des audaces linguistiques du grand Georges.
Il s'indiquait ensuite de prendre la mesure des évolutions récentes de la chanson française, en s'interrogeant sur le foisonnement de ces jeunes chanteurs talentueux qui ont pour noms Vincent Delerm, Bénabar, Sanseverino, Jeanne Cherhal, Albin de la Simone, et qui forment aujourd'hui ce qu'il est convenu d'appeler « la nouvelle chanson française » : c'est à cette mission que s'est attelé Benjamin Nizet, qui connait mieux que personne ce domaine auquel il a consacré maintes formations.
Il s'indiquait aussi de réserver une analyse spécifique à ce nouveau genre à part, situé aux limites de la chanson et de la poésie proférée, que constitue le slam : Bernadette Bouteiller et Jacques Lefèbvre se sont ainsi penchés sur les textes de l'un des slameurs les plus fameux, le Strasbourgeois d'origine africaine Abd Al Malik.
Enfin, au moment de passer de la lecture et de l'écoute à l'écriture, l'occasion était belle de donner la parole à un professeur de français qui se trouve être en même temps un auteur de chansons et un animateur d'ateliers d'écriture consacrés à ce genre. Chryso Louis nous présente ainsi un dispositif de formation passionnant dont ont déjà bénéficié de nombreux élèves.
Côté FLE, il y avait pertinence d'abord à lancer quelques pistes vers l'étude culturelle de la chanson en proposant un parcours d'exploration sur la chanson belge, et plus spécifiquement sur l'œuvre de Brel. C'est ce qu'a fait Bénédicte Renard, en nous livrant un échantillon du travail réalisé dans son mémoire de licence.
Suivent trois études plus ciblées sur des textes précis, qui sont autant d'occasions de faire découvrir aux apprenants allophones des aspects variés de l'analyse textuelle : l'approche narratologique, que Jacques Hoflack développe à propos d'une chanson de Marka, « Comment te le dire ?», l'approche thématique, que Maria Tronea consacre au thème de la forêt dans la chanson québécoise - et plus spécialement dans la chanson de Pierre Lapointe « Dans la forêt des mal-aimés » - et enfin l'approche intertextuelle, que Dorina Popi applique à la chanson de Jean Ferrat « Les tournesols ».
Enfin, Robert Massart se devait de faire écho au concours « Belgique romane » qui fut organisé en Roumanie en 2006-2007, puisque celui-ci avait pour objet de faire écrire par les élèves roumains une chanson inédite à propos de la Belgique.
Pour conclure ce dossier, Didier Arcq, président de la Biennale de la chanson et animateur du rallye bruxellois « Chantons français », a accepté d'être notre invité et de répondre - par écrit - à quelques questions que nous lui avons posées. Nul doute que le témoignage de ce fin connaisseur et talentueux promoteur de la chanson actuelle intéressera vivement tous les enseignants.
Faisons le compte : de Brassens à Abd Al Malik, de Vincent Delerm à Bénabar, de Brel à Marka, et de Pierre Lapointe à Jean Ferrat, voilà un joli florilège de chansons et de chanteurs, qui illustrent à la fois la diversité des époques (des années cinquante à nos jours), des genres musicaux (du rock au slam), des cultures (de la France à la Belgique et au Québec) et des styles d'écriture (de la chanson rive gauche à la « nouvelle chanson française »).
Comment le professeur de français ne trouverait-il pas ici de quoi faire son miel, et celui de ses élèves ?

Jean-Louis Dufays
coordinateur du dossier


Voici un tout petit extrait de la contribution de Marc Wilmet, « Le poète et le grammairien » - histoire de vous donner l'envie d'aller voir plus loin, dans la revue même (pages 7-13)… (…)
Bien entendu, la plupart de nos emprunts exemplifient des mécanismes syntaxiques ordinaires. Ils pourraient dès lors sembler interchangeables :

« Cette fille est trop vilaine, il me la faut » (Don Juan) et « Il s'en fallait de peu, mon cher, / Que cette putain ne fût ta mère » (La complainte des filles de joie) pour l'adoption sans échappatoire du tour impersonnel avec falloir et s'en falloir ; « Des bateaux, j'en ai pris beaucoup » (Les copains d'abord) pour la projection « à gauche » d'un complément de verbe ; « Pensez si j'eus le cœur serré… » (Le fantôme) pour l'enchâssement en si d'une sous-phrase non circonstancielle ; « Je la suivis dans la maison / Où brillait sans se consumer / Un genre de feu sans fumée » (Histoire de faussaire) et « Son bonhomme de mari avait tant fait d'affaires, / Tant vendu ce jour-là de petits bouts de fer… » (L'orage) pour la correction d'une identification abusive ou l'ajout d'une appréciation ironiquement laudative au moyen des quantiqualifiants à base nominale un genre de et son bonhomme de ; « Les chats fourrés, quand ils l'ont su, / M'ont posé la patte dessus… » (Le mauvais sujet repenti) pour l'adverbialisation de la préposition sur en dessus accompagnée d'un pronom me que la première personne rend obligatoire…

si la drôlerie d'une image ou d'une expression n'agrémentait çà et là d'un sourire - libre à chacun de préférer la grammaire à férule et les adages compassés des vieux manuels - le sérieux du propos.
Prenez le souhait solennel avec ô d'invocation, que initial et mode subjonctif. La chanson Les funérailles d'antan l'assortit aussitôt d'un nom composé inédit (que solidarisent des traits d'union), d'une allitération en /k/ rapprochant des organes généralement antagonistes et de la reformulation comique d'un aphorisme connu :

O, que renaisse le temps des morts bouffis d'orgueil,
L'époque des m'as-tu-vu-dans-mon-joli-cercueil,
Où, quitte à tout dépenser jusqu'au dernier écu,
Les gens avaient à cœur de mourir plus haut que leur cul.

Le processus de nominalisation à l'œuvre dans les m'as-tu-vu-dans-mon-joli-cercueil revivifiait par l'ajout d'un complément une lexie opacifiée. Il déborde ailleurs sur des adverbes, des verbes (non seulement conjugués à l'infinitif comme les classiques manger et boire) et même des phrases (Quatre-vingt-quinze pour cent) :

Les encore, les c'est bon, les continue
Qu'elle crie pour simuler qu'elle monte aux nues,
C'est pure charité…
(...)


Compléments à la contribution de Benjamin Nizet :
« La nouvelle chanson française : guide d'appropriation pour l'enseignant », p. 14-25 - Texte de la chanson de Bénabar et Ressources complémentaires Texte de la chanson de Bénabar, « Slow »
(Contexte : Les arrangements participent de plus à l'aspect méta de l'ensemble - la chanson qui se regarde et qui parle d'elle-même - : ils ont un rôle à jouer dans la narration, contribuant à la mise au jour de la structure par le texte. « Le Slow » de Bénabar en est l'exemple le plus édifiant [p. 21]) :

Tu voulais un slow, eh ben tu l'as
Avec une partie de piano, un peu comme ça… [solo de piano]
Un truc genre « ne me quitte pas » mais en beaucoup plus joli
Avec l'inénarrable levée de batterie… [batterie]
J'voulais chanter des rimes en « our »
Sur un grand piano blanc
Avec une section d'violons
Mais mes associés, ils ont dit nan
Ils disent que dans l'mini-bus
Y'a pas assez d'places
Alors tes violons, on les fait à la basse… [les basses imitent les violons]

C'est pas une chanson d'amour, c'est une parodie
Comme un soldat qui court, qui sourit à la vie
Un slow ça fait con, c'est mal vu de nos jours (de nos jours)
On oublie trop vite les initiales griffonnées (sur les 45 tours)
Que celui qui n'a pas levé le briquet en concert,
Me jette la première pierre…
Mais le temps qu'je compose sur mon faux piano
Que j'copie une mélodie sans que ça s'voit trop
Que j'imagine quelque chose de beau, de tendre et de poétique
T'es partie avec un autre qui jouait même pas d'musique
Refrain
Au fond ton slow j'commençais à l'aimer
J'avais une marche nuptiale, une berceuse en projet
Les déclarations c'est pas mon fort, ça t'faisait d'la peine
Maintenant qu'c'est trop tard, j'peux te l'dire je t'… [solo de saxo]
(Joue comme si c'était la dernière fois Denis
Joue de tout ton cœur, Joue de tout ton foie Denis)
Désolé j'ai été coupé par le solo de saxo
Carrément indispensable dans ce genre de morceau
Refrain
Nous c'est l'amour avec un grand A
Te voilà contente avec un grand con
Faut r'connaître que t'es pas non plus une cérébrale
Tu croyais qu'un stéréotype c'est un mec avec un walkman
C'est pas une chanson d'amour, c'est une parodie (parodie)
Une chanson quand même un peu triste aussi (oui, oui, oui)
Y'a les sentiments dont on fait les enfants (nan, nan, nan)
Ceux dont on fait des chansons à trois francs

Ressources complémentaires (voir revue, p. 25, note 10) :
Comment rester à la page ?
Il serait absurde de terminer cet article sans une invitation à la découverte, en listant différents moyens de continuer l'exploration :
Quelques compilations sortent du lot :
Rue des Chansons
Compilations Tôt ou Tard
Deux compilations de 5 cd intitulés « La Nouvelle chanson française ». Émettons cependant une réserve sur l'utilisation très large du concept de nouvelle chanson française dans la compilation (Emily Loizeau ou Anaïs côtoient les Wampas ou Henri Salvador…)
La Belle Gigue
Chansons du bord de Zinc
Louer les cédés de la Biennale de la Chanson française à la médiathèque, écouter les artistes présents sur le site du Conseil de la Musique. Cela permet de découvrir également la vague d'artistes belges produits (Saule, Été 67, Marie Warnant) ou émergents (Marie-Noire, Yohm)
En télévision : les Victoires de la Musique ou Taratata
Lire les critiques musicales de Télérama / Inrocks / Libération
Et émissions musicales (« L'air ne fait pas la chanson » sur la Première [RTBF])
Où trouver des vidéoclips ?

http://www.m6.fr > musique > clips
http://www.mcm.net
http://www.tv5.org/TV5Site/musique/accueil.php (partie clips pour apprendre)
www.youtube.com et www.dailymotion.fr
http://www.myspace.com Les sites officiels ou les 'Myspace' des artistes


Contribution de Bernadette Bouteiller et Jacques Lefèbvre : « Laisser le slam percuter la classe » (p. 26-33)

Introduction
Faire écouter du slam en classe, puis expliciter la démarche des artistes qui le pratiquent peut réconcilier les élèves avec la poésie dans ce qu'elle fut à l'origine, un genre oral. Cela les invite aussi à s'exprimer d'une manière à la fois poétique et communicative. Cela nous rapproche de deux buts qui paraissent souvent éloignés : prendre en compte les goûts des ados et aborder la littérature non seulement comme ensemble de textes mais aussi comme institution. Le monde de la chanson, de même que celui de la littérature, fonctionne comme un système. On peut passer de l'un à l'autre, en repérant les mêmes instances : création, production, diffusion, critique, parrainage, consécration…
Évidemment, pour aller de ce qui plaît sur les ondes à la poésie patrimoniale, il convient de partir de slameurs de talent et de conviction, tels qu'Abd Al Malik ou Grand Corps Malade. Leur parcours est peu commun. Il a rendu nécessaire une expression personnelle, marquée d'évidentes qualités poétiques et de signes de modernité. Ces slameurs écrivent de la littérature engagée. Ils prennent parti. Leur existence comme leur art collent à leurs messages. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Abd Al Malik a suivi des études de philosophie. Ainsi, à partir d'un genre poétique médiatisé, on s'interroge sur les rapports entre textes, vie, époque. On rouvre le débat entre critiques interne et externe.
(Suivent les rubriques : Qu'est-ce que le slam ? - Un slameur parmi les slameurs : Abd Al Malik - L'album d'une naissance : Gibraltar - Lecture littéraire d'un poème - Proposition d'analyse - Inviter à écrire.)


L'article de Chryso Louis, « Écrire des chansons au 3e degré » décrit le déroulement d'animations réalisées en classe et se termine sur des coordonnées utiles :
Si la chose vous intéresse, nous sommes en train d'étudier la possibilité d'une formation pour celles et ceux qui souhaiteraient se lancer eux-mêmes dans ce type d'animation. Pour tout renseignement (atelier, concert, formation…) n'hésitez pas à joindre La Maison de la Poésie de Namur ou plus rapidement l'asbl Chrysalide : hellochryso@yahoo.fr [tél. 32 (0)473/827 057].


La contribution de Bénédicte Renard est consacrée à « La chanson comme biais privilégié de la découverte de la culture belge » (p. 38-45). Après une introduction plutôt théorique, l'auteur décrit une expérimentation réalisée en classe avec comme support « Le plat pays » de Brel. Elle conclut par un prolongement possible avec la chanson « Jef ». Voici cette dernière partie de l'article. (…)
Malgré sa longueur, cette chanson est très explicite : tout y converge en effet pour faire sens. Il est donc intéressant de l'étudier en s'attachant aux trois « strates » du genre, à savoir le son, le texte et l'image.
Écoute de la chanson
À partir de l'introduction musicale, les élèves sont invités à émettre une hypothèse sur l'histoire qui va être racontée : sera-t-elle gaie ou triste ? Ils écoutent ensuite le reste de la chanson et caractérisent la mélodie qui varie selon qu'il s'agit du refrain ou des couplets. À partir de pictogrammes, le professeur demande à chacun d'illustrer le sentiment qu'évoque pour lui la voix du chanteur.
Compréhension globale
Pour comprendre l'histoire mise en scène, les élèves sont d'abord invités à relever la structure de la chanson. Dans les deux couplets, ils identifient les personnages, leur relation, l'endroit décrit, l'action… En s'aidant de ce qui aura été dit sur la voix de l'interprète, ils expliquent ce que tente de faire le personnage dans le refrain.
Ils sont aussi invités à envisager les différents lieux du texte où se situent des éléments peut-être propres à notre culture et susceptibles d'être incompris. Voici certains points que nous traiterions en classe : un homme qui pleure en pleine rue et qui fait honte à son ami ; la relation entre l'alcool, le trottoir, le manque d'argent et le banc qui fait penser à la situation des sans-abri ; la consommation d'alcool en Belgique ; l'ardoise ; l'Amérique comme rêve d'un monde meilleur ; Rockefeller. Sans doute ne sera-t-il plus nécessaire de rappeler que les frites et les moules sont des plats typiquement belges, mais, si le professeur travaille sur l'impératif avec ses élèves, cela sera une bonne occasion pour traiter cette matière en leur faisant rédiger une recette.
Approfondissement d'un point plus précis
Le professeur travaille sur l'indicatif futur simple ou sur le mode verbal de l'impératif, sur l'utilisation de la conjonction de coordination « mais », ou encore sur la conjonction de subordination « parce que ».
Voir la chanson

Le professeur relève les gestes ou mimiques de Brel. Par exemple, il demande aux élèves d'associer les principaux gestes faits par le chanteur aux actes de paroles suivants : montrer que l'on s'adresse à une personne en particulier, insister sur des paroles négatives, insister sur des paroles affirmatives, inciter quelqu'un à nous suivre, signaler que quelque chose n'est pas important. Activités finales
Au terme du travail, différentes productions finales susceptibles d'être évaluées peuvent être mises en place, tout dépend des objectifs communicatifs poursuivis par le professeur avec sa classe. Voici quelques propositions :
Votre frère de trente ans pleure devant vous. Comment réagissez-vous ? Utilisez des impératifs.
Un sans-abri explique à une aide sociale comment il en est arrivé à vivre dans la rue.
Écrivez un dialogue de dix lignes en utilisant « parce que » et « mais » dans votre texte.
Votre ami(e) est triste… Consolez-le(a) en lui racontant les projets que vous allez réaliser ensemble !
Écrivez la recette d'un plat typique de votre pays. Utilisez l'impératif.


Bibliographie de l'article de Jacques Hoflack, consacré à une chanson de Marka, « Comment te le dire ? » (p. 46-54)

Bibliographie

Les versions de Comment te le dire sont disponibles :
Sur le site www.marka.be
Dans l'album Avant après (2001) et C'est tout moi (2004)
Dans l'anthologie : Panorama de la chanson en Wallonie et à Bruxelles à travers 10 ans de Francofolies, WBM, Bruxelles, 2003.

La chanson
Made in « chez nous », paroles et musiques en Communauté française de Belgique, cahier pédagogique et CD, Ministère de la CF et Asbl Voix-Voies, Bruxelles, 2001.
Brel entre les lignes, apprendre ou pratiquer le français avec Jacques Brel, dossier pédagogique, CGRI-DRI, 2003.
J.-L. Dufays, F. Grégoire, A. Maingain, La Chanson, vade-mecum du professeur de français, « Séquences », Hatier, Bruxelles, 1994.


Maria Tronea analyse une chanson de Pierre Lapointe, le jeune chanteur québécois dont le succès s'affirme toujours davantage.

Après ses prestations aux Francofolies de Spa en juillet 2007, et au Botanique à Bruxelles en octobre de la même année, où il a présenté son 2e album La Forêt des mal-aimés, Pierre Lapointe offre cet été, aux Francofolies de Montréal, son spectacle Mutantès : « dix-neuf chansons nouvelles, dans une mise en scène mêlant chorégraphie, chant choral, sculpture et lumière, un spectacle pas facile du tout, requérant l'attention, mais dont l'on ressort tansporté » (Dominique Simonet, in La Libre Belgique, 9-10 août 2008, p. 19).

Voici, comme annoncé dans la revue (p. 59), un court extrait d'une interview de Pierre Lapointe. - Quelles sont vos sources d'inspiration ?

- (…) Finalement, ce que j'essaie de mettre en avant, c'est plus une émotion qu'une histoire.
- Ce qui est étonnant, c'est votre façon d'écrire, c'est très littéraire…

- (…) Ce qu'il y a de particulier, c'est que je n'ai pas vraiment d'influences littéraires, mais plutôt des influences en art visuel et surtout le théâtre (…). Mon écriture peut paraître très cérébrale et calculée, alors que ce n'est pas du tout cela, c'est très senti. Je ne travaille pas avec des mots, mais avec des images.

- Il est largement question de mort, de larmes, d'amours malheureuses, c'est assez noir et désespéré en somme ?

- Je suis quelqu'un dans la vie d'assez enjoué, je ne me prends pas tellement la tête. Mais je pense que, profondément, je suis un être assez triste. Je pense que c'est très humain d'aimer la mélancolie et la tristesse (…).

- Les arrangements font parfois penser à la variété française des années 1970, que pouvez-vous dire pour vous défendre ?

- C'est totalement assumé. J'ai une faiblesse pour tout ce qui est violon-disco, c'est-à-dire douze violons qui font la même ligne musicale et qui répondent à d'autres violons. Ce son est pour moi extrêmement charmant et il met en valeur n'importe quelle mélodie (…). Si je regarde les gens qui m'ont marqué, Robert Charlebois ou Diane Dufresne, Bjork ou Beck, ils ont tous essayé de faire le lien entre la chanson intellectuelle et la pop (…) (…)


Pour compléter la fiche pédagogique de Dorina Popi (« Les tournesols », de Jean Ferrat), et faciliter son exploitation en classe, voici le texte complet de Jean Ferrat, puis le texte de la chanson de Pierre Bachelet, « Théo, je t'écris », comme base d'un exercice de comparaison.

« Les tournesols » (Jean Ferrat)

Mon prince noir et famélique
Ma pauvre graine de clodo
Toi qui vécus fantomatique
En peignant tes vieux godillots
Toi qui allais la dalle en pente
Toi qu'on jetait dans le ruisseau
Qui grelottais dans ta soupente
En inventant un art nouveau
T'étais zéro au Top cinquante
T'étais pas branché comme il faut
Avec ta gueule hallucinante
Pour attirer les capitaux

Mais dans un coffre climatisé
Au pays du Soleil-Levant
Tes tournesols à l'air penché
Dorment dans leur prison d'argent
Leurs têtes à jamais figées
Ne verront plus les soirs d'errance
Le soleil fauve se coucher
Sur la campagne de Provence

Tu allais ainsi dans la vie
Comme un chien dans un jeu de quilles
La bourgeoisie de pacotille
Te faisait le coup du mépris
Et tu plongeais dans les ténèbres
Et tu noyais dans les bistrots
L'absinthe à tes pensées funèbres
Comme la lame d'un couteau
Tu valais rien au hit-parade
Ni à la une des journaux
Toi qui vécus dans la panade
Sans vendre un seul de tes tableaux

Mais dans un coffre climatisé
Au pays du Soleil-Levant
Tes tournesols à l'air penché
Dorment dans leur prison d'argent
Leurs têtes à jamais figées
Ne verront plus les soirs d'errance
Le soleil fauve se coucher
Sur la campagne de Provence

Dans ta palette frémissante
De soufre pâle et d'infini
Ta peinture comme un défi
Lance une plainte flamboyante
Dans ce monde aux valeurs croulantes
Vincent ma fleur mon bel oiseau
Te voilà donc Eldorado
De la bourgeoisie triomphante
Te voilà star du Top cinquante
Te voilà branché comme il faut
C'est dans ta gueule hallucinante
Qu'ils ont placé leurs capitaux

Mais dans un coffre climatisé
Au pays du Soleil-Levant
Tes tournesols à l'air penché
Dorment dans leur prison d'argent
Leurs têtes à jamais figées
Ne verront plus les soirs d'errance
Le soleil fauve se coucher
Sur la campagne de Provence
« Théo, je t'écris » (Pierre Bachelet)
Gauguin est parti aux îles lointaines
Moi je suis ici l'esprit en géhenne
J'aimerais tell'ment sortir de cet asile
Le médecin me dit que c'est difficile

Théo je t'écris
Du fond de ma vie
Deux sous pour le pain
Trois sous pour le vin

Théo je t'écris
Du fond d'ma folie
Les blés cette année
Se mettent à crier

Théo au réveil
J'ai vu le soleil
Tourner comme un fou
J'ai peur tout à coup

Théo c'est facile
Du fond d'un asile
De se croire dément
Signé Vincent
Signé Vincent

J'ai voulu montrer mes toiles aux marchands
Ils m'ont dit qu'ils n'avaient pas bien le temps
J'avais pourtant la toile de Provence
Où le chemin tourne, où le ciel avance

Théo je m'épuise
Après chaque crise
Mais ne t'en fais pas
Je repeins déjà

Je t'ai peint ma chambre
Un jour de novembre
J'ai les yeux qui s'usent
Au blanc de céruse

Théo je t'écris
J'ai mal à la vie
J'ai mal au soleil
J'ai mal à l'oreille

Théo je t'écris
J'ai mal à la vie
Je n'ai plus d'argent
Signé Vincent
Signé Vincent

Théo je t'écris
J'ai mal à la vie
J'ai mal au soleil
J'ai mal à l'oreille

Théo je t'écris
J'ai mal à la vie
Je deviens dément Signé Vincent
Signé Vincent


L'invité du numéro est Didier Arcq Président de la Biennale de la chanson française et administrateur de plusieurs structures et plateformes artistiques, il est particulièrement qualifié pour nous éclairer sur l'histoire récente et l'actualité de la chanson en Communauté française de Belgique (voir le site www.labiennale.be). Il répond par écrit aux questions que lui a posées Jean-Louis Dufays. Voir dans la revue les pages 71 à 74.


Recensions et notes de lecture Cette rubrique, qui couvre les pages 75 à 84, présente plusieurs ouvrages très différents ; le nom de l'auteur de la critique suit, entre parenthèses.

Trois romans destinés aux adolescents
Frank Andriat, Vidéo poisse, Namur, éd. Memor, 2007 (Stéphanie Delneste)
Eva Kavian, La Dernière Licorne, Namur, éd. Mijade, 2008 (Pauline Tutak)
Florence Aubry, Daddy road killer, Namur, éd. Mijade, 2008 (Eléonore Stormacq)
Trois essais d'histoire, qui pourraient intéresser les romanistes, tant pour des cours de français que d'histoire...
Hervé Broquet, Catherine Lanneau et Simon Perterman, éd., Les 100 discours qui ont marqué le XXe siècle, André Versaille éditeur, 2007 (Bernard Delcord)
Thomas Ferenczi, Pourquoi l'Europe ?, André Versaille éditeur, 2008 (Anne Marie Abraham)
Hervé Hasquin, dir., Dictionnaire d'histoire de Belgique. Les hommes, les institutions, les faits, le Congo Belge et le Ruanda-Urundi, Namur (Bouge), Didier Hatier, 2000 (Bernard Delcord)
Deux ouvrages où la musique a sa part
Jean-Jacques Rousseau, Dictionnaire de musique, Arles, Actes Sud, coll. Thesaurus, 2008 (Bernard Delcord)
Romain Rolland, Jean-Christophe, Paris, Albin Michel, 2007 (Bernard Delcord)

Enfin, deux ouvrages de littérature
Annick Benoit-Dussausoy et Guy Fontaine, dir., Lettres européennes, Manuel d'histoire de la littérature européenne, Louvain-la-Neuve, éd. De Boeck, 2007 (Bernard Delcord)
Philippe Leuckx, Rome rumeurs nomades, Mont-Saint-Guibert, éd. Le Coudrier, 2008 (Hélène Abraham)


Le numéro se clot sur une nouvelle poignante de Raymond Delvax, « Connais-tu l'odeur du sang ? », dont voici les dernières lignes...

(...) La jeune fille, elle, continua sa course folle, utopique mais essentielle, sa course dans les champs de la révolte.
Elle se souvient avoir dit à ce vieil homme :
- Connais-tu l'odeur du sang ?
Et elle croit qu'il aurait pu lui répondre, s'il en avait eu le temps :
- Et toi, petite fille, connais-tu l'odeur du blé ? Connais-tu l'odeur de l'herbe ou celle de l'écorce de l'arbre ?


La revue Français 2000 s'acquiert par abonnement annuel prenant cours au début de l'année civile : 20,00 € à verser au compte 000 0518945 92, de l'Association belge des professeurs de français.
Tout numéro isolé peut être commandé
Si vous n'êtes pas abonné, et si ce numéro vous intéresse, contactez le trésorier de l'ABPF ou la rédaction.