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Du temps perdu à cause de l'orthographe

Si nous comparons la situation d'un jeune francophone avec celle d'un jeune Espagnol par exemple, un nouvel argument s'avère. Si c'est pour finir par avouer l'échec de l'enseignement d'un code trop difficile, à quoi bon s'obstiner ? Si l'on songe aux centaines d'heures de cours consacrées à un enseignement qui, finalement, ne porte pas les fruits attendus ; si l'on songe que, pendant tout ce temps, les maîtres espagnols, italiens ou autres favorisés linguistiques ont pu enseigner des matières qui n'étaient pas des codes boiteux, il n'est pas possible de fermer les yeux sur l'énorme perte de temps que cela représente dans la formation des élèves.
Si le code orthographique est trop difficile, même pour nous qui avons le français pour langue maternelle, ne convient-il pas d'avoir une pensée pour tous les francophones dont la première langue est un autre parler, parfois très différent, et je pense aux Africains qui font leurs études en français ; je pense aussi à tous ceux qui optent pour l'étude du français, deuxième ou troisième langue.
Il n'est pas exagéré de croire et de dire que l'avenir du français dans le monde est, dans une certaine mesure, lié à la forme écrite que notre langue décide de s'assigner. Une forme trop difficile ne peut que rebuter ; trop d'inconséquences ou d'exceptions ne peut que nuire.
II ne faudrait pas croire que l'idéal d'un code plus facile et rapidement dominé par les usagers soit du domaine de l'utopie. En espagnol (langue romane comme le français) et dans d'autres langues vivantes, le code est tellement facile qu'il peut s'apprendre en moins de cinq ou six leçons. Même en admettant que la langue française présente plus de difficultés que celles-là pour se laisser transposer par écrit, on ne peut admettre que l'établissement d'un code plus aisé à dominer soit du domaine de l'impossible.

Albert DOPPAGNE N°124 - 1990