Interview de Nicole Gillet

Nicole Gillet, déléguée générale et directrice de la programmation du FIFF, « Festival du film francophone de Namur », était l’invitée du numéro 231 de « Français 2000 » consacré au cinéma. Voici l’intégralité des propos recueillis par Marc Slingeneyer

Pourriez-vous nous expliquer les origines et les buts d’un festival tel que le FIFF et sa spécificité dans le paysage large et complexe des festivals en Belgique ?

Le Festival a été créé en 1986. L’exploitant du cinéma Caméo de Namur, le programmateur du Festival du film d’amour de Mons, le directeur des salles de cinémas UGC en Belgique et le bourgmestre de la ville de Namur ont décidé de créer cet évènement. L’objectif est de mettre en évidence un cinéma francophone, montrer que ce cinéma existe, à côté d’un cinéma américain et anglophone, déjà tout-puissant à l’époque. Donc, l’objectif c’était clairement de montrer qu’il existe un cinéma en Francophonie, qu’il existe un autre cinéma et faire découvrir cela au grand public. C’est une ligne éditoriale très claire, et en même temps qui a pas mal évolué, parce qu’au début, tous les films présentés étaient en langue française. Par exemple, le cinéma africain, que ce soit du Sénégal, du Mali, de Tunisie ou du Maroc, était en langue française. Aujourd’hui, les choses ont changé, parce que chaque pays revendique à la fois son appartenance à la Francophonie, mais sa langue aussi. Si on prend le Cameroun, il y a 52 dialectes ou langues différentes, et une langue commune : le français.

Alors là, c’est vrai que tous les films sont toujours tournés en langue française, mais au Sénégal ce sera en wolof, avec beaucoup de termes français aussi dans les films, mais la volonté des réalisateurs était d’être au plus proches d’une réalité qu’ils connaissent, de la réalité locale, et de demander aussi aux comédiens de tourner dans leur langue habituelle, qui est un mélange de wolof, de français… Les films tunisiens et marocains sont maintenant pour la plupart en arabe.

Donc le but est de faire connaitre le cinéma du monde francophone, même s’il n’est pas en français.

Tous ces pays ont en commun l’usage du français et la culture est très souvent véhiculée par la langue française. Donc on se rend compte qu’il y a une base commune, réelle, et qu’il y a des thématiques qui sont très récurrentes dans le cinéma francophone – des films peut-être très proches des gens, on parle beaucoup de l’immigration dans tous les pays, de la personne humaine… On n’est pas beaucoup dans des films à gros budget, à grand spectacle comme le cinéma américain. C’est vrai que cela peut être parce que ce ne sont pas les mêmes moyens, mais en même temps je pense que c’est aussi une autre manière de voir les choses. Donc, cela est vraiment en lien à la fois avec cette culture francophone et ces différentes cultures qui appartiennent à cette Francophonie, parce que la Francophonie aujourd’hui, c’est une diversité culturelle. Ce n’est pas une culture française.
La volonté, c’était clairement de dire : « Il existe un cinéma francophone qui est multiple. Montrons-le et faisons-le découvrir aux gens ».  Et je vois bien que toutes les personnes qui viennent dans le cadre du Festival de Namur parlent en français. Les réalisateurs s’expriment en français partout.
Alors oui, il y a des choses qui évoluent. La Roumanie qui était très francophone l’est de moins en moins. Il y a énormément de réalisateurs qui ont fait leurs études en Belgique ou en France, donc toujours orienté « Francophonie », « langue française ».

Il reste encore énormément de réalisateurs qui s’expriment en langue française. En 2010, on avait par exemple le film Periferic d’un jeune réalisateur roumain. La comédienne parlait un français impeccable ; le réalisateur parlait un français impeccable aussi. Ce sont des gens qui revendiquent aussi une culture francophone. Pour nous, c’est important, c’est intéressant.

En Belgique, il y a de nombreux festivals – le Festival du film d’amour, c’est une thématique côté comédie populaire, plus facile, plus large. Nous, nous avons réellement une volonté politique pour défendre cette Francophonie. Et le Festival aujourd’hui, c’est aussi, par le biais de ses programmations, soutenir la production et favoriser une création de réseaux en territoire francophone. Donc c’est favoriser les coproductions avec la France, la Suisse, l’Afrique, parce qu’il existe une réelle affinité entre ces différents territoires.Il y a par exemple les films qui ont été créés grâce à des rencontres qui ont été initiées à Namur. Un exemple, vieux mais qui est très parlant, c’est Farinelli. Gérard Corbiau était dans le jury à Namur. Il a rencontré Marcel Beaulieu – scénariste québécois. Ils ont écrit ensemble Farinelli. Congorama, c’est un film québécois, coproduit en Belgique, avec Olivier Gourmet, comédien principal du film. Philippe Falardeau a dit clairement, quand il reçu énormément de prix à Montréal, l’équivalent des César, qu’il dédie aussi tous ses prix au Festival de Namur, sans qui le film n’existerait pas. C’est aussi des coproductions Afrique-Belgique. Cette année on avait un film marocain de Narjiss Nejjar qui était coproduit avec la Belgique.
C’est plein de choses comme cela, et comme on met en place des rencontres professionnelles, où s’organisent réellement des discussions, des débats autour de projets, de productions, tous les ans, il y a de vraies rencontres qui s’initient, des projets qui démarrent. Certains ne vont pas jusqu’au bout, mais il y en a quand même beaucoup qui voient le jour et qui sont le fruit de ces rencontres. Donc cela, c’est important et c’est à cela aussi que le Festival peut œuvrer, peut servir. Au-delà de présenter des films, c’est soutenir aussi cette production. Ce n’est pas une spécificité du Festival de Namur, mais les rencontres professionnelles sont vraiment très importantes. Le Festival de Namur est, en Belgique francophone, celui où la profession est vraiment présente. Le Festival du film fantastique, c’est un genre tout à fait différent, qui a une existence excellente, qui a un public magnifique, c’est un genre qui a son public.
Notre spécificité, ce sont et ces projections et ces rencontres et ce lieu de convergences de la profession belge francophone.

Quelles activités pédagogiques proposez-vous ?

Depuis la création du Festival, on organise des séances pédagogiques. Le Festival de Namur s’est toujours un peu donné une mission d’«éducation » du public, que ce public soit grand ou jeune, que ce soit un public scolaire ou un public classique. Puisque si on se dit qu’on veut défendre cette Francophonie, on va la défendre à tous niveaux, mais évidemment ces sciences pédagogiques, aujourd’hui, sont structurées de manières très précises.

Dans un premier temps, on faisait des projections, on invitait les professeurs à venir voir les films avec leurs classes ; on se limitait à cela. À partir de 2003, on s’est dit qu’on devait orienter ces séances pédagogiques sur deux axes. Il y a d’une part une éducation à l’image, et une éducation par l’image. Je dis toujours qu’on apprend à lire à l’école, mais on n’apprend pas à lire l’image. Or les enfants aujourd’hui sont en permanence devant ces images et je trouve qu’il est nécessaire et utile d’expliquer que ces images, elles sont construites, qu’il faut vouloir apprendre à décoder ces images. C’est pour cela qu’on a deux volets à nos séances pédagogiques : une éducation à l’image qui se fait par le biais d’ateliers et de projections, bien sûr ; et puis une éducation par l’image, là c’est montrer aussi toute la richesse de cette Francophonie, pouvoir faire découvrir quelque part aussi l’autre.
Quand on montre un film africain, c’est clair que c’est une réalité différente ; quand on montre un film québécois, c’est aussi une réalité différente. C’est aussi par exemple parce qu’on retrouve beaucoup de films en Francophonie qui ont des thématiques citoyennes, des thématiques comme la démocratie, les droits de l’homme… Ces films peuvent alors servir de base à des débats, mais même si c’est une éducation par l’image, il y aura toujours un volet « à l’image », parce qu’on expliquera évidemment aux jeunes qui viennent voir ces films que c’est un point de vue. Si c’est une fiction, si c’est un documentaire, la manière dont les choses sont structurées, c’est aussi une manière de faire découvrir cette réalité en Francophonie.Pourriez-vous donner des exemples d’ateliers que vous organisez ?C’est toute la technique de l’écriture d’un scénario, c’est un atelier face caméra, c’est un atelier de montage, ce sont des ateliers aussi avec la Cinémathèque royale de Belgique. Donc c’est très vaste.
Par exemple, cette année, on a eu un atelier sur le bruitage. On avait Marie-Jeanne Wyckmans, qui est une bruiteuse professionnelle, qui est venue aussi bruiter un extrait de film. Ou alors on a des ateliers d’écriture de scénario, qui se font au préalable dans les classes. Des professionnels ont proposé un thème aux étudiants, leur ont dit ce qu’ils attendaient d’eux, et puis on leur a montré le court-métrage sur lequel on s’était basé pour leur donner l’idée du scénario – qu’ils voient aussi ce qu’un réalisateur a fait de cette idée, ce qu’il a écrit, ce qu’il a construit.
Je pense que c’est bien aussi de passer par le concret, avant d’aller voir le film. On s’adresse à des enfants qui viennent de la maternelle jusqu’aux facultés. Évidemment, les choses sont très différentes des maternelles aux universités.
Cette année aussi, puisque Marie-Jeanne Wyckmans était là dans le cadre d’un atelier qui s’organisait pour les étudiants de l’IAD, cela a été ouvert au grand public. Mais au départ c’était un atelier pour les étudiants de l’IAD. On trouvait que c’était intéressant d’avoir cette collaboration avec l’IAD, de pouvoir montrer le travail de cette monteuse aussi au-delà des étudiants, de pouvoir confronter le grand public avec les étudiants, parce que les étudiants de l’IAD sont en plein dedans ; le grand public a parfois des questions qui intéressent les étudiants. Je pense que c’est bien de confronter tous les publics.
Dans les ateliers, par exemple, dans l’apprentissage à la citoyenneté, on avait des courts-métrages de différents pays – québécois, africain, suisse, belge – qui traitaient de la violence. On a montré ces différents films-là en séances courts-métrages, on montre aussi comment est appréhendée la violence… Puis, c’était une discussion avec une association, qui peut être la Ligue des droits de l’homme, Amnesty, Justice et paix… sur la problématique de la violence.
On travaille aussi bien avec des courts-métrages qu’avec des longs-métrages. On organise aussi parfois une projection, plus un débat avec le réalisateur, à propos de la projection.

Est-ce vous qui amenez l’idée de l’atelier, ou vient-elle d’une demande des professeurs ?

En 2003, on a créé cette vision des séances pédagogiques en deux volets – à l’image et par l’image. En 2005, on a créé FIFF Campus. C’est à la fois des séances pédagogiques, mais aussi un lieu, qui est réservé aux étudiants et aux professeurs. Aujourd’hui, pour nous, c’est important d’avoir cet espace FIFF Campus pour être à l’écoute à la fois des étudiants et des professeurs. On a des réseaux d’associations avec lesquelles on travaille régulièrement, et on est à la fois à l’écoute de leurs demandes, de leurs thématiques, et à la fois à l’écoute des demandes des professeurs.

Les professeurs nous disent que bien souvent ils sont démunis : comment expliquer le film ? Comment aborder les choses avec les jeunes ? Cette année, cela s’est encore organisé avec Jean-Benoît Gabriel, qui travaille aux Facultés de Namur. On essaie d’organiser une rencontre spécifique avec des professeurs. Cette année, c’était la vision du film de Bouli Lanners,  » Les géants « . Les professeurs voyaient d’abord le film, avaient une formation spécifique à ce film-là, mais aussi une formation générale pour appréhender un film, avec Jean-Benoît Gabriel. Et puis, pour la seconde partie de ce débat, de cette discussion, Bouli Lanners était présent. Donc, c’était une interaction entre les professeurs, Jean-Benoît et Bouli Lanners, pour pouvoir après voir le film en salle avec leurs étudiants et avoir des pistes de lecture et avoir plus de facilités pour orienter la vision du film au préalable auprès des jeunes. On sait que les professeurs sont demandeurs. Donc cela, c’est à l’écoute de professeurs qu’on l’a organisé. C’est une démarche qui est pour nous importante. Là on se situe toujours dans le cadre d’un cinéma belge francophone, pour pouvoir vraiment le faire découvrir.
Quand ce sont des ateliers d’écriture de scénario, des ateliers face caméra…, on propose tout un programme et les professeurs s’inscrivent, avec leurs étudiants. Donc chacun choisit un peu à la carte ce qu’il a envie de faire. Il y a parfois des professeurs qui disent : « Il y a telle thématique qu’on aimerait pouvoir aborder, il y a tel sujet, est-ce que vous n’auriez pas un film qui traite de cela ? ». On programme le Festival, on voit plein de choses, on sélectionne, et puis on se dit : « Cela ce serait intéressant pour les professeurs, cela ce serait intéressant pour les élèves » pour la programmation FIFF Campus, qui n’est donc pas une programmation à part.
Parfois, les professeurs nous disent : « Vous savez, tel sujet, on aimerait pouvoir en traiter ». Il y a quelques années, c’étaient des professeurs et des associations qui nous avaient dit qu’elles auraient bien voulu parler d’internet. Ils nous disaient : « Si vous voyez un film sur ce sujet, pensez à nous, parce qu’on peut peut-être après aborder les choses aussi en classe ».

Proposez-vous toujours des films récents ?
Il y a quelques films classiques que l’on présente, mais on essaie d’être toujours dans l’actualité, parce que c’est une programmation qui suit aussi l’orientation du cinéma.

On peut parfois faire des séances pédagogiques avec des professeurs d’histoire, par exemple quand l’année dernière c’était l’anniversaire des indépendances du Congo et de multiples pays africains. Bien sûr, on remonte longtemps en arrière, on va rechercher des films coloniaux. On fait une démarche tout à fait différente, parce que cette thématique est importante dans le cinéma belge, dans la Francophonie.
On essaie quand même toujours de montrer des films plutôt d’aujourd’hui, soutenir la profession actuelle, montrer les tendances. Le public jeune est demandeur de cela, même si parfois les professeurs aiment bien qu’on vienne avec un petit classique qu’ils connaissent déjà. On est là aussi pour leur montrer qu’il existe un cinéma diversifié.
S’il y a une demande particulière, on peut reprendre un film ancien, mais c’est moins notre volonté, parce qu’on ne peut pas non plus créer deux programmations différentes. Les jeunes ont envie de voir aussi ce qu’on propose à tout le monde, de dire : « J’ai vu cela ».
On voit aussi que les choses ont pas mal évolué. Au début, quand on proposait aux professeurs du court-métrage, ils disaient : « Mais quelle horreur ! Pourquoi vous nous donnez de petits films ? ». Pour eux c’était du « sous-cinéma » dans un premier temps. Ils avaient l’impression qu’on se moquait d’eux. Aujourd’hui, ils se rendent bien compte que les jeunes sont  très attirés par le court-métrage, que c’est un format qui permet aussi une créativité.
Bien sûr, quand on s’adresse à un public de tout petits, le court-métrage est un format idéal, parce qu’ils ont leur attention attirée pendant quelques minutes sur un film et puis il y a une pause. Il y a toujours, quand ce sont des séances pour les tout petits, un animateur qui fait plus alors un accompagnement ludique, qui va quand même parler de certaines choses du film. C’est surtout permettre de créer une ambiance ; si c’est un sujet difficile, de dédramatiser le film.
Il a fallu aussi une adaptation, parce que les professeurs, quand on disait : « C’est un film algérien » – donc en arabe sous-titré en français –, n’en voulaient pas. C’est vrai qu’il y a parfois en début de séance un peu de remous, puis quand le sujet est fort, quand le sujet plait, les étudiants rentrent dedans.
On essaie d’avoir des films qui peut-être au départ ne sont pas destinés aux enfants, mais qui peuvent être perçus par eux. Donc si on organise un accompagnement pédagogique autour, c’est sans problème. Je pense qu’il faut faire confiance aussi aux jeunes ; ne pas leur donner un film prémâché. Ils comprennent très bien l’image, ils sont très attentifs à tout cela, même si bien sûr ils vont se laisser entrainer, ils vont être absorbés, mais ils savent aussi que c’est du cinéma.Quelles sont les réactions des groupes avec lesquels vous travaillez, que ce soient les élèves, les professeurs ou les professionnels ?Cette année on a présenté le film de Philippe Falardeau, qui s’appelle Monsieur Lazhar. C’est un film québécois qui traite du suicide d’un professeur. Donc c’est une thématique difficile, mais on a préparé les enfants. Il y a un débat qui s’organise à l’issue de la projection. J’ai croisé Philippe il y a quelques jours à Paris, il me disait : « L’écoute, l’attention des étudiants m’a impressionnée ! C’était vraiment de grande qualité ». Il m’a dit en avoir retiré énormément de choses. Il disait : « Il y a des moments où tout le monde réagit de la même manière, et puis des moments où les étudiants ne réagissent pas exactement aux mêmes moments ici en Belgique et au Québec ».
Je pense qu’il faut quand même souvent aider et préparer les professeurs, pour leur permettre de faire le travail après avec les étudiants. C’est vraiment une demande qu’ils font. En même temps, il y a parfois certains professeurs qui utilisent le Festival pour caser leurs élèves. Ils viennent les déposer, et puis voilà.
Sophie (Verhoest, N.D.L.R.), qui organise chez nous tout ce volet pédagogique, va tous les ans dans énormément d’écoles expliquer le film, être à l’écoute des professeurs pour expliquer la démarche. Et puis là, on a des enseignants qui viennent, mais si on ne va pas les voir, si on ne va pas au-devant d’eux, ils ne viennent pas. Donc c’est vraiment tout le temps une démarche proactive.
Il y a plein de choses qui sont proposées aux enseignants, donc l’offre est très grande. Il y a aussi des fidélités : quel que soit le sujet, des professeurs sont des habitués du Festival. Ils savent que chaque année ils en retirent plein de choses, donc ils s’inscrivent.

Pensez-vous que ces activités pédagogiques se prolongent dans les classes ?

Oui, puisque parfois il y a un travail préalable, une projection et puis un suivi. Les professeurs retravaillent encore le projet, puisque cela fait partie alors d’un projet de classe. On a aussi par exemple – cela se fait en collaboration avec les classes du Patrimoine de la province de Namur – la création d’un court-métrage d’animation. Après, on organise aussi des projections. Parfois plusieurs classes de l’école viennent pour voir le film qui a été réalisé par d’autres élèves. C’est un travail qui du coup s’élargit d’une manière plus importante ; plus seulement à la classe, mais de la classe à l’école.

Je crois qu’il est important qu’il y ait un accompagnement. Et quand les Grignoux font « Écran large sur tableau noir », c’est aussi des clés de lecture qu’ils donnent aux professeurs. Quand on offre la possibilité au professeur de voir le film de Bouli Lanners en avant-première, d’avoir une formation spécifique sur le film et de rencontrer le réalisateur, il va après avec ses élèves. Donc, le travail se fait après en classe.
Il y a souvent un travail qui se poursuit avant, pendant et après. Évidemment on ne va pas voir dans toutes les classes, mais on le sait.
On essaie aussi, par rapport aux jeunes, de créer des activités qui sont ludiques pour eux, que les jeunes aient aussi une démarche personnelle. Quand on crée un projet qui s’appelle « Clap ou pas cap ? », c’est la possibilité de  créer à partir de son GSM un mini court-métrage. Donc, il y a un concours qui est organisé, c’est une soirée… C’est une démarche aussi qui peut se faire à titre individuel, par l’intermédiaire d’une classe, mais là ce sont plus les plus âgés, c’est plus de manière personnelle, avec une bande de copains, que cela s’organise.
On a créé aussi une compétition de clips, parce qu’on sait que les jeunes regardent aussi beaucoup la télévision et écoutent la musique, voient des clips. On essaie de montrer qu’il y a clip et clip, de vrais films qui sont faits dans ces clips. Nous par ce biais-là, on fait aussi une éducation à l’image, en disant « là il y a une vraie recherche, une cohérence entre la chanson et le film ». On ne l’explique pas, mais je pense que les jeunes qui viennent voir cela se rendent compte que les horribles clips qu’on peut voir sur certaines chaines ne sont pas ceux qu’on leur propose.
Voyez-vous une évolution dans la façon dont les jeunes voient l’image ? Sont-ils plus équipés qu’avant quand ils viennent voir une projection ?
Le clip et le court-métrage aujourd’hui leur plaisent beaucoup plus qu’avant. On est dans une génération qui aime le changement, qui a besoin de mouvement. Ils sont donc très friands de ce format.
Ils sont plus habitués, cela est sûr, mais l’encadrement est toujours nécessaire. La téléréalité aujourd’hui, le fait que beaucoup de jeunes veulent paraitre, être à l’image, c’est important d’expliquer que tout cela est construit, orienté. En même temps ils l’entendent, et en même temps ils sont toujours très impressionnés par le pouvoir de l’image.
Il y a à la fois une plus grande ouverture, une plus grande compréhension, mais toujours une même naïveté. À partir du moment où on se trouve dans un cadre pédagogique, je pense qu’ils sont attentifs. Mais en dehors de ce cadre, ils perdent les réflexes. On peut multiplier les apprentissages, pour que ces réflexes soient beaucoup plus présents.
Tous les ans, on a un jury qu’on appelle « le jury junior ». Ce sont des jeunes qui ont 13-14 ans. Chaque année, après leur expérience dans le cadre du Festival, ces jeunes disent qu’ils ont appris tellement de choses. Ils disent qu’après, ils ne vont plus voir un film de la même manière. Surtout, ils choisissent les films qu’ils vont voir. Avant, ils regardent les images et les photos qu’on leur propose. Bien sûr, ils vont continuer à aller voir les films que tout le monde va voir, mais ils vont faire aussi un choix réfléchi et ils ne vont plus aller simplement vers la facilité. Ils font quand même une démarche. Et cela, tous les ans ils nous le disent, que cela a été un moment extraordinaire pour eux. Et on a, parmi ces étudiants, certains qui reviennent. Il y en a un maintenant qui se lance à l’IAD.

Auriez-vous un conseil à donner aux professeurs ?
On apprend à lire, on n’apprend pas à lire l’image. C’est primordial. Surtout aujourd’hui avec Facebook. Quand je vois tous ces étudiants qui mettent plein de photos… L’image est à la fois révélatrice, destructrice et constructive. C’est vraiment important d’aborder plus l’image.
Quand je vois des étudiants qui nous mettent leur lien sur Facebook, quand ils ont envie de venir faire des stages au Festival, parfois cela fait horriblement peur. Quand je vois l’image qu’ils donnent d’eux, moi je n’engage pas. Et cela, ils ne s’en rendent absolument pas compte.
Mais je ne sais pas si aujourd’hui la formation des professeurs permet d’aborder plus l’image, parce que ce n’est pas évident non plus.

Nicole Gillet, interviewée par Marc Slingeneyer.

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