« Maclé » : transition primaire-secondaire

Le projet Maclé, clé de voute de la transition

  primaire – secondaire en langue maternelle ?

Par      Coralie COCHEZ 

MACLÉ est un module d’approfondissement des compétences en lecture et en écriture. Ce dispositif aide les élèves à pallier leurs difficultés en lecture et en écriture. Ces deux compétences sont travaillées de façon intensive (mais ludique) durant un mois complet, généralement le premier mois de l’année. Avec des étudiants et encadrés par des professeurs de l’école secondaire de Sainte-Anne à Gosselies nous avons fait vivre ce projet de l’intérieur. Récit d’une stagiaire de 3ème Fr/Fle de la HELHa (site de Loverval)

Le passage de la sixième primaire à la première secondaire est un moment déterminant pour les élèves. En effet, ceux-ci entrent enfin « chez les grands » et cela s’accompagne généralement de craintes, de curiosité, d’espoirs et parfois même de fierté.  Tout le monde en conviendra.

Cependant, certains enseignants dénoncent le manque de liens, de suivis entre le primaire et le secondaire. Il est clair que le changement peut parfois être radical et déstabiliser les élèves. Ils quittent un environnement cadré, rassurant, auquel ils sont habitués pour un milieu dans lequel ils doivent prendre plus d’initiatives. Ils ne se retrouvent plus dans la classe de leur instituteur/trice qu’ils commencent à connaitre mais ils doivent jouer avec les exigences de plusieurs professeurs tout au long de la journée. Cela peut être très perturbant pour de si jeunes élèves.

Que dire alors pour des élèves qui arrivent dans le secondaire sans même avoir obtenu leur CEB ? Ils ne maitrisent pas encore les compétences exigées à la fin de l’enseignement primaire et ils sont propulsés en 1re différenciée. Beaucoup d’entre eux ont d’importantes lacunes et certains viennent même d’une quatrième primaire. Les enseignants se retrouvent donc face à des classes constituées d’élèves qui ont des niveaux extrêmement différents.

De plus, j’ai pu constater durant mes différents stages que ces élèves ont généralement une très faible estime d’eux-mêmes. « Je suis nul », « Je n’y arriverai pas, ça ne sert à rien » ; ce genre d’expressions est le lot quotidien dans le degré différencié.

Se posent dès lors les questions suivantes : comment intégrer ces élèves dans le secondaire ? Quels contenus pour ces élèves pour lesquels l’enseignement primaire n’a pas été efficace ? Quelles stratégies mettre en place pour les élèves par exemple en lecture ou en écriture ?

Durant ce mois de septembre 2011, l’Institut Sainte-Anne de Gosselies a testé le système MACLÉ pour ses élèves de l’enseignement différencié ainsi que pour les élèves de 1S, c’est-à-dire ayant échoué au terme d’une première année de l’enseignement commun.

Ce projet s’organise de telle sorte que les élèves ne sont pas répartis par classes toute la journée mais par groupes de besoins en lecture et en écriture. Pour pouvoir répartir les élèves en groupes de besoins, ceux-ci passent des épreuves diagnostiques en lecture et en écriture.

Durant la matinée (3x 50 minutes de cours), ils sont répartis de sorte que les niveaux au sein des groupes soient relativement homogènes. Ils travaillent alors essentiellement sur la lecture et l’écriture. Les classes se reconstituent uniquement l’après-midi pour la partie projet de MACLÉ. Chaque classe a alors un grand projet à réaliser pour la fin du mois. Par exemple, à Sainte-Anne, les 1S avaient pour projet de faire un reportage sur MACLÉ et de l’exposer à toute l’école ainsi qu’à leur famille à la fin du mois. C’est l’occasion pour eux de réinvestir ce qu’ils ont vu durant la matinée.

Le mélange des élèves, que ce soit par classes ou par niveaux, permet de les faire progresser. En effet, lorsqu’ils sont répartis par groupes de besoins, on ne voit plus à quelle classe ils « appartiennent ». Les stéréotypes liés aux différentes classes tombent alors rapidement et chacun peut avancer à son rythme. De plus, cela permet aux élèves de sortir de leur classe pour faire connaissance avec d’autres et donc s’intégrer plus facilement au sein de l’établissement.

Également, lorsqu’ils sont répartis par classes, les élèves ayant un niveau plus élevé peuvent tirer vers le haut les autres. Durant le projet, les élèves travaillent toujours en groupes et chacun sait qu’il y a plus dans deux têtes que dans une.

Pour en revenir aux différents groupes de besoins, il y en a trois : les décodeurs, les compreneurs et les lecteurs. Ces étiquettes donnent un indice sur l’objectif à atteindre avec les élèves. Les décodeurs ont une lecture syllabique, on cherche à les aider à décoder les mots. Les compreneurs lisent mieux mais si on leur pose une question sur ce qu’ils viennent de lire, ils sont généralement incapables de répondre. Quant aux lecteurs, c’est surtout l’émission d’hypothèses et le repérage de l’implicite dans un texte qui leur fait défaut.

Pour chaque groupe de besoin, la matinée est subdivisée en quatre moments : la familiarisation (20’), la compréhension à la lecture (55’), la structuration (45’) et l’écriture (20’). La familiarisation est une période de réconciliation avec la lecture. C’est essentiellement une lecture plaisir derrière laquelle il n’y a pas de contrôle. Le but est de découvrir tous les types de lecture et de faire comprendre aux élèves que la lecture n’est pas qu’un exercice d’école.

On passe ensuite à la compréhension à la lecture. C’est une période de la journée durant laquelle on travaille réellement sur la compréhension de textes, la représentation mentale de ceux-ci, le vocabulaire, l’implicite, etc. La structuration, quant à elle, est une partie un peu plus technique. On observe ici un phénomène de la langue en particulier (ex. : les substituts) et on tente d’en tirer des conclusions. Il est vrai que 45 minutes par jour cela peut sembler un peu court mais il ne s’agit pas ici de faire une séquence de 20 heures sur l’accord des participes passés ou sur les fonctions dans la phrase. L’objectif est de remédier aux difficultés les plus pressantes pour les élèves. Ils approfondiront tout ceci plus tard au cours de l’année scolaire.

La structuration contient aussi une partie dictée. On utilise le principe des dictées sans erreurs. Les élèves disposent d’une feuille recto/verso. Sur la face recto se trouve le texte de la dictée. C’est au verso que les élèves doivent réaliser la dictée. Une fois le texte dicté, les élèves peuvent donc retourner autant de fois qu’ils le désirent leur feuille pour corriger leur production. À chaque fois qu’ils retournent la feuille, ils doivent souligner le mot pour lequel ils l’ont fait. Le professeur vérifie ensuite le nombre de fois que l’élève a retourné sa feuille, le nombre de fautes d’orthographe lexicale et grammaticale. Le but est que les élèves ressentent de moins en moins le besoin de retourner leur feuille. Cet exercice permet de consolider l’orthographe des élèves et de les aider à photographier les mots.

La dernière activité de la matinée est celle de l’écriture. Il s’agit ici de réinvestir ce qui a été vu auparavant dans une activité d’écriture. Celle-ci est généralement très ludique. Il s’agit ici également de réconcilier les élèves avec l’écriture qu’ils perçoivent généralement comme quelque chose de très compliqué.

Comme on peut donc le constater, le projet MACLÉ est relativement éloigné de ce qui se fait généralement dans le secondaire. Les élèves profitent d’un encadrement et d’un horaire spécifique de tous les autres durant un mois. Par exemple, leur pause de midi ne se fait pas en même temps que celle des autres élèves de l’école. Ils restent généralement entre élèves participant à MACLÉ.

À côté de cela, avant et après les heures consacrées au projet (10h05-14h20), les élèves ont également des cours « normaux ». Ils ne viennent pas uniquement à l’école pour le projet de français. MACLÉ me semble donc être une réelle période de transition entre l’enseignement primaire et secondaire. Les élèves sont introduits petit à petit dans l’enseignement secondaire et sont suivis durant un mois.

Quelles conclusions suite à cette expérience ?

J’ai vu mes élèves et ceux de mes collègues se réconcilier progressivement avec la lecture et l’écriture. Petit à petit, ils s’améliorent en orthographe et en qualité d’écriture. En effet, pour leurs dictées sans erreurs, mes élèves sont passés d’une moyenne de 15 erreurs (lexicales et grammaticales confondues), en ayant retourné leur feuille une dizaine de fois, à une moyenne de 5 erreurs, en n’ayant retourné leur feuille qu’à deux ou trois reprises. De plus, cette période transitoire leur a permis de prendre confiance en eux avant d’être réellement « lâchés » dans l’enseignement secondaire. En ce sens, ce projet s’apparente à une sorte de clé de voute pour ces élèves. C’est–à-dire que dans l’architecture générale d’un 1er degré ce dispositif permet de consolider les acquis des élèves, et contribue à donner à ceux-ci la confiance en eux qui leur fait souvent défaut.

Quant à moi, cette expérience m’a apporté de nombreux apports aussi bien pour mon travail de stagiaire que de professeur maintenant. En effet, j’ai eu l’occasion d’expérimenter le travail d’équipe lors de l’organisation d’un projet aussi important que celui-ci avant d’entrer réellement dans la vie professionnelle. De plus, ayant suivi mes élèves dès le 1er septembre, la relation qui s’est installée avec ceux-ci se rapprochait davantage de la réalité que lors d’un stage « normal » où nous sommes lancés en plein milieu de l’année dans une classe d’élèves que nous ne connaissons pas pour un court laps de temps.

 
Diplômée et engagée dans une école secondaire MACLÉ me sert encore. Tout en les adaptant à mes différentes classes, j’utilise régulièrement les différentes activités de lecture et d’écriture créées lors de ce projet avec mes élèves. En effet, il n’y a pas que les élèves de première différenciée qui ont une mauvaise représentation ou des difficultés en lecture et en écriture. Et, ayant été confrontée à des élèves qui avaient d’importantes lacunes, je me sens plus forte pour aider mes élèves à affronter leurs difficultés en lecture et en écriture. Si je pouvais résumer ce à quoi MACLÉ m’a servi en tant que stagiaire, je dirais que ce projet a été ma bande de lancement dans cette belle et je l’espère grande autoroute que sera ma carrière dans l’enseignement

16 janvier 2012