Oulipo (2012) Bruxelles, ma belle

Quelques vers par ci, quelques mots par là : précieuses miettes qu’on nous offre d’un long travail…
Quelques images aussi, souvenirs en pixels épars…
Merci aux participants qui ont bien voulu nous les confier.

Photos : Camille Philibert, Mar Biks et Henry Landroit.


Saturation consonantique BR, S, L  – les consonnes de Bruxelles

Brossons le tableau sur nos bristols : à Bruxelles, on passe brusquement des sœurs Marolles au bel air Sablon, de l’art brut à Bruegel, de la brique lisse au gothique brabançon, des brodeurs aux brasseurs, des impasses insalubres aux cités lumineuses, du serveur de shoesels aux brillantes wasserettes, de Saint -Michel terrassant son dragon aux rebelles Capucins résistants, du skieven architek au brutal et cruel bourreau.
Brisons-là. Soyons brefs.
Ca bruisse, ça brûle, ça saoule, ça blesse, ça hèle et interpelle.
Débris, brisures, breloques. Ville pastel de bric et de brac. Ebriété, S en ciel.

 Valérie


Haïkus acrostiches à propos des tags

Toi tu te veux libre
Aventureux prouesse
Graf ta rébellion

 Rina

Tintamarre, couleurs
Aspirations ambigües
Grincements acides

Danièle

Trait vite tiré
Agents toujours aux aguets
Guerre incessante

 Marianne


Gestomètre de sensations

Suivre le groupe
Parcourir les rues
Lever les yeux
Regarder la façade
Inventorier les matériaux
Repérer les techniques utilisées
Citer les architectes
Prendre des notes
Deviner l’envers du décor
Rêver d’y pénétrer
Se laisser surprendre par le puits de lumière
Reluquer le détail
Monter l’escalier
Ressentir le mouvement
Je vis là, pour un instant, dans un autre temps, obligée de tenir sagement un rôle imposé. Quel bonheur de pouvoir seulement admirer, deviner, imaginer la vie des bourgeoises élégantes et des soubrettes effacées.
Rejoindre la sortie
Éprouver un frisson
Sentir le vent
Voir les arbres
Admirer la perspective
Observer la démesure
Palper la poignée
Suivre les courbes
Comparer les saveurs
Savoir gouter Bruxelles

Élisabeth


Microévènement

 Il est là, sur le trottoir, appuyé au rebord d’une fenêtre, l’œil un peu goguenard, nous observant en train de scruter des tags sur un mur proche.
Il a la tête un peu rougeaude et un oeil qui dit manifestement zut ou merde à l’autre, engoncé dans son orbite, à la suite probablement d’une bagarre nocturne ou d’un tabassage inavoué.
On dirait qu’il veut nous faire comprendre qu’il en connait un bout sur les tags et les graffitis et même qu’il est lui-même un graffiteur saint-gillois expérimenté. Il nous dit : »Je dessine la vérité à poil, celle qu’on n’ose pas dire ».
Il nous suit dans notre périple, quémandant une cigarette par ci, un clin d’œil par là.
Guettant notre départ, il nous lance un sonore « Bon après-midi ». Nous n’en saurons pas plus.
Peut-être venons-nous de croiser le célèbre Cobra ou encore Diogène…

Henry