WBI, les « lecteurs » et les « formateurs » à l’étranger

par Luc Collès
UCL-Institut Marie Haps

Un service de WBI : offrir des lecteurs aux universités étrangères et des formateurs aux écoles bilingues.

La langue française est le premier produit d’exportation de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans sa stratégie internationale, celle-ci lui attribue donc une place de choix et souhaite la promouvoir comme langue internationale et de modernité.

Dans cette optique, conjointement avec la Région wallonne et les instances bruxelloises francophones, WBI a mis au point toute une série de programmes. Aux côtés des délégués de la Fédération Wallonie-Bruxelles, diplomates officiellement accrédités auprès des autorités locales, les 150 enseignants (pour la Fédération) et les quelque 94 attachés économiques et commerciaux (pour la Région wallonne) constituent l’épine dorsale de ce dispositif dans un certain nombre de pays prioritaires. Ces enseignants ont des statuts divers : lecteurs dans l’enseignement supérieur, professeurs de lycées bilingues, assistants de langue en Europe, ou encore instituteurs en Louisiane.

Pendant 15 ans, juqu’en 2009, j’ai travaillé comme superviseur des lecteurs envoyés en Europe centrale et orientale et, pendant 9 ans, comme superviseur des assistants de langue dans les lycées bilingues. Je voudrais expliquer ici quel était mon rôle.

Une ou deux fois par an, je siégeais dans les jurys de sélection. J’ interviewais les candidats pour vérifier leurs compétences linguistiques et didactiques. Ceux-ci étaient par ailleurs interrogés sur leurs connaissances en littérature française de Belgique et sur leurs connaissances des structures de l’Etat fédéral. Les lecteurs sont en effet considérés comme des « ambassadeurs » de notre communauté. A ce titre, ils se doivent de faire connaître les auteurs belges francophones, l’organisation de notre pays, les compétences des régions wallonne et bruxelloise ainsi que celles de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Deux fois par an (en août et en mars),j’animais aussi un séminaire sur la didactique de la langue. Le deuxième séminaire avait toujours lieu dans un pays d’Europe centrale (Prague, Bratisla, Varsovie, Bucarest, Budapest) ou d’Europe du Nord (Tallinn). Un deuxième superviseur avait la charge les lecteurs des pays du Sud (Portugal, Espagne, Italie). Actuellement, à part les lecteurs d’échange en Italie (payés par le gouvernement italien), nous n’avons plus de lecteurs en Espagne ou au Portugal. Nous continuons à ouvrir des postes à l’est (Croatie, Macédoine, Moldavie, Turquie, Kazakhstan,Russie, Chine…) en même temps qu’au Royaume-Uni, au Brésil, au Chili et en Israël.

Dans ces séminaires, il fallait à la fois initier certains à la didactique du FLE (j’ai par exemple consacré un séminaire à l’enseignement de l’article en français qui pose beaucoup de problèmes aux locuteurs de langues slaves, lesquels ne disposent pas d’articles), mais surtout ouvrir tous les lecteurs à la didactique du discours universitaire : le résumé, la synthèse et, d’une manière générale, l’écrit argumenté. J’ai donc surtout travaillé le discours universitaire, à partir d’enregistrements de cours et de syllabus.

Les situations des lecteurs sont en effet variées du point de vue de l’enseignement de la langue : certains donnent des cours élémentaires de français, d’autres des cours de conversation, d’autres encore des cours de haut niveau. Certains veillent aussi à articuler leurs cours de langue avec ceux de littérature.

Lors du séminaire qui avait lieu dans les PECO, nous étions aussi amenés à évaluer un rapport d’activités que nous avions soigneusement lu avant la rencontre individuelle. Nous le commentions, Marc Quaghebeur sur les cours de littérature et moi sur les cours de langue et de linguistique. Nous échangions sur le profil des postes, cherchant à évaluer si notre lecteur était bien employé et si le poste n’était pas sous-utilisé. Une grande imlportance était accordée au rôle d’ « ambassadeur » du lecteur : donne-t-il bien des cours de littérature belge, organise-t-il des expositions, des ciné-clubs et d’autres activités culturelles qui fassent connaître le riche patrimoine de notre Communauté ? N’est-il pas seulement un professeur, voire un assistant de langue ? Sans quoi, il fallait écrire à l’université où travaillait le lecteur et demander de reprofiler son poste.

Il y avait un autre point sur lequel nous insistions. Par ses dispositifs pédagogiques, le lecteur doit aussi amener ses collègues autochtones à s’interroger sur leurs pratiques. Ainsi, il s’est parfois avéré que la volonté de créer des interactions dans les cours s’oppose aux habitudes purement magistrales des professeurs locaux, et que la réflexivité demandée par les professeurs belges aille à l’encontre des habitudes de simple restitution. La démarche inductive habituelle en Occident dans les cours de langue (grammaire p. ex.) pose aussi problème dans des pays où la démarche déductive est privilégiée. On espère donc que les pratiques de nos lecteurs fassent tache d’huile, mais elles doivent aussi s’accompagner de beaucoup d’explications tant auprès des étudiants (qui sont bousculés dans leurs habitudes d’apprentissage) qu’auprès des collègues du corps professoral et donc de l’institution.

Les années que j’ai passées comme superviseur des assistants de langue dans les lycées bilingues (Tchéquie, Slovaquie et Hongrie) ont aussi été très riches. En général, j’assistais aux cours donnés par nos formateurs belges : pas seulement des cours de français mais aussi des cours de disciplines scientifiques donnés en français(histoire,sciences,informatique). J’ai toujours été surpris par l’ambiance qui régnait dans ces écoles « francophones » : des dessins au mur, des élèves qui se lèvent quand le professeur entre en classe, qui lèvent le doigt au cours et qui attendent d’être interrogés). Cela a peut-être un aspect un peu désuet (cela me rappelle mes débuts de carrière en Belgique dans les années septante), mais je reconnais que, grâce à ce climat, les élèves de ces écoles apprennent réellement et progressent dans l’apprentissage de notre langue.

J’ai eu la chance de faire ces déplacements avec Mme Ingberg, coordinatrice des lecteurs, et d’être accompagné par le Délégué de WBI,tous deux représentants de notre Communauté qui étaient toujours bien reçus par les directions d’Ecole. Il faut dire que c’est probablement dans ces écoles bilingues ou trilingues que le travail de nos enseignants est le plus visible. Leurs compétences pédagogiques sont particulièrement appréciées.

Voilà donc un travail de diffusion de la langue française et de notre pédagogie qui mérite amplement d’être soutenu et amplifié.

Luc Collès