Roumanie

RAPPORT D’ACTIVITÉS
Mission en Roumanie de Robert MASSART, secrétaire de l’ABPF
à l’occasion des Journées de la Francophonie de Iasi, organisées par l’ARPF, l’Université Alexandru Ioan Cuza et l’Institut français de Iasi
du 27 au 29 mars 2015.

P1130087Chaque année depuis 1995, Iasi, la métropole de la Moldavie roumaine, vit le mois de mars sous le signe de la langue française. Cette année encore, en l’honneur du 20e anniversaire du Mois de la Francophonie, la plupart des lycées de la ville de même que le Collège des Arts, la Philharmonie, l’Institut français, l’Université, plusieurs organismes sportifs, des bibliothèques, et j’en oublie, avaient conçu une foule d’activités mettant la langue et la culture françaises à l’honneur. Je citerai, par exemple, le bal masqué de la Francophonie, un concert dirigé par le chef d’orchestre français Olivier Robe, les Journées du Film francophone, la Coupe de la Francophonie de rugby, le lancement du Club des Étudiants francophones, un piquenique poétique, et toutes sortes de conférences portant sur de grands écrivains.

Le vendredi 27 mars eut lieu l’ouverture du colloque qui clôture traditionnellement cette période dédiée au français. Les responsables avaient choisi un nom plein de promesses : Les Imaginaires de la Francophonie. Dominique Wolton, sociologue et analyste des rapports entre culture et communication, prononça la conférence inaugurale : Mondialisation, diversité culturelle et francophonie.

P1180679Madame Modreanu, la directrice du Département de français de l’Université, avait réservé une place dans le programme de la séance pour me permettre de présenter au public le congrès mondial de la FIPF qui se déroulera à Liège du 14 au 21 juillet 2016 et où seront attendus de1500 à 2000 participants. J’ai terminé mon intervention en lançant aux collègues roumains l’invitation officielle de cet évènement francophone majeur, au nom de l’Association belge et de sa présidente. N’oublions pas que l’ABPF est le plus ancien partenaire étranger de l’ARPF.

L’après-midi et toute la journée du lendemain virent se succéder dans les locaux de l’université une impressionnante série d’ateliers et de communications répondant à des thèmes fort variés : imaginaires et expériences identitaires, la francophonie des mythes, mythes de la francophonie, etc. On m’avait confié la responsabilité de présider l’une des sessions : les imaginaires de la langue. De 09h30 jusqu’à 13h30, se sont égrenés huit exposés parmi lesquels j’en épinglerai deux : L’emprunt linguistique entre le français et l’arabe tunisien, richesse ou appauvrissement ? Par Monsieur Tarek Bouattour, de l’université de Carthage, et Stylistique et interculturalité dans les Mille et Une Nuits, contes arabes d’Antoine Galland, par le professeur Mohamed Ouhadi, de Meknès. Personnellement, mon exposé consistait en une série de réflexions sur le thème « Français écrit, français parlé : deux langues étrangères ? ». La question des contrastes entre langue orale et écrite exigerait de longs développements que les vingt petites minutes octroyées à chaque orateur ne permettaient pas de faire. Heureusement, les organisateurs nous ont assuré que les textes des communications seraient publiés in extenso dans les actes du colloque.

P1130083Un excellent déjeuner fut servi aux congressistes pour conclure une journée et demie de labeur ininterrompu. Un menu typiquement roumains – mici (petites saucisses de viande hachée), sarmalés (chou farci), caviar d’aubergine, zakouska, crème aigre, polenta, charcuteries et cochonnailles diverses, fromages – arrosé d’eau de vie de prune (tzouika) et des meilleurs crus des vignobles moldaves, le tout dans l’un des plus beaux restaurants de Iasi, un ancien manoir entièrement décoré à l’ancienne. Malgré cet intermède festif et gourmand, les choses sérieuses n’étaient pourtant pas finies : il y avait encore la conférence plénière du professeur Jean-Marc Defays, directeur de l’Institut Supérieur des Langues vivantes à l’Université de Liège, qui fit une synthèse des recherches et des enjeux du « retour du sujet en didactique des langues » : après la linguistique structuraliste qui s’intéressait essentiellement à la langue en tant que système, la pragmatique se penche davantage sur ses fonctions et sur le locuteur, en insistant sur le fait que parler, s’exprimer, c’est devenir sujet.

Une toute dernière activité permit de terminer cette journée extrêmement riche en donnant aussi la parole au public : une rencontre débat avec l’écrivain Alain Leygonie, ancien professeur de lettres et de philosophie, président de l’Association Toulouse – Écrivains francophones. Le thème du débat, dirigé par Raphaël Bruchet, lecteur de français, touchait une discussion bien connue et jamais finie : Écrivain français /vs./ écrivain francophone ? La question étant de savoir si seuls les écrivains nés dans les limites de la France (l’hexagone) auraient droit au titre d’écrivains français. Que faire alors des citoyens français des départements et territoires d’outre-mer, comme Maryse Condé ou Patrick Chamoiseau ? Qu’en est-il aussi de ceux qui ne sont pas citoyens de la République, mais dont la langue maternelle est le français depuis au moins aussi longtemps, comme les Belges, les Suisses romands, les Québécois et autres Canadiens-français ? Et tous les autres, innombrables, qui depuis toujours choisissent d’écrire dans la langue française, même si ce n’est pas la leur au départ ? Le débat a été passionné, on s’en doute, entre des concepts comme celui de « littérature monde » et des déclarations choc telles que « la francophonie commence aux limites de Paris », et, comme il se doit, pas de réponse définitive.
Le Colloque francophone de Iasi 2015 était terminé, mais, pour le représentant de l’ABPF que j’étais, il restait encore du grain à moudre : préparer la clôture du Concours Belgique romane 2014-2015, une activité destinée aux élèves roumains qui apprennent le français et organisée tous les ans par l’association belge et l’association roumaine des professeurs de français. Cette fois-ci, nous avions demandé aux concurrents d’imaginer la page Facebook d’un écrivain français d’autrefois, antérieur à l’informatique et aux réseaux sociaux. L’épreuve a connu un réel succès avec un nombre important de participations de qualité faisant apparaitre sur la toile le profil de Marcel Proust, de Colette, de Flaubert ou de Saint-Exupéry, pour ne citer qu’eux. Le palmarès sera publié vers la mi-avril.

Il fut aussi question du vingt-cinquième anniversaire de l’ARPF, fondée en 1990, au lendemain de la chute de la dictature de Ceausescu. La cérémonie aura lieu à Bucarest, le 23 mai prochain.

Bien entendu, un séjour en Roumanie ne peut jamais se dérouler, pour moi, sans une visite au moins dans une école, dans des classes de français. J’étais donc attendu par deux collègues de l’un des principaux lycées de Iasi qui avaient rassemblé leurs élèves à mon intention. Une trentaine de jeunes filles et jeunes gens qui souhaitaient me soumettre à un questionnaire sur un sujet bien d’actualité : la Francophonie ! Ce qui était heureusement plus original, c’est qu’il voulait avoir mon avis sur « la différence » entre la France et les autres pays de l’espace francophone. J’ai saisi la balle au bond. L’intérêt pour ceux qui décident d’apprendre le français, c’est, justement, qu’ils doivent avoir bien conscience que la Francophonie c’est beaucoup plus que la France. Ce sont des dizaines de pays sur tous les continents et c’est presque trois-cents millions de locuteurs qui seront probablement plus d’un demi-milliard vers le milieu du siècle. La France est évidemment toujours un pôle et un moteur de premier ordre, mais le dynamisme francophone aujourd’hui est partout ailleurs, en Amérique du Nord et en Afrique. Il est aussi palpable en Roumanie, singulièrement à Iasi. En dépit de la concurrence linguistique et de l’uniformisation culturelle, j’ai pu constater que le français suscite toujours la même passion, la même créativité et le même engagement chez ceux qui l’enseignent, ceux qui l’étudient et ceux qui s’en servent. Le français, langue ardente : c’est justement le thème et le slogan du Congrès mondial de Liège 2016. Nous espérons y retrouver beaucoup d’amis roumains ! « Va asteptam cu drag ! », comme ils disent.

Robert MASSART