Yves Caldor : « Le train des enfants »

« L’exil, on le balade toujours au fond de soi. Quelquefois, nous croyons le lire dans les yeux des autres. Ce n’est pas toujours du racisme ou de la haine qu’on y peut déceler, mais une lueur indéfinissable, qui semble nous murmurer doucement : « Non, tu n’es pas
d’ici ; tu as l’air gentil comme ça, et nous aussi nous voulons paraître gentils, polis; on fait semblant de rien, mais dans le fond, même si nous t’acceptons, tu n’es pas d’ici. »

le train

Le train des enfants, Yves CALDOR, MEO, Bruxelles 2015 – 2ème édition, revue et augmentée.

Yves CALDOR (Yves Káldor) est né en 1951 à Budapest, de père hongrois et de mère
française ; il a vécu sa prime enfance – bilingue – en Hongrie et, à partir de 1956, en
France. À l’adolescence, il découvre la Belgique (le Hainaut) puis Bruxelles (où il vivra
plusieurs années) avant de se réinstaller en Wallonie ; il affirme volontiers qu’il se sent
Belge, Bruxellois et Wallon, tout en gardant vivantes en lui ses souches magyares et françaises. « Je ne me définis pas comme immigré ; je suis d’ici et de tous mes là-bas. Une obsession : les racines « doubles », les miennes, celles des autres ; comment parler de « ça » ? Comment écrire à propos de « ça » ? Est-ce donc si difficile ? Oui… j’essaie ; se définir, se redéfinir sans cesse; toutes mes racines, mes strates ; que de stratagèmes pour n’en perd re aucune !… »

Ecrit dans un style qui évolue avec l’âge du narrateur, le livre […] évoque avec justesse et retenue le cheminement qui le mène à la découverte de lui-même […] Ses nombreuses références à l’Histoire, à Bruxelles, à une Hongrie désillusionnée et sceptique aux portes de l’Europe apportent au récit cette touche de vérité qui en assure le plaisir et la crédibilité. (M.V., La libre Belgique du 26.6.2001).

Ce qu’en pense Mina Merteuil

L’auteur de ces pages n’a pas voulu écrire sa propre biographie ; mais retracer une histoire d’exil, en partie commune à tous les exilés […] Voici une histoire d’exil, elle ne se veut ni exemplaire ni extraordinaire. Simplement humaine. Ce qui n’est déjà pas si banal…

D E LA HONGRIE À LA FRANCE ET À LA BELGIQUE, de villes en campagnes, et
inversement, Yves Caldor narre le parcours de Nicolas-Miklós, né en Hongrie d’un père
magyar et d’une mère française. Son double prénom, employé fréquemment au début du
roman, signale d’emblée sa double appartenance linguistique, celle qui le différenciait déjà
des autres enfants. « Étranger », il le sera encore lors de ses exils et départs successifs : pour fuir la révolution de 1956, en suivant ses parents lors de leurs nombreux déménagements en France, puis en rejoignant sa mère et son nouveau mari en Belgique. Excepté lors de quelques remarques, rarement mentionnées dans le récit, le jeune Miklós ne semble pourtant pas ressentir un sentiment d’exil et en souffrir. Ces pensées viennent bien plus tard, avec l’âge adulte, ainsi que le statut de père. Sans doute l’idée de l’héritage laissé à ses enfants amène-t-il la question de ses propres racines. En parallèle, se poursuit la recherche d’un lieu qui pourrait être sien, duquel il pourrait dire qu’il est « son pays ».
Les années passent. Est-il belge, français, hongrois ? Est-ce que cette question peut trouver réponse ?

Si l’histoire, ainsi qu’annoncé dès les premières pages, ressemble à bien d’autres romans et récits d’exil, à quelques « détails » près, sa particularité tient dans sa narration évolutive. Bien qu’à la troisième personne, le style adopté est d’abord celui d’un enfant, avec des phrases courtes, plutôt simples, de même que le point de vue narratif : les épisodes racontés sont ceux qu’aurait retenus un enfant, et le lecteur est placé dans la même situation d’incompréhension que lui, tout en faisant le lien avec l’Histoire hongroise en fonction des dates. Par la suite, avec l’âge, le regard se fait plus clairvoyant, et le style se complexifie, devient plus élaboré et plaisant pour moi. Intercalés entre les épisodes narratifs à la troisième personne du singulier, des extraits du journal de Miklós adulte, à la première personne, apportent un versant plus réflexif et un regard distancié sur celui qu’il était.

Un roman d’un exil et d’une façon de vivre avec cet héritage.